‹ La roche-tremblante (volume 2)Chapitre 86 sur 116 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

M. Gonan ne sont pas toujours texte d'Évangile ; il faut en prendre et en laisser dans ses histoires.

— Ma foi ! vous avez peutétre raison, dit Yvon le Rouge ; car une personne, qui est au mieux avec M. Bernard, me jurait encore tout à rheure...

Il s'arrêta et se mordit les lèvres.

— Eh bien ! voyons, éternue donc ! reprit Jean impatienté; si tu sais quelque chose, lance ton harpon bien vite.

— Bah ! dit la mère Penhoël en haussant les épaules, ne voyez-vous pas qu'il veut faire l'entendu et qu'il ne sait rien?

— Ah ! je ne sais rien ; s'écria Yvon avec colère, ah ! je veux faire l'entendu. .. Eh bien! vous allez voir... La nouvelle dame du château est tout bonnement la petite Labarre, la fille à la mère Labarre, celle sur laquelle on a composé autrefois la fameuse chanson !...

Voilà comme je ne sais rien I

Cette révélation produisit un effet théàt ' sur les auditeurs ; la mère Penhoël cassa

sa pipe, le baleinier laissa tomber son verre plein, le vieux Pierre écarquilla ses yeux rouges et éraillés; tous gardèrent un moment le silence.

— Je croyais, reprit enûn le vieillard, que la petite ëtait morte depuis bien des années.

— Oh ! pour cela non, dit la batelière. Â la vérité, ce fut moi qui en portai la première nouvelle au château, la nuit du pillage; mais le lendemain la chose fut démentie... La demoiselle guérit et quitta Saintrlllcc. Depuis ce temps on ne Ta jamais revue.

— Soit, soit ; mais ce fut la mère Labarre qui poussa les coquins de la côte à venir attaquer monseigneur, et qui fit un feu de joie avec les meubles du château... M. de Kerdren ne peut avoir oublié cela, et certes il s'offenserait fort qu'on le crût capable d'épouser la fille de cette diablesse en jupons.

— Ah ! vieux Pierre, dit la batelière d'un ton sentimental en soupirant dans sa pipe, écourtée et réduite à la plus modeste dimen-

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