‹ La romance de l'hommeChapitre 8 sur 51 · REMINISCENCES · texte numérisé non relu

REMINISCENCES

Est-ce vos yeux. — vos yeux! — qui me font mal encor? Ils m'ont percé le cœur comme un grand glaive dor...

Voici des ans, mon Dieu! voici, déjà, des ans!... Jen porte encor la plaie en un souci cuisant...

C'était près de la mer, — une mer au flot noir, Oii le vent s'étirait dans un grand nonchaloir,

Une mer où glissaient, livides et nacreux,

Des frissons précurseurs de houles, dans des creux

Salés, dans des remous troués de vos éclairs, élastiques poissons qui filez, frais et clairs!

C'était près de la mer! — o les puérilités Des premières amours et leurs témérités!

Elle était douce avec des gestes pétulants

Et je ne lui parlais qu'en mots vagues et lents...

C'était au temps béni des flammes, quand vous mord Un désir qui s'avoue, hélas! en un remords...

Souvent, je la blessais sans même le vouloir... C'était près de la mer, — une mer au flot noir...

0 mon cœur! — Je voyais ses yeux me regarder Et plein de transes, je tremblais, intimidé...

Quelquefois, je risquais de lui prendre la main Et nous marchions un peu parmi de faux chemins

Dans les roches, ou bien sur le sable, dans l'eau Tiède encor du soleil fuyant sur ses radeaux...

Vous en souvenez-vous? C'était en la saison

De l'été, quand les nuits sont chaudes des tisons

AMOUR. 69

Invisibles que traîne à l'horizon le vent,

Et qu'on vit dans l'odeur d'œillets pourpres crevant...

0 mon cœur! — 0 mon cœur! — Vous les rappelez-vous, Ces instants d'autrefois, si riches et si doux!...

C'était près de la mer! — J'en ai le souvenir Qui me brûle toujours et ne veut pas finir...

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