ÉDITION DE
Voià un portrait du coeur de rhomme que je donne au jmbîic fous h' nom de R^tlexions ou Maximes morales. Il court fortune de uc pJ'tirr pas à tmU le monde, parce quon trourtra p>v(-ftre qui! trop, et qu'il ne flatte pas assez. Il y i
que i du peintre nu jamais été de faire /- tt
ouvrage, et qu'il serait encore renfermé dans son cabinet si une méchiinte copie qui en a courti, et qui a passé même depuis quelqxie temps en Hollande, notait obligé un de ses amis de m'en donner une autre, qu'il dit être tout à fait conforme à roriginal. Mois, toute correcte qu'elle est, possible nécitera-t-elle pas la censure d' certaines ptrsutmes qui ne peuient souffrir que l'on se mêle dt f)ét>Hrtr dans le fond de It-ur cœur, et qui croient itre en droit d'tii - les connaissent, parce quelles ne Vitdent
pas 'r>p?. Il fy-t vrili fpic. r'>*>inie vts Maximes
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contre elles, et qu'elles ne s'attirent des censeurs. Aussi est-ce pour
(Ij 1.0 texte que iious KMBii)riinun.s est celui de la riri<!' tioii (les Majivu--. lu deriiièn- panu- avant la mort d»' ' fuucauld. en 1GÏ8. C'est la |>his ttiuipléte au point de \ui :>iuoii la plus curieuse.
186 = LA IIOCIIKFOUCAULL). — CIIAP. V
ciuv que je mels ici une Lotiro que Von ni''a donnée, qui a été faite depuis que le manusciit a -pam, et dinis le temps que chacun se mêlait d'en dire son ans. Elle m^a semblé assez propre pour répondre au-x principales diffîculfés que Von peut opposer ana: Réflexions, et pour expliquer les sentiments de leur auteur. Elle suffit pour faire voir que ce qu'elles contiennmt n'est autre chose que Vabrégé d'une murale conforme aux pensées de plusieurs Pères de V Eglise, et que celui qui les a écrites a eu heaucoup de raison de croire qu'il ne pouvait s'égarer en suivant de si bons guides, et qu'il lui était permis de parler de l'Homme comme les Pères en ont parlé. Mais si le respect qui leur est dû n'est pas capable de retenir le chagrin des critiques, s'ils ne font point de scrupule de condamner l'opinion de ces grands hommes en condamnant ce livre, je prie le lecteur de ne les pas imiter, de ne laisser point entraîner sow esprit au premier mouvement de son cœur, et de donner ordre, s'il est possible, que raniour-propre ne se mêle point dans le jugement qu'il en fera. Car, s'il le consulte, il ne faut pas s'attendre qu'il puisse être favorable à ces Maximes : comme elles traitent l' amour-propre de corrupteur de la raison, il ne manquera pas de prévenir l'esprit contre elles. Il faut donc prendre garde que cette prévention ne les justifie, et se persuader qu'il n'y a rien de plus propre à établir la vérité de ces Réflexions que la chaleur et la subtilité que l'on témoignera pour les combattre. En effet, il sera difficile de faire croire à tout homme de bon sens que l'on les condamne par d'autre motif que par celui de l'intérêt caché, de Vorgueil et de l'amour-propre. En un mot, le meilleur parti que le lecteur ait à prendre est de se mettre d'abord dans l'esprit qu'il n'y a aucune de ces maximes qui le regarde en particulier, et qu'il en est seul excepté, bien qu'elles paraissent générales. Après cela je lui réponds c^u'il sera le premier à y souscrire, et qu'il croira qu'elles font encore grâce au cœur humain. Voilà ce que j'avais à dire sur cet écrit en général; pour ce qui est de la méthode que l'on y eût pu observer, je crois qu'il eût été à désirer que chaque Maxime eût eu un titre du sujet qu'elle traite, et qu'elles eussent été mises dans un plus grand ordre; mais je ne l'ai pu faire sans renverser entièrement celui de la copie qu'on m'a donnée; et, comme il y a plusieurs Maximes siir une même matière, ceux à qui j'en ai demandé avis ont jugé qu'il était plus expédient de faire une table à laquelle on aura recours pour trouver celles qui traitent d'une même chose.
Rt:FLK.\I()NS MOHALKS
Nos vertus ne S'int le plus s nivent que des vices déguisés (1).
Ce que nous prenons pour des vertus n'est souvent qu'un assemblage de diverses actions et de divers intérêts, que la f(irtune ou notre industrie savent arranî^er ; et ce n'est pa.^ toujours par valeur et jtar eli;t-<ti'tr {|ue les hommes sont vaillants et que les feminrs sont eliastcs.
TT
L'aniour-propre est le plus grand de tous les flatteurs.
Quelque découverte que l'on ait faite dans le pays de lamourpropre, il y reste encore bien des terres inconnues.
L'amour-propre est plus habile que le plus habile homme du monde.
(1) Il n'est \)ns sans intérêt di- rapprocher cette épigraphe fatnen«<» qui n'a|)paruU qu'avec lu 4'édititin tles Marium'i l»i7.'«), ik-uttc phi,.-. détachée du portrait que La Kocliefoueauld a tract- ii>' l;-'; 11
savait feindre des vertus qu'il n'avait pjus. •
188 = LA UOCUKFOUCAL'I.l). — CIIAIV V
La durée de nos passions ne dépend pas plus de nous que la durée de notre vie.
La passion fait souvent un fou du plus liabile homme, et rend souvent les plus sots habiles.
Ces grandes et éclatantes actions qui éblouissent les yeux sont représentées par les politiques comme les effets des grands desseins, au lieu que ce sont d'ordinaire les effets de l'humeur et des passions. Ainsi la guerre d'Anguste et d'Antoine, qu'on rapporte à l'ambition qu'ils avaient de se rendre maîtres du monde, n'était peut-être qu'un effet de jalousie.