‹ La ronde de nuitChapitre 5 sur 5 · I. — T’aimer moins, est-ce possible ? J’aurai tou · texte numérisé non relu

I. — T’aimer moins, est-ce possible ? J’aurai tou

ÿ jours besoin que tu me conseilles et souvent besoin

que tu me consoles.

ra Georges écouta les fanfares qui s’éloignaient.

O. Il n’osait être heureux; mais sa douleur prenait

JJ des ailes et planait sur cette ville triomphante.

Il ne pouvait s’écarter de la fenêtre.

5 Dans la soirée, après le dîner, il y revint encore.

J II avait la fièvre et prétendait que l’air extérieur l’a-

doucissait.

Mais il attendait un épilogue, et il vit enfin ce qu'il avait attendu.

LA kOXDE DE NUIT

Dans le parterre entouré de planches, devant la colonnade, on creusa deux grandes fosses ; un prêtre de Saint-Germain-l’Auxerrois vint les bénir; puis on apporta, un à un, de l’intérieur du Louvre, les morts déposés dans la journée.

Quand la besogne fut terminée, on planta une grande croix noire sur la terre fraîchement remuée, et chacun se retira.

Les Français morts pour la liberté étaient chez eux, avaient pris possession du sol comme l’édifice : nul n’avait le droit de leur disputer cet asile ; ils dormaient sous la garde du ciel et d’eux-mêmes.

Chateaubriand, huit jours après ces grands événements, prenant la parole à la Chambre des pairs, rendit hommage, en ces termes, au peuple de Paris:

« Jamais défense ne fut plus juste, plus héroïque. Le peuple ne s’est pas soulevé contre la loi, mais pourlaloi...Ils’csttrouvéque ces boutiquiers respiraient assez facilement la fumée de la poudre, et qu’il fallait plus de quatre soldats et un caporal pour les réduire. Un siècle n'aurait pas autant mûri un peuple que ces Irois derniers soleils qui viennent de briller sur la France.»

Ces paroles seront la conclusion de mon récit. J’ai peu de choses à ajouter pour compléter les détails déjà donnés. Le lendemain, quand M. Soudin vint voir Georges, il lut accueilli par cette question :

LA RONDfi Dfi NUIT

Eh bien, mon oncle, la République est-elle

proclamée?

M. Soudin suurU.

— Pas tout à fait, mon neveu. Ce sera, je crois, la meilleure des Républiques.

M. Soudin, qui connaissait les démarches tentées auprès du duc d’Orléans, expliqua la nécessité d une royauté populaire. Georges baissait la tête tristement en l’écoutant.

— Dans huit jours, mon neveu, vous penserez comme moi.

— Non, monsieur, pas même dans vingt ans.

Georges a tenu parole.

• M. Soudin, ami des triomphateurs, tout-puissant auprès d’eux, fit des fonctionnaires et dédaigna de l’être. 11 resta indépendant, jusqu’au jour, où sa logique et| sa [droiture le ramenèrent à l’opposition.

Parmi les services qu’il rendit, il fit à Emilie la surprise d’obtenir pour le mari de Jèanne Nicole, une place au parquet du procureur du roi de Paris. Le jeune avocat troyen avait du talent, Georges lui donna des convictions. Au bout de quelques années, il quitta le parquet de peur de ne plus croire à la justice. Jeanne fut l’amie fidèle d’Émilie, comme son mari resta toujours l’ami sincère de Georges.

Berroy, inscrit au barreau de Paris> fut un des chefs les plus éloquents de l’opposition radicale et un

des promoteurs les plus énergiques de la campagne des banquets.

Veut- on savoir ce qu’il devint au 24 février? Si l’on trouve dans l’hisloire de 1848 des républicains à la fois inflexibles sur les principes et conciliants sur les moyens de les faire accepter, éloquents sans emphase, modérés sans faiblesse, simples, vrais, originaux, intègres, loyaux, prudents et braves; c’est parmi ceux-là qu’il faut le chercher. S’il n’y en eut qu’un en qui ces qualités, inégalement réparties parmi les autres, fussent toutes réunies et concentrées, reconnaissez-le ; à coup sûr, c’est Georges Berroy.

D. Thiéry et C>*.. — Imprimerie de Lagny.

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