‹ La Rochelle et ses portsChapitre 20 sur 32 · CREUSEMENT DU CANAL DE LA CHAINE AU PONT SAINT-SAUVEUR · texte numérisé non relu

CREUSEMENT DU CANAL DE LA CHAINE AU PONT SAINT-SAUVEUR

Nous avons vu quels travaux de cette nature avaient été exécutés avant le xyjif siècle. La Chambre de commerce ne devait pas demeurer en reste sur ses devanciers pour le dégagement du havre.

En 1727, on reconnaît l'urgence de creuser de trois pieds de profondeur le canal depuis l'éperon de rentrée de la Chaîne jusqu'au pont Saint-Sauveur. Les galets devront être emportés au dehors, en gabares.

Le mémoire de 1727 -contenait l'exposé de la situation défavorable du port qui s'envasait tous les jours, et, en outre, un devis détaillé de la dépens^, plus ou moins grande, suivant que l'on transporterait les galets et les vases dans l'anse de Coureilles et dans l'ouvrage à Cornes, ou qu'on se bornerait simplement à jeter ces débris entre les deux éperons de la Chaîne et du fort des Dames.

C'était d'une toise de profondeur en moyenne que le recurement devait se faire.

Travail urgent par excellence ; tout le monde s'y prêta dans la mesure du possible, puisque le mémoire de 1738 indique qu' a on u, travaillé tous les ans au nettoiement et à l'approfondissement du port et du nouveau chenal. »

Ce travail cependant n'avait pas dû être très sérieux. La Chambre pouvait en effet écrire, en 1766, à Trudaine et au Contrôleur général :

« Le port de la Rochelle cesse d'exister, et Ton ose diie qu'il est enseveli sous les vases ; les vaisseaux sont obligés de faire leur armement et leur désarmement hors du port ; les allèges même, auxquelles on a recours pour la décharge des vaisseaux, n'enlrent plus qu'avec peine, et l'on est obligé de saisir l'instant de la forte marée, ce qui ralentit les expéditions et les rend impraticables. 11 est donc presque absolument nécessaire de recurer le port actuel et l'avant-port. . . »

Pour quelques-uns d'ailleurs ce curage du port devait céder le pas à la construction d'un bassin à flot, ce dernier ayant pour but la grande navigation, tandis que le premier objet n'était utile qu'à la petite navigation.

Cependant la Chambre, en 1767 , décida qu'elle regardait « avec M. Hue , le nettoiement du port et de lavant-port comme un ouvrage indispensable , de première nécessité , » et qui devait tenir le premier rang dans l'ordre des travaux. »

Le curage du port fut compris, implicitement au moins dans les prévisions de l'arrêt du 7 septembre 1769. Les travaux ne tardèrent pas à commencer, on y employait des curemoles et le curage fut exécuté avant 1775. Mais le remède était presque pire que le mal. Le nettoiement du port avait en effet augmenté la profondeur, mais il avait produit « l'effet naturel d'en rendre le fonds plus dur et moins propre à la carène sèche des vaisseaux. De plus, les quais n'ayant pas assez de vases au pied , menaçaient de crouWr de toutes parts. Cet inconvénient avait pour résultat d'éloigner les armateurs. Les navires se fatiguaient et étaient envoyés dans d'autres ports pour y être carénés à flot. On insistait donc en conséquence pour la constraclion d'un bassin. Et puis ce curage comme l'approfondissement du chenal n'étaient utiles, qu'à la petite navigation; quant à la grande, elle ne pouvait bénéficier que d'un approfondissement du port, du chenal intérieur, et encore, comme complément, de la création du bassin à flot, objet de tous les rêves.

CHASSE DE l'écluse ET DES PONTS MAUBEC.

Celle idée d'employer le canal Maubec comme chasse pour le netloiement du port n'était pas nouvelle ; nous la trouvons consignée à nouveau dans la délibération de la Chambre de commerce de l'année 1727. C'était la conséquence du recurement du port et de l'élargissement du chenal du dehors.

« Si ce que dessus est observé, dit la Chambre, il faut se charger du moulin et de l'écluse du pont de Maubec , en payant la rente de la Commanderie, aussi bien que celle de la Gourbeille ; de celte manière, on sera les maîtres de retenir toutes les eaux deux à trois fois chaque maline pour lâcher le tout ensemble à marée basse. »

M. de Tigné accueillit bien cette idée , au moins en principe, et porta dans son devis 2,000 livres pour essayer le mouvement des écluses Saint-Sauveur et de la Verdière, 30,000 livres pour rapprocher du port les écluses de Saint-Sauveur et de la Verdière, et 15,600 livres pour enlever les vases du canal Maubec,

La construction d'une écluse à l'entrée du canal Maubec figure en tête des travaux dont l'adjudication eut lieu le 17 juillet 1731.

D'après le mémoire de 1738, on avait commencé l'opération par l'approfondissement d'une partie du canal Maubec et la construction de quais au canal sur la longueur de l'approfondissement. Celte opération avait sans doute été exécutée au-dessus xlu pont Saint-Sauveur ou du pont Maubec , car on verra tout à l'heure que la partie qui se trouve entre le pont Saint-Sauveur et le port ne fut réparée que plus lard.

Il n'est pas d'ailleurs question , en 1727 , de démolir le pont Saint-Sauveur , la Chambre prévoit en effet la réparation des « piliers du pont de Saint-Sauveur, les pierres de taille étant entièrement ouvertes et sans ciment en les joints, ce qui en pourrait causer la ruine par la rapidité de l'eau qui sera violente. »

LE PORT AU XVIIIe SIÈCLE 85

Et en effet , le mémoire de 1738 constate qu'on a rétabli en partie une des arches dudit pont qui tombait en ruines.

Mais le pont Saint-Sauveur était néanmoins voué à la destruction. Dans le projet de 1731, on se propose non seulement de diriger Talignement du canal Maubec le plus en ligne droite qu il sera possible, de le fiiire passer dans la face droite du bassin Dauphin, près de Tangle flanqué dans le revêtement dont on fera un passage voûté, — mais aussi de détruire les ponts Maubec et de Saint-Sauveur, et d'en construire de nouveaux en charpente et en maçonnerie. On devait également détruire le magasin et le pont, appartenant à M. le duc de Saint-Simon, à l'entrée du canal Maubec dans la place, puis aussi acheter et détruire les moulins de Saint-Sauveur, ce qui supposait qu'ils étaient distincts du pont.

Page 1