CHAPITRE PREMIER
LA ROCHEFOUCAULD JUSQU'a LA FKONDE DES PRINCES
Le 15 septembre 1613, « à deux lieures et demie après midi)), naissait, rue des Fetits-Cliamps à Paris, François VI de La Rochefoucauld. Lorsqu'on le baptisa, en sa paroisse de Saiut-Honoré, le 4 octobre suivant, ses parents les plus ilhistres étaient réunis autour des fonts. L'enfant avait pour parrain son grand-oncle inessire François, cardinal (le La Rocliel'oucauld, évèque de Senlis, pour marraine la marquise de Guercheville, sa grand'mcre, et le sacrement lui était conféré ))ar Révérend Père en Dieu, mesirc Antoine de La Rochefoucauld, évêiiue d'Aiigoulcme. Il était le vingt et unième descendant de Foucault F'", -seigneur de La Roche, en Angoamois. Son bisaïeul, François I"de La Rochefoucauld, chambellan de Charles VI II »t de Louis XII, avait tenu sur le baptistère, en 14y7, un autre François 1^^, celui-là même qui devait vaincre à Mari-
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giian. (i .)(' suis en rtat, écrira un jour non sans liorté l'aulcnr (It's .l/rt,r/;/«'.<;, do instilicr (|u'il y a trois cents ans (jue les rois n'ont pas ciétlaiîïiu^ de nous traiter de parents. » Et d'Hozicr, rarl)ilre suprême de la noblesse française, situera ainsi cette famille : ^ La maison de La Rochcfoucîydd est sans contredit la plus illustre, la plus noble, la j)lus grande et la plus ancienne maison de la i)rovince de Saintonge et dWngoumois. »
Loi-Sfjue Tenfaut vint au monde, son i)ère François V, comte de La Rochefoucauld, prince de Marcillac, remplissait à la cour la charge fort envi(''e de grand maître de la garde-robe, et il était « conseiller du Jioy en ses Estats et privé ». La faveur souveraine semblait s'être attachée à lui, du fait que, le premier de sa maison, il était revenu au catholicisme. Pendant la plus grande partie du seizième siècle, en effet, la famille avait fait profession de calvinisme, et si François IV avait été l'un des comjiagnons les plus fidèles du Béarnais, il n'avait pas cru devoir suivre son maître dans son abjuration.
Nous voyons assez mal, à diie le vrai, le père et la mère du grand écrivain. ]\lme de Sévigné a beau écrire : « Le cœur de ]\I. de La Rochefoucauld pour sa famUle est une chose incomparable )\ ce cœur n'est rien moins qu'cxpansif. Ni les Mémoires ni la Correspondance ne nous renseignent au sujet de sa famille. Si nous n'avions pas quelques lettres de son père, nous ignorerions à peu près le caractère de ce personnage, qui vit en 1622 sa comté érigée en duché-])airie, fut gouverneur du Poitou et subit une légère disgâce, au temps de la conspiration de ]\Iontmorency, La Rochefoucauld dit bien dans ses Souvenirs : « Tous les grands du royaume qui se voyaient abattus croyaient avoir passé de la liberté à la servitude. J'avais été nourri dans ces sentiments > , mais cette haine que professait son père à l'endroit du cardinal ne semble pas s'être manifestée bien ouvertement. Au contraire, lorsque le duc écrit à Richelieu, il témoigne d'intentions fort différentes : « Votre bonté m'ayant paru si avantageusement que je puis dire avec vérité (pie ma maison et ma famille, qui ont l'honneur de