LE VAGABOND MALHEUR
A Francis Casadesus,
Du fond d'un noir chemin bordé de rocs sans fleur, J'ai vu venir vers- moi le vagabond Malheur...
Se dressant, morne et dur, sur le seuil de ma porte. Il m'a fait un grand signe avec des feuilles mortes.
Mais j'ai ri de le voir derrière mon carreau Et je me suis moqué du jeu de ses tarots...
Alors, il nia crié d'ouvrir, d'une voix telle Que mon cœur a frémi d'une frayeur mortelle...
Le vagabond Malheur étant ensuite entré,
J'ni pris son sac de toile et son bâton pourpré...
Il faisait une nuit pleine de sortilèges,
Dans mes veines glissaient des écumes de neige.
Le vagabond Malheur, m'a donné son manteau, Des Jys de mort se soiit levés hors des cristaux...
De grands rêves pâlis dans la vapeur des vitres Avaient des airs de spectres fous qui récalciirent...
J'ai fait le vœu de fuir, mais je nen ai rien dit, Sentant la lâcheté dont fêtais étourdi...
Le vagabond Malheur s'est donc mis à ma place, Et l'ombre avec sa roue a broyé de la glace. .
Et soudain ma chandelle a tremblé sous le vent; Le monde s'est couvert de ténèbres crevant.
Alors, il m'a paru que c'était l heure ultime Et que les orgues d'or tonriaient sur les abîmes.
J'ai frissonné. Mon hôte enfin m'a pris la main^ Je me suis dit : voici mon dernier jour humain!...
Et, sous le triste chant des cloches funéraires, Toi vu des anges (/ris tourner dans la bruyère...
Mais, sans de plus de raison, froid fantôme gui fuit, L'étrange visiteur a disparu sans bruit...
Et je suis resté seul, tandis que, sur la route, Traînaient les -perles d'eau d'une aube qui s'égoutte.
EXISTENCES
A Léon Dier