‹ La roche-tremblante (volume 2)Chapitre 95 sur 116 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

Roche-Tremblante, une espèce de rainure où pouvait glisser une pierre mobile, de manière à arrêter complètement ou & faciliter ses mouvements. Cet appareil, fort simple et à peu près invisible pour toute personne non prévenue, avait dû jouer un grand rôle, toujours au dire de l'observateur, au temps où les Druides se servaient de la roche comme d'une pierre probatoire ; et cette découverte, si elle est vraie, comme nous n'en saurions douter, expliquera aisément certaines circonstances un peu obscures de cette histoire. Du reste, les paysans du voisinage n'ont pas attendu les investigations des savants modernes pour renoncer à leurs anciennes croyances au sujet du Rocher-Branlant. Ils ne connaissent plus les propriétés mystérieuses qu'ils lui attribuaient autrefois^ et quand ils passent le soir à quelque distance de la falaise, ils se contentent de se signer machinalement.

LÉ MArwmm •'àcmi.m.

Sur les eôies de la Normandie, au milieu de vastes plaged sans eesse bouleversées par la marée^ il se forme assez souvent de profonds abtmes de sable mouvant qui peuvent englotttk le voyageur assez imprudent pour s'av^oturer sans guide dans ees endroits dangereux. Les gens du pays eux** mêmes ne sont pas toujours sûrs d'échapper à ces ter* 'es gjovffres qiuand ils vont ramasser le

»:ui.

i08 UN MARTYR.

varech sur les rochers qui bordent l'Océan ; les sables se déplacent k chaque flux et reflux ; là où il y avait du danger la veille, il n'y en a plus le lendemain. Souvent même le lieu où un navire pouvait déposer le matin sa charge et son équipage est envahi le soir par une fange h demi liquide où s'enfoncerait le pied palmé d'un oiseau pécheur. Aussi les mouvants de la Normandie sont- ils non moins redoutables que le kelpie des côtes d'Ecosse, où s'engloutit le laird de Ravenswood, et chaque année ils occasionnent de nouveaux malheurs.

Pendant la terreur, par une soirée froide et sombre du mois d'octobre, deux voyageurs s'avançaient, aux dernières lueurs du crépuscule, vers un des points réputés les plus dangereux de la côte. On ne pouvait reconnaître au costume ni le rang ni la fcnrtune de ces deux étrangers, car ils étaient enveloppés entièrement de vastes manteaux. L'un, grand et robuste, portait sous son bras un léger paquet; de l'autre bras il soutenait son oom-

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pagnon, qui paraissait jeune et délicat, k en juger par sa petite taille et sa démarcbe timide. Ils ëchangeaient à voix basse quelques paroles, malgré le murmure du flot qui montait en ce moment et les gémissements sinistres de la brise sur la grève.

Ils s'avançaient à travers le brouillard, tout préoccupés en apparence du soin d*écbapper aux regards des douaniers qui veillent nuit et jour sur la côte. A cette époque, les ordres les plus sévères avaient été donnés pour empêcher les victimes de la persécution politique de rejoindre les navires anglais qui stationnaient dans le voisinage, et sans doute ces deux étrangers avaient plus de raisons de redouter les hommes que TOcéan et ses plages perfides.

Ils approchaient d'un endroit uni et découvert du rivage, où leur marche semblait ne devoir être entravée par aucun obstacle, quand une voix triste et effrayée se fit entendre derrière eux,

- N'allez pas par là ! n'allez pas par ]i\ !

.A ROCBB-TRBHBLAVTE. ?. iO

criait-on. Malheureux! tous ne savez donc pas où vous êtes ?

Les deux promeneurs, sans répondre, continuèrent leur marche.

— Au nom du ciel ! n'allez pas par 1&, si vous tenez & la vie! répëta-t-on.

Et en même temps l'individu qui avait prononcé ces paroles se mit h les poursuivre. Ils allaient, dans leur effroi, poser le pied sur la plaine de sable, quand une main vigoureuse saisit par le collet de son manteau l'un des voyageurs et le força de demeurer immo* bile. Celui qui était si brusquement arrêté se retourna en présentant à l'agresseur la bouche d'un pistolet. A la pâle lumière de la lune qui se levait il aperçut un homme revêtu d'un habillement simple, de couleur foncée, et dont un chapeau à larges bords couvrait le visage.

—- Est-ce ainsi que vous me récompensez de vous avoir sauvé la vie ? dit l'homme au large chapeau d'un ton de reproche; ne savez -vous pas qu'il y a là un mouvant

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