‹ La roche-tremblante (volume 2)Chapitre 53 sur 116 · CHAPITRE TII · texte numérisé non relu

CHAPITRE TII

mes au ciel ; la mort fait rayonner la beauté des vierges et des saintes... Eh bien ! vous ne me répondez pas? Joséphine, n'étcs-vous donc qu'un fantôme? Va-t-on me dire encore que je suis un pauvre visionnaire?

Et il se retournait convulsivement sur sa couche ; la sueur perlait sur son front.

— Par pitié, madame, dit Conan h voix basse, prêtez-vous à sa fantaisie... la contrariété pourrait augmenter son mal.

— Cela vous coûtera si peu, murmura Yvonne.

Alfred continuait à se tordre sur son lit ; la dentelle de son oreiller pendait en lambeaux, et il répétait avec une sorte de frénésie :

— Joséphine! Joséphine!

— Me voici, mon ami, dit enfin la jeune femme d'une voix caressante en se rapprochant.

Le malade se calma aussitôt, et retomba dans sa contemplation.

- Je devine enfin, dit-il avec tristesse ;

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ai 8 LA ROCHE-TREMBLANTE.

l'ange conserve encore quelques-unes des passions de la terre ! Vous n'avez pas oublié mon crime là-bas à la Roche-Tremblante?...

Oh ! je fus lâche et cruel, je le sais ; mais vous qui, du haut du ciel, m'avez vu aux prises avec toutes les douleurs et toutes les hontes de l'humanité, vous sayez comment j'ai expié cette faute... Par une nuit de tempête, je me suis enfui de la maison de mes pères, à la lueur de l'incendie que mes ennemis avaient allumé. Pendant dix années, j'ai vécu en proie aux mépris et aux insultes; vous ne l'ignorez pas, vous, à qui j'ofirais mes soufirances comme une expiation dans mes prières de chaque jour!... Tel a été l'effet de la malédiction que votre mère a prononcée contre moi, et cependant j'ai pardonné à votre mère. Dans mes désespoirs, je n'ai pas eu un moment de haine et de colère contre cette femme qui s'était faite l'instrument des vengeances d'en haut... A ton tour, belle et généreuse enfant, ne veux-tu pas abjurer les haines terrestres? Ne veux-tu

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pas me pardonner comme j'ai pardonné moimême?... Joséphine, sainte victime, dis-moi donc, oh I dis-moi donc que tu me pardonnes aussi !

Il avait emprisonné la main de madame Gervais dans les siennes et il la serrait avec force.

— Je vous pardonne de toute mon âme, Alfred, dit l'étrangère d'un ton pénétré qui frappa d'étonnement les deux vieux serviteurs ; vous avez été plein d'indulgence pour ma mère... Que Dieu soit miséricordieux pour vous!...

Le malade paraissait écouter dans une sorte d'extase ces consolantes paroles. La jeune femme pleurait et souriait tour à tour, et le sourire, comme les larmes, lui donnait un charme indicible.

— £h bien, Joséphine, reprit Alfred dans un élan passionné, puisque nous sommes ici dans un lieu où les rangs s'effacent, ou les inégalités disparaissent, où les Ames qui se finnt cherchées longtemps sans pouvoir se

réunir se retrouvent enfin et deviennent sœurs, dis-moi donc que tu m'aimes... Moi, je n'ai jamais aimé que toi. Depuis mon crime, tu étais ma divinité protectrice dans mes douleurs, ma confidente dans mes rêveries solitaires, ma consolatrice dans mes chutes. Pendant ces dix années qui viennent de s'écouler, tu as constamment occupé ma pensée. .. Mais que vais-je t'apprendre, à toi, qui du sein d'un monde meilleur contemplais mes combats et mes angoisses? Dis-moi donc que tu m'aimais, Joséphine, et que, dans la mort comme dans la vie, tu désirais d'être unie à moi!

— Tu as dit vrai, Alfred, tu as dit vrai, s'écria la jeune femme avec passion , je n'ai jamais aimé que toi : je t'aime encore, je t'aimerai toujours !

— Alors, c'est véritablement ici le séjour des bienheureux, reprit le malade dont le visage reflétait une béatitude surhumaine; nos malheurs sont finis... nous sommes enfin arrivés au port du ciel, où il n'y a plus ni

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