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près du feu. Néanmoins le sommeil de l'émigré n'était plus aussi calme; à certains intervalles, ses agitations revenaient ; il poussait de sourds gémissements. Alors Gonan et Yvonne tressaillaient et se mettaient sur leur séant; mais ils apercevaîenttoujoursladame inconnue debout et attentive devant le lit.
Elle semblait étudier avec anxiété ces symptômes inquiétants ; le doigt sur le pouls d'Alfred, elle en comptait, minutieusement les pulsations. Pour ne pas offenser la vue délicate du malade, on avait posé la lampe à l'autre extrémité de la chambre, en sorte qu'on eût dit d'une ombre blanche et vaporeuse qui veillait sur l'ancien maître du manoir. De temps en temps elle approchait des lèvres d'Alfred la tasse qui contenait une potion salutaire ; elle soulevait sa tête avec précaution, quand le râle s'échappait strident de sa bouche enflammée. Gonan et Yvonne, jaloux d'un zèle si ardent, avaient voulu rendre à leur maître quelques-uns de ces petits services qu'ils voyaient l'inconnue lui
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prodiguer; mais elle s'ëtaitmonirée si petnée de Tinaetion à laquelle on la condamnait, qu'ils n'avaient pas eu le courage de la tourmenter, et qu'ils s'en étaient de nouveau remisa elle du soin de pourvoir aux besoins du pauvre fiévreux. Du reste^ elle s'acquittait de sa tâche avec une dextérité, une aisance qui dénotaient une grande expérience; ce n'était pas un apprentissage que faisait madame Giarvais auprès de ce lit de douleur!
Alfred iui*mémc, malgré son apparente insemibîlilé, n'était pas resté comf^éiement indifférent aux bons ofSces de sa gracieuse garde-malade. Plusieurs fois, il avait ouv^t les yeux et les avait attachés sur elle avec intelligence. Quand elle se penchait vers lui, quand les longues boucles noires de la jeune femme frôlaient presque sa chevelure blonde et riore, ses traits s'animaient d'une vive expression de tendresse et de reconnaissance ; puis il retombait inerte sur les coussins, et l'engourdissement léthargique étouffait ce sentiment passager.
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Ce^ndantj à mesure que la nuit s'ëoouloit, il donnait plus fréquemment des signes de malaise. Sa poitrine était haletante, ses joues s'empourpraient, La dame s'approcha des deux vieux domestiques :
— TeneZ'^vous préis^ leur dit-^le ^ Toiei im redoublement de lièvre qui se déclare^ et il sera sans doute aeeompagné de déiire ; vos soins Toni devenir nécessaires*
Aussitôt CoBan et Yvonae furent sur pied.
Tous les trois entourèrent k lit et attMi* dirent en silenee.
Les prévisions de madame Gervats ne (ar« dëreat pas à se réalrêer. Alfred recouvra peu k pcH une force faetice et se souleva sur le coude. Ses yeux, tout ^nds ouverts, étaient ronds, fixes comoie eenx d'us cataleptique.
Bientôt le délire se manifesta, «t il se mil k parler aviee véhémenee. Ses diseours consistaient encore en plaintes incohérentes sur sa destinée; c'étaient toujours des alloeions à ses aventures en pays étranger, des souvenirs de jeunesse, des récits de sa misère k
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Londres, sujet qui revenait le plus souvent et avec le plus de détails à sa mémoire.
— Comme le mal fait dire des mensonges !
remarqua l'intendant avec embarras; on croirait vraiment que monseigneur connatC par expérience les horreurs dont il parle ! • • • , un seigneur de Kerdren... Oh! ces accès de fièvre sont une terrible chose !
Madame Gervais ne répondit pas à cette observation, et ne parut même pas l'avoir entendue. Mais le bruit avait attiré l'attention d'Alfred; il se retourna vers la jeune femme et la contempla en silence. Insensiblement son visage prit l'expression d'une joie pure, ses mains se joignirent, et il s'écria enfin avec un accent électrisant :
— Joséphine... ma chère Joséphine. •• est-ce bien vous ?
L'étrangère baissa la tête sans répondre et recula d'un pas.
— Oh! comme vous êtes belle! reprit^il ; bien plus belle qu'autrefois... mais je comprends... vous êtes morte aussi et nous som-