CHAPITRE PREMIER. lil
devant vous? Quelques pas de plus , vous et votre compagnon, vous alliez être engloutis !
— Que dites-vous? s'écria le voyageur.
— Vous êtes donc tout à fait étrangers au pays pour ne pas connaître la Fosse-du- Diable? Pourquoi n'écoutiez- vous pas les avertissements que je vous donnais?
— Nous vous prenions pour un douanier, dit le voyageur qui avait déj5 parlé.
L'homme au large chapeau les examina un moment en silence.
— Vous êtes sans doute, rcprit-il enfin, de ces malheureux que la persécution oblige à quitter la France, et vous cherchez probablement à gagner le vaisseau anglais qui a été en vue toute la journée?
Ce fut au tour des voyageurs d'examiner l'être mystérieux qui les interrogeait.
— Que vous importe ? lui fut - il répondu.
— C'est juste, reprit l'inconnu de sa voix "•^"inte et mélancolique, comme s'il se par-
lait à lui-même; que m'importe, à moi, le malheur des autres? N'ai-je pas assez h gémir sur ma propre destinée?
Et il commença à s'éloigner lentement, après avoir encore répété, en indiquant du doigt la plaine de sable :
— N'allez pas de ce côlé.
Ceux qu'il venait de sauver se consultèrent à voix basse, puis ils le rappelèrent au moment où il allait disparaître dans la brume. L'inconnu s'arrêta pour les attendre.
— Je crois que je puis me fier à vous? dit le plus âgé des voyageurs en lui glissant une pièce d or.
— Je n'ai jamais refusé mon secours ^à personne, répondit Tinconnu, qui laissa tomber avec indifférence à ses pieds ce qu'on lui offrait.
— Écoutez, reprit l'interlocuteur en lui prenant la main, qu'il serra d'une manière significative ; tout h l'heure vous avez deviné juste : nous sommes étrangers k ce pays, et nous fuyons la France pour sauver notre