‹ La romance de l'hommeChapitre 7 sur 51 · ROMANCE · texte numérisé non relu

ROMANCE

Pourquoi c'est vous que j'aime encore, ô mon amour' 0 mon si simple amour, pourquoi, malgré les jours Et les jours, c'est vers vous que, jamais fatiguée, Revient fidèlement ma tendresse plus gaie Et plus sûre sans cesse et plus vaillante encor Et qui quête de vous comme une aumône d'or Le regard clair mettant sur des nuits de naufrage Son étoile, pour vous guider hors des orages?... Pourquoi vous m'êtes chère, ô mon âme, pourquoi J'aime à vous regarder, humble et me tenant coi, Tandis que, sous l'éclair pâle d'un soleil d'ambre, Vous allez et venez dans cette étroite chambre Dont vous faites pourtant le meilleur des châteaux, Et qui me fut si douce en des temps si brutaux, Quand les Ennuis et les Chagrins mettaient le siège

A ma porte, et campaient sans fin parmi les neiges

Polaires d'une immense indifférence et, là,

Me cernaient de leurs feux, d'un effort jamais las?...

Pourquoi c'est encor vous que j'aime et dont s'étonne

Mon cœur toujours sensible à tout ce qui rayonne

De secrète beauté sur un visage humain?

Pourquoi vous m'êtes chère et le sefez demain?

Pourquoi vous êtes celle encore qui m'importe,

0 ma petite enfant si fragile et si forte,

Et si fière et toujours disposée au combat

Pour la sainte pensée étrange du soldat

Que je suis et que, sans faiblesse ni traîtrise,

Je voudrais demeurer, — trouant la brume grise

De ce monde, étouffé dans sa médiocrité,

De mes rouges drapeaux d'amour et de fierté,

Et, sans souci de rien jamais que de la vie

Immense offerte à l'àme effrénée et ravie.

Ne désirant que ses royaumes obtenus,

Ses royaumes pleins de mystères ingénus?...

Pourquoi c'est vous mon cœur? pourquoi c'est vous mon âme

Pourquoi m'unit toujours à vous ce lien de flamme?

Pourquoi je ne saurais me détacher de vous?

Pourquoi la vie, hélas 1 parmi mille remous

66 LA ROMANCE D i: L HOMME.

Amers, peut me lancer, comme dans des abîmes. Sans me faire lâcher ce vaisseau que nous prîmes Autrefois, tous les deux, aux heures du matin, Et qui nous a portés sans fin dans l'incertain Et rindécis et le flottant souci de vivre, Au milieu de tohu-bohu dont je suis ivre?... Ah! mon amour, ah! mon amour, si vous voulez Le savoir, il vous faut vraiment le demander A votre âme et rien qu'à votre âme pure et sûre. Elle qui m'a pansé, guéri de mes blessures. Soutenu et rendu plus ferme, et gardé droit, Et défendu dans l'ombre et la guerre et le froid Cruel, et la tristesse âpre des jours féroces, En m'escortant d'un hymne héroïque de noces!..,

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