CHAPITRE III
sîon longîtudioale, vous ignorez donc quelles bêtises l'amour fait faire k la jeunesse? Nous avons pourtant aussi passé par là dans notre temps... Et puis, la fille à la mère Labarre doit avoir joliment des écus !
— Sans doute; mais si Yvon disait vrai, monseigneur n'aurait pas convié tant de monde à la noce ; il serait allé se marier dans quelque ville éloignée, et il n'aurait pas osé affronter ici les méchants propos... On n'a pas oublié chez nous l'histoire de la Pierre- Tremblante, qui, depuis qu'elle a été touchée par la petite Labarre, est constamment restée immobile.
— C'est bien vrai, ça, reprit Yvon ; depuis le jour dont vous parlez, ni pour homme, ni pour femme, elle n'a remué tant seulement comme une bouée dans un temps calme ; et c'est un grand malheur !
— Ah ! interrompit le vieux pécheur, si monseigneur tenait encore aux anciennes traditions de la famille, nous saurions bien- ''^ W la nouvelle dame du château est, oui
78 LA ROCtlË-tAfiHBLAMTE.
OU non, la petite Labarre de la chanson ! Il était d'usage autrefois qu'une dame de Kerdren, le jour même de son mariage...
— On ne tentera pas rexpërience, soyczen-sur, dit Yvon le Rouge en ricanant ; monseigneur sait bien ce qui en résulterait.
— Au fait, dit la mère Penhoël avec dignité, moi qui vous parle, j'ai essayé d'ébranler la pierre, pas plus tard qu'hier, en venant de ramasser des crabes sur la grève; elle est restée aussi ferme que la falaise elle-même... Il n'y a pourtant rien à dire sur mon honneur, que je sache !
Elle posa te poing sur sa hanche, attendant qtie quelqu'un eût l'audace de protester contre son assertion ; aucune récrimination ne s'éleva, et Yvon se contenta de répéter :
— L'expérience n'aura pas lieu pour cette fois, je vous le promets... Hum! l'on a jasé autrefois sur la petite et sur monseigneur; il y en a même qui prétendaient que notre maître était cause...