‹ La RochefoucauldChapitre 77 sur 87 · CDLXXXIX · texte numérisé non relu

CDLXXXIX

Quelque méchant que soient les hommes, ils n'oseraient paraître ennemis de la vertu ; et, lors qu'iU la veulent per^^'utcr. ils feignent de croire (lu'elle t-st fausse, ou ils lui MippoMiit il<crimes.

CDXC

Ou pa^e souvent de l'amour à l'ambition, mais on ne revient guère de l'ambition i l'amour.

CDXCl

L'extrême avarice se im-prend jpii-.>que ti'ujour- il point de pa<>ision qui s'éloigne plus souvent de >uii but qui le présent ait tant de pouvoir au préjudice de l'avenir.

260 = LA IlOCIIKKOUCADLl). — CUAl». V

CDXCII

L'aval ice produit souvent des effets contraiies : il y a un nombre infini de gens qui sacrifient tout leur bien à dos espérances douteuses et éloignées, d'autres méprisent de grands avantages à venir pour de petits intérêts présents.

CDXCIII

11 semble que les honmios ne se trouvent pas assez de défauts, ils en augmentent encore le nombre par' de certaines qualités singulières dont ils affectent de se i)arer, et ilb les cultivent avec tant de soin qu'elles deviennent à la fin des défauts naturels qu'il ne dépend plus d'eux de corriger.

CDXCIV

Ce qui fait voir que les lionmics connaissent mieux leurs fautes qu'on ne pense, c'est qu'ils n'ont jamais tort quand on les entend parler de leur conduite ; le même ainour-pro])re qui les aveugle d'ordinaire les éclaire alors et leur donne des vues si justes qu'il lem* fait supprimer ou déguiser les moindres choses qui peuvent être condanuiées.

CDXCXV

Il faut que les jeunes gens qui entrent dans le monde soient lionteux ou étourdis : un air capable et composé se lourne d'ordinaire en impertinence.

CDXCVI

Les querelles no dureraient pas longtemps si le tort n'était que d'un côié.

CDXCVIl

il ne sert de rien d'être jeune sans être -belle, ni d'être belle sans être jeune.

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CDXCVIII

II y a .!

éloit:n«V^ r.

CDxnx

On ne conio «rortlinairo la pri'iuière galanterie de? femtnw qtie lonjcjuVIIes en ont une sivondo.

Il y a des gens si remplis d'eux-mêmes que, lorsqu'ils sont auHtiireux, ils trouvent moyen d'êire occupés de leur {lassion !*,-ins lêtre de lu [tersunne (ju'ils .limciit.

I /amour, tout ai^réable quil est, plait encore plus par le; maiiirri's dont il «^e inonlrc que |tar lui-uiéiiic.

DM

Peu d'esprit avec de la droiture ennuie moins à la longue «pie lieaucoup d'esprit avec du travers. %

mil

I^ jalousie est le plu)« grand de tous It>s maux, et celui qui • fait le moins de pitié aux personnes qui le causent.

hiv

Après avoir parli* de la fausseté de tant de viTtus apparentes, il est raisonnable de dire quelque chose de la fausseté du mépris de

âiî2 = LA ROCHEFOUCAULD. — CHAP. V

la mort. J'entends parler de ce mépris de la mort que les païens se vantent de tirer de leurs propres forces, sans l'espérance d'une meilleure vie. Il y a dilïorence entre souffrir la mort constamment et la mépriser. Le premier est assez ordinaire, mais je crois que l'autre n'est jamais sincère. On a écrit néanmoins tout ce qui peut le plus persuader que la mort n'est point un mal, et les hommes les plus faibles, aussi bien que les héros, ont donné mille exemples célèbres pour établir cetteopinion. Cependant je doute que personne de bon sens l'ait jamais cru ; et la peine que l'on prend pour le persuader aux autres et à soi-même fait assez voir que cette entreprise n'est pas aisée. On peut avoir divers sujets de dégoûts dans la vie, mais on n'a jamais raison de mépriser la mort ; ceux-mêmes qui se la donnent volontairement ne la comptent pas pour si peu de chose, et ils s'en étonnent et la rejettent comme les autres lorsqu'elle vient à eux par une autre voie que celle qu'ils ont choisie. L'inégahté que l'on remarque dans le courage d'un nombre infini de vaillants hommes vient de ce que la mort se découvre différemment à leur imagination, et y paraît plus présente en un temps qu'en un autre : ainsi il arrive qu'après avoir méprisé ce qu'ils ne connaissent pas, ils craignent enfin ce qu'ils connaissent. Il faut éviter de l'envisager avec toutes ses circonstances si on ne veut pas croire qu'elle soit le plus grand de tous les maux. Les plus habiles et les plus braves sont ceux qui prennent de plus honnêtes prétextes pour s'empêcher de la considérer ; mais tout homme qui la sait voir telle qu'elle est trouve que c'est une chose épouvantable. La nécessité de mourir faisait toute la constance des philosophes. Ils croyaient qu'il fallait aller de bonne grâce où l'on ne saurait s'empêcher d'aller, et, ne pouvant éterniser leur \ie, il n'y avait rien qu'ils ne fissent pour éterniser leur réputation et sauver du naufrage ce qui en peut être garanti. Contentons-nous, pour faire bonne mine, de ne nous pas dire à nous-même tout ce que nous en pensons, et espérons plus de notre tempérament que de ces faibles r-aisonnements qui nous font croire que nous pouvons approcher de la mort avec indifférence. La gloire de mourir avec fermeté, l'espérance d'être regretté, le désir de laisser une belle réputation, l'assurance d'être affranchi des misères de la vie et de ne dépendre plus des caprices de la fortune, sont des remèdes qu'on ne doit pas rejeter. Mais on ne doit pas croire aussi qu'ils soient infaillibles. Ils font, pour nous assurer, ce qu'une simple haie fait souvent, à la guerre, pour" assurer ceux qui doivent approcher d'un lieu

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