‹ La roche-tremblante (volume 2)Chapitre 58 sur 116 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

élevaient leurs enfants dans leurs bras, pour leur montrer le descendant des anciens seigneurs dont elles contaient, le soir à la veillée, les bienfaits et les légendes. Les vieillards le bénissaient. Les bouquets s'accumulaient sur la table près de laquelle il se tenait et formaient déjà une petite montagne de fleurs.

Alfred , étourdi de cette ovation subite, au moment même où il s'attendait à toutes sortes d'outrages, ne savait à qui entendre. Cependant, quand il eut pu se rendre bien compte de quoi il s'agissait, quand il eut reconnu des amis de sa jeunesse parmi les personnes qui encombraient la chambre, il s'attendrit à son tour. Il fit un accueil particulièrement cordial àCadou le ménétrier, à Yvon le Rouge, à Jean le baleinier, et surtout au vieux Pierre, le patron de la Gmemève, qui l'avait conduit en Angleterre en i 789. Il leur demandait des nouvelles de leurs familles ; il s'enquérait avec une bonté touchante de ce qui leur était arnv<^ pendant sa longue absence. Les braves

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gens, fiers de cette bienveillance et de ces distinctions flattetises, s'efforçaient de lui en témoigner leur gratitude.

— Vive monseigneur de Kerdren ! répétaient-Ils avec enthousiasme.

Alfred éleva la main pour annoncer qu*il voulait parler ; les clameurs cessèrent aussitôt.

— Mes amis^ dit l'émigré d'un ton ému, je vous remercie des preuves d'attachement que vous me donnez... mais ce n'est plus au seigneur de l'île de Loch, à votre maitre, qu'elles s'adressent maintenant... Je ne suis qu'un pauvre voyageur, un modeste citoyen comme vous, et de pareils honneurs ne sont plus faits pour moi !

Il y éul dans l'assemblée un mouvement de surprise. La plupart des assistants, en voyant Alfred de Kerdren établi dans la maison de ses ancêtres, entouré de tout le luxe et de tout l'appareil de son ancienne condition, ne pouvaient s'imaginer , âeins leur simplicité, que les conséquences d'une longue et sanglante

rëyolutioD ne fussent pas effacées de ce moment, et que quelqu'un dût encore lui contester son hé|*itage,

— En effet, reprit le vieux Pierre, le domiaine a été vendu, et ce fut une grande iifflictiop ppur le pays !

— Eh I qi4 avait le droH de le vendre?

s'écria Çopan avec véhénience, qui avait ce droit, sinon monseigneur Alfred de JLerdren, alors en exil?,.. Cette vente é^it une absurdité et une infamie.,. Que le voleur s'appelle Pi^re ou Paul, ou qu'il s'appelle la nationy est-ice moins un voleur, et son action en estelle pins ji^te ?

M Ipgiquc; de Çonan eut Le plus brillant succès.

— C'est vrai ça^ i|u moins ! dit le vieux Pierre, le Nestor de la troupe.

r- Opi , oui 9 répétèrent les autres, ciette vente a été une injustice, un véritable vol!

— £h bien, reprit Conan avec une chaleur toigours crnissante, sj vouspfsnse^ ainsi, ne souffrpns p9s que l'iniquité s'acbèye! Ne

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soufirons pas que notre cher seigneur, notre maître légitime...

— Silence l Gonan, interrompit Alfred; si vous avez encore quelque respect pour moi, n'ajoutez pas un mot de plus... Une rébellion contre l'ordre établi perdrait sûrement ceux qui y auraient pris part... Mes amis, continuat-il en se tournant vers ses anciens vassaux, je ne suis pas venu ici pour être un motif de désordre; je me soumets humblement aux changements qui se sont opérés dans mon sort. La portion la plus précieuse de mon héritage est cette affection que, de génération en génération, les habitants de Loch avaient vouée à ma famille et à moi ; cette portion n'a pas été perdue, et je vous en remercie du fond de mon cœur... Pour le reste, je m'en rapporte à la Providence!

Personne ne répondit; seulement quelques sanglots éclatèrent dans les rangs pressés des auditeurs.

— Je vous afflige, continua Alfred, et moi, de mon côté, je sens mon cœur brisé en son-

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