LE CAVALIER
I Mon cœur, — oh ! mon cœur ! — Tenlends-tu passer I Ce beau cavalier qui vient du Passé!...
1 Tout tremble au galop de son blanc cheval...
\ Mon àme! Il accourt à travers le val ! ...
Ce beau cavalier, ce fort cavalier, Il porte répée et le bouclier. . .
I 11 a le front noir sous un masque d'or. Ce haut cavalier qui nargue la mort...
^ 0 mon cœur, mon cœur ! — te rappelles-tu ''omme il bataillait, tout de fer vêtu!...
Comme, sous des rocs dépouvantement, Il gardait ses yeux de dur diamant!
Et comme, n'ayant pour tous compagnons Que le clair Courage et que le Guignon,
Il allait, sans peur et sans peine, droit,
Très pauvre pourtant, mais fier comme un roi!..
0 mon cœur, mon cœur, l'entends-lu passer, Ce franc cavalier qui vient du Passé !
Il a ton visage amer et moqueur, 11 a ta vaillance, il a ta langueur...
Les gens qui le voient, les gens qui, des seuils, L'aperçoivent, crient que voici le Deuil,
Que voici la Peste et le Navrement Et la Nostalgie au regard dément!...
Et pourtant, mon Dieu, vous devez savoir Quel bon désespoir est son désespoir!
PAR>[I LES JOURS PASSÉS. ^-
Et VOUS connaissez, Seigneur, ce qui luit De secret soleil sous cet air de nuit!...
Ah 1 doux cavalier ! Cavalier serré Dans du fer, hélas I mais mal cuirassé,
Où t'en vas-tu donc, Songe d'autrefois ! Vieux spectre des jours de gloire et de foi?...
Mon cœur, — oh ! mon cœur ! — Tentends-lu passer, i Ce grand cavalier qui vient du Passé 1...
LE VOYAGE EN AUTOMOBILE
LE VOYAGE EX AUTOMOBILE
A Madame Georgette Leblanc.
A nous les bois, la côte et, tout trempés de'mûres Les taillis, et la pourpre en remous des labours, La fondrière bumide errant sous la ramure Et les balages gras qui mènent vers les bourgs !. .
— Du fond mouvant des borizons voici que viennent Vers nous, comme à l'appel surbumain de nos'cœurs, Tous les cbemins multipliés au long des plaines Avec leurs palmes d'or et leurs cbants de vigueur.
Et désormais, narguant les cbutes où cbavirent Tour à tour les poteaux fantastiques et blonds, Les bosquets ravagés de guêpes en délire Et les enclos multicolores, — sous les plombs
^ii LA ROMA>CE DE L HOMME.
Du rouge été qui tombe en brûlantes rosées Et nous roule en sa flamme ainsi qu'en un drapeau, Nous allons, fous de fièvre et les tempes glacées. D'un mouvement interminable, sans repos...
Nous allons, saouls de brise et d'écumes, d'arômes De pétroles, de fleurs, de sables, de vins sûrs, Et l'ivresse qui met des flammes à nos paumes Nous précipite aux picç levés vers les azurs.
Mais la cime soudain se renverse, — l'abîme Se creuse et tourne, empli- de brumes fermentant. Nous glissons dans l'angoisse âpre qui nous opprime. Comme soumis à l'influence d'un aimant.
Et déjà quelque gouffre, encore au loin, nous happe...'. Seigneur ! où tombons-nous, Seigneur, — un bleu gla(* D'eaux miroite et s'étale en une longue nappe! Puis plus rien ! — D'un seul bond nous voilà hors d'icf
Entre de longs talus de broussaille et de boue. Tandis que se rebrousse un blé daube lavé, Filons donc ! Et heurtons à ces rochers nos roues Heurtons-les! Puis roulons, pantelants et crevés...
,E VOYAGE EN ALIU.MUIULE.
Mais soudain le chemin se redresse et nous porte Et, ravis du plaisir de délivrer nus Ireins, Nous montons dans un cri d'espérance plus forte Vers des hérissements lumineux de terrains...
Ah ! délice I Pouvoir, enûn, parmi des lignes Régulières de carrés d'herbes et d étangs, Sentir venir à soi sans que le regard cligne, Comme en chantant tous les courants calmes du temp
Luzernes et gazons, comme Ion vous possède! «lomme à notre caprice on vous voit frissonner, Vous, vaporeux coteaux que scie une pinède Et vous encor. volcans de laves couronnés!
Sans regret ni désir des choses disparues, Nous fuyons, bousculés de rythmes calioteurs. La Mort court avec nous sur le pavé des rues. Des Anges vont pleurer dans les tristes hauteurs.
Mais (jue nous font à nous ces gestes de ténèbres, Et les signes d'elfroi de quelques vains limons! Lequel peut nous toucher de ces soupirs funèbres, Quand ce rauque ouragan nous secoue aux poumons!,
Les arbres sont couchés sous la rafale et crient! Contre Thorizon noir fleuri de draps brûlants Voilà que des tambours exaltant nos furies Nous mènent, démontés et dans le vent, hurlants.
Environnés d'un bruit d'ailes d'or et de cloches, Nous tournons nos destins vers les néants amers. Et les pressentiments qu'éveille notre approche Se lèvent sur les monts et la plaine et la mer.
La terre bout. Le vent semble un rude élastique. L'horizon avec des décharges de gravats Nous accueille et, poids bleu que notre élan fabrique, L'énorme azur pend en blocs pâles sur nos bras...
Mais qu'importe 1 — Aiguisez vos couteaux, feux des troml Sur moi, foudre! Éclatez, tempêtes de cailloux! Effleurant les rochers que des soleils surplombent, Sans faiblir, déroulons les kilomètres fous!
Sans trembler ni frémir, risquant tous les vertiges. Sous des crépitements de blancs grêlons glacés. Dévalons et passons, de prestige en presilge. Dussions-nous, tels des pots d'écarlate, casser!...
LE VOYAGE EN AUTOMOBILE
Dussions-nous, tout à coup, lancés là-haut d'un bond Fabuleux, nous trouver parmi les rouges laves De ce soleil qui nous rôtit de ses charbons Ou pâles, atterrir en ces lunes qu'on brave 1
Dussions-nous atterrir en ces lunes de mort Et, désormais perdus, voyager sous vos glaces, Froids enfers, et souffrir tous nos mornes remords Et rêver dans l'horreur blême de ces espaces I...
— Activons! Activons encore! — A nous sans trêve,
Les prés roses, le val et les landes d'ajoncs,
La colline où s'égoutte une aurore de rêve
Et la pente, et ce versant vert où nous plongeons...
AMOUR