INTRODUCTION VII
presque ingrate, en défaisant un jour ce que Vénergie humaine avait créé la veille. Des actes du passé, lu déduiras les promesses de l'avenir, et tu concluras comme nous croyons pouvoir le faire que de brillantes destinées commerciales sont forcément réservées à une cité qui a puisé dans ses seuls éléments vitaux les causes de sa prospérité et de sa grandeur.
Et quand tu auras fini et que tu tourneras le dernier feuillet, oublie les imperfections du livre pour ne penser qu'à Vinlérét du sujet, et conserve surtout le souvenir des gracieuses restitutions du passé dont une plume amie a bien voulu orner ces pages.
nomie des porls modernes. Dans le monde civilisé qui est noire milieu, notre regard , notre esprit s'habituent à des manières d'être, à des perfectionnements qui sont de notre temps seul. Il n'en a pas été toujours ainsi ; U n'y a aucun par illélis me à établir entre la marche de Tart, par exemple , et celle de Tinduslrie. L'épanouissement de l'art ne présuppose pas le perfectionnement industriel ; il ne l'accompagne mémo pas toujours, yamour du beau est cje tous les temps, comme l'homme lui-
même ; et quand les moyens matériels ont manqué pour la réalû?atioD du beau extérieur, Thomme a su le retrouver uniquement dans la pensée ou dans la forme du langage. Il est donc facile de rencontrer, à toutes les époques de la civilisation , le beau et la recherche de la perfection dans l'homme , dans son caractère, dans ses pensées, dans son langage ; il est possible de retrouver, dans les œuvres matérielles de Thomme, des qualités qui leur donnent la beauté. Mais c'est en vain qu'aux plus hauts points des civilisations égyptienne, grecque ou romaine, on chercherait rien qui approchât de notre industrie moderne, née de la science. Ce développement industriel contemporain est un fait unique dans Fhistoire de Thumanité.
Aussi, quand jetant un regard en arrière, nous nous appliquons, par exemple , à découvrir les anciens ports de nos côtes santones ou aunisiennes , il faut que nous fassions table rase de nos impressions modernes. Un port, selon nous, est une vaste étendue d'eau circonscrite par un énorme, quai de granit; de ci, de là, des é:helles de pierre ou de fer; sur les quais, soigneusement pavés et généralement sillonnés de rails, des bornes de bronze pour amarrer les vaisseaux, des grues à vapeur , des locomotives aux cris stridents, d'énormes coques de métal qui, en quelques heures, vident leurs flancs monstrueux, et sont aussitôt parties que venues.
Rien de semblable dans les siècles écoulés jusqu'à l'époque moderne. Les ports de nos contrées, quoi qu'on ait pu dire, même en y comprenant les havres de l'époque gallo-romaine, ne devaient être que des lieux d'atterrissage. Est-il possible en effet d'admeltre que, si le port des Santons, dont le souvenir a été conservé par Ptoléméc, eût été entouré de quais importants , il n'en fut pas resté quelque chose ? Il n'est pas de petit édicule gallo-romain dont les fondations ne soient demeurées dans nos champs ; tous les terrains, marais ou terres hautes conservent religieusement la trace des moindres habitations, et les constructions puissantes du