SPLEEN SENTIMENTAL
Elle est belle, m'a dit l'Amour... Ahl c'est un fer De lance qui me plante au flanc son frisson vert!...
Elle est belle!... Mon Dieu! Que me sert de connaître Sa beauté ! Que fait donc cette femme à mon être !...
Elle est douce, ma dit l'Amour!... Et puis voilà Qu'un désespoir sans fond m'a rendu lâche, hélas !i..
Elle est très belle et puis très douce... Sur ma vie Flotte le froid de la tristesse et de l'envie...
Car elle est dure aussi... Pourquoi m'aimerait-elle , D'ailleurs?... J'entends trembler la fuite, au loin, d'une aile^'
NOSTALGIES. Hj
Elle ne m'aime pasi... Xh'. ruisselez, grands flots Des larmes! Et prenez mes songes inéclos !...
Levez-vous et roulez, vents railleurs de l'orage I Emportez-moi là-haut! que j'échappe au naufrage!
<jue, délivré du poids mugissant dune mer ( Kl chavire mon âme en un roulis amer,
.le voie enfin s'ouvrir un monde frais et tendre, O Misère, et qui ne soit pas couvert de cendre
Et d'écumes, comme ici-bas et qui, vraiment, S'étale en plein azur, librement, saintement!...
Cest ainsi que je vais, plein de mélancolie Et tout hanté de mort, de trouble et de folie...
L'Amour à mon oreille en secret parle bas... Et mon àme gémit et soupire et combat...
LE SOxNGE
Quand, fatigués de vivre en des torpeurs sans nom, Le cœur lourd et les yeux tout pleins de l'hébétude Que procure l'Ennui, ce puissant compagnon, Nous cherchons à sortir de notre solitude,
Quand, pour nous évader des serres du guignon, Vieux prisonniers humains chus de tant d'altitudes, Enfoncés et reclus dans l'ombre où nous tournons, Nous appelons le Songe à notre aide^ il vient, rude
Et fort, et s'abattant d'un seul coup sur nos têtes, Comme un Ange qui se secoue et qui halète D'avoir, de son plumage aigu, troué Tazur,
Il te verse, ô rêveur avide, son feu pur.
Plus grisant que le vin pourpre et plus riche encore,
Et t'emporte, éperdu, dans un monde d'aurore ..