CHAPITRE IV
non moins impatients, non moins empresses.
On s'écrasait; il n*ctait pas de moite de terre, de saillie du roc qui ne fût chargée de spectateurs; on eût dit d'une muraille humaine autour du monument. Un vieux coudrier mort , placé à la crête de la falaise, suppor» tait à lui seul une grappe d'enfants audacieux que le moindre accident pouvait précipiter sur la tête de leurs parents, assez peu soucieux d'une pareille éventualité.
Néanmoins cette foule si compacte s'entr'ouvrit avec effort devant les gros bonnets de File de Loch. Pendant que ses compagnons se casaient de leur mieux , Yvon le Rouge, préoccupé d'une idée secrète, se mit à jouer vigoureusement des coudes et des épaules pour parvenir jusqu'à la Pierre- Tremblante. Sans écouter les réclamations de ceux qu'il bousculait, il vint se poser en face du rocher, et, pesant de tout son poids sur lui, il chercha par une attaque brusque à l'ébranler.
^en ne remua : des éclats de rire et des
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plaisanteries accueillirent la tentative inutile du robuste pécheur.
— Faut voir, faut voir! reprit Yvon le Rouge en hochant la tête; or ça, les gars, qui veut m'aider par ici?
Plus de cinquante bras vigoureux se tendirent aussitôt vers la pierre.
-— A â â hâ... houp ! dit Yvon, comme s'il commandait une manœuvre pour virer au cabestan.
Toutes les mains se roidirent à la fois, tous les efforts se confondirent en un seul , puissant, énergique, irrésistible; cependant la pierre resta aussi ferme que si sa base eiit été enfoneée de vingt pieds dans le sol.
— A â à hâ... houp ! reprit Yvon.
Même résultat.
Après la troisième tentative, les travailleurs, découragés, se redressèrent et se mirent à essuyer leurs fronts couverts de sueur.
— Elle n'a pas bronché, dit un vieux matelot à figure bourgeonnée; allez, allez, le gros câble d'un vaisseau à trois ponts se cas-
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serait dix fois avant de la mettre en branle... Nous l'essayâmes en 89, avec quarante chevaux et une centaine de gaillards solides ; nous en fûmes pour nos peines comme aujourd'hui.
Quelques regards de colère se tournèrent vers l'interlocuteur.
— C'est bon, reprit Yvon le Rouge tranquillement; merci, les amis... Maintenant je sais ce que je voulais savoir.
Il avisa sur l'escarpement de la falaise un rocher pointu^ en forme de quille, d'où l'on pourrait voir toute la scène. Le plus hardi gamin n'eut osé escalader cette périlleuse aiguille, de crainte de la briser et de la faire croule^ dans le vallon. Néanmoins le pécheur l'embrassa sans hésiter ; s'élevant avec l'agilité d'un chat, il atteignit l'extrémité et s'y assit avec une aisance parfaite. Là, narguant les observations et- !Câ quolibets, il attendit avec patience les événements.
Il n'attendit pas longtemps: bientôt un bruit lointain de violons, de tambourins et
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d'autres instruments de musique, annonça l'arrivée de la noce. Yvon le Rouge, de son poste élevé, vit le cortège déboucher des plantations qui couvraient le centre de l'ile et s'avancer en longue file vers la falaise. En tête marchait le vieux notaire Toussaint, donnant le bras à la mariée dont il représentait le père. Il était en costume de cérémonie, le chapeau à la main; il s'acquittait de ses fonctions avec une galanterie prétentieuse qui témoignait combien il était fier d'un pareil honneur. La nouvelle dame de Kerdren avait une robe de satin blanc ; un voile virginal s'échappait de dessous la couronne de roses blanches qui formait sa coiffure; seulement ce voile ne cachait plus son visage et flottait en plis onduieux sur ses épaules. Sa contenance était calme, modeste, quoique non dépourvue d'assurance. Puis venait Alfred , vêtu avec une simplicité noble et élégante, Tair serein, le pas assuré. Il donnait le bras à mademoiselle Toussaint, qui, chargée de toutes les plumes, de toutes les fleurs,