‹ La romance de l'hommeChapitre 24 sur 51 · ÉLÉGIE D'AUTOMNE · texte numérisé non relu

ÉLÉGIE D'AUTOMNE

Un jour cruel et gris, plein de brumes touffues, Souffle à travers mon cœur,

Et je songe et je traîne en accablant la nue De mes vœux sans vigueur.

J'aspire aux heures d'or de 1 été, quand l'air tonne

D'un crépitement chaud.

Et cependant voici le funéraire automne

Avec ses orgues d'eau 1

Avec ses cris d'orage et ses perçantes pluies

Et ses rumeurs de mort, 11 vient dans ma misère et ma mélancolie.

Ma peine et mes remords!...

Seigneur, que j"aimerais, loin de ces lieux moroses

Me griser de couleurs !

Qu'il serait doux pour moi de respirer les roses

Qu'apportent les chaleurs !

Pouvoir fuir cet asphalte humide, — et, hors des houei

De ces sales charhons!...

— Semblable à l'émigrant, je vous cherche et vous loS

Grands bateaux vagabonds !...

Partir! — Ah 1 s'en aller! — Jaloux des équipages

Des Océans heureux.

Je voudrais avec eux me vautrer sur des plages,

Dans les suds sulfureux!

Je rêve de brasiers de sable et d'herbe infuse

D'éclairs de papillons, Et de tous ces geysers de soufre et d'or qui fusent

Parmi des tourbillons.

NOSTALGIES. ll'.l

Je me peins des pays où le corail s'enlace

A la fleur du varech, Oùr.solfalares vifs, éclatent dans l'espace

Des parfums, en jets secs!

Sur des arbres en Heur, rutilant d'aube blanche,

Dorment des perroquets.

Et Tarc-en-ciel tendu contre l'azur épanche

Le feu de ses bouquets.

Oh ! les voir ! Et pâmer devant ces paysages

Soudainement éclos 1 — Entends, mon àme, entends qui t'invite au voyage

L'appel des matelots!...

Embarquons! embarquons! Nous passerons la rade,

Bercé par des steamers.

Gonllez, voiles! ronflez, machines! et, nomades,

Fendons le flot des mers !

La cote fuit, enfin, voguons! Que se déroule

L'azur des équateurs !

Bientôt se lèveront en dansant sur des houles

Des îles de senteurs...

Voici que, fous, s'en vont les vaisseaux sans mâture

Démontés, en haillons, Proue et poupe tournant sur place, à l'aventure.

Sur de glauques bouillons ! f

Mais qu'importe ! Sans peur des écueils ni des trombes,

Des gouffres, des ressacs, Filons ! Et que la pluie ou le tonnerre tombent,

Nous tiendrons le tillac !

Tournés vers des reflets d'insaisissables cotes,

Dans ces mouvants remous, Tandis que cracheront sur nous les vagnes hautes,

Nous resterons, debout!...

Ne sens-tu pas déjà que vient des terres rouges, La chaleur d'un volcan?... i

Regarde au loin, comme un autre bateau qui bouge. Cet îlot capricant!...

Mais non I J'avais rêvé. J évoque en vain la roue

De l'hélice et le frein, i:t la ligne des rocs, et l'espace où se joue

Un ouragan marin...

En vain je m'imagine aspirer l'amertume Des algues, des courants...

Ici tout n'est qu'odeur de plomb et de bitume, Souffles d'hospice, errants!...

Ici tout n'est que spleen et que neurasthénie

Et que spectres falots!

Nous ne vous verrons pas, ô régions bénies î

Pars sans moi, matelot!

Misérable captif qu'enserre l'habitude Plus rude qu'un bourreau,

Il me faut demeurer parmi la solitude Sinistre d'un bureau!...

Dehors, un froid soleil qu'étouffent des fumées Se couche au vent roussi...

Sur un arbre qui meurt, j'entends dans la ramée L'oiseau de mon souci.

Et seuls, on voit, tanguant entre les mornes rues,

Passer des corbillards, Des corbillards tirés par des chevaux qui ruent

Hagards, dans du brouillard...

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