M III
montaient de son cœur à \, efle
vint au premier rang ouvrir les bras an voyageur. Chacun
ment pour laisser passer Thi mère,
qui saisissait t tlnail dans
la cour intérieure derrière ifl ri-
deaux.
Perkin, la repoo ir:
— Quelle est cette dame? dit-il
— 11 ne reconnaît pas
le vieillard, qui, resté dans le vestibule avec les serviteurs, commençait à leur raconter la folie du jeune houu
Dame Warbeck, stupéfaite d'un pas. Elle tremblait, ses yen prenaient par degrés une expression garement effrayante.
—C'est Perkin?... murmura-t-elle; \ mon fils?...
Perkin ne répliqua rien; il regardait de son côté cette femme sans surpi
chaleur, avec une nuance de compassion qui révélait la plus complète, la plus calme intelligence.
— Mon enfant avait des cheveux noirs, dit cette mère en l'esprit de laquelle passait peu à peu la folie qu'on attribuait à son fils : vous, vous avez les cheveux blonds... Enfin, des cheveux changent, mais les traits... ce ne sont pas les traits de mon fils... Parlez donc, monsieur...
parlez !... Est-ce que vous me reconnaissez pour votre mère?
— Non, madame, dit Perkin d'une voix lente et harmonieuse.
— Alors, pourquoi chercher à m'abuser? s'écria le Saxonne avec un serrement de cœur inexprimable; pourquoi vous prêtez-vous à leur tromperie?... C'est mal...
— Je ne suis pas le complice de ces hommes, continua Perkin ; je ne les connais pas, moi.
Du vestibule, tous : voyaient
cette scène bizarre; nul n'entendait le rôles sourdes qu'échangeaient ces deui {en effrayés l'un de l'antre.
— Madame, dit Zebée
mère infortunée, prenez garde d'augmenter la folie de notre jeune maître en le questionnant trop longtem]
La Saxonne n'écouta pas; eHe p patience. D'une main n le vieillard par sa tunique, et lui dil un accent saccadé, avec un farouche gard :
— Qu'es-tu, d'abord, toi ?
— Zebée, madame... vous savez bien !
répondit le juif stupéfait.
— Quel Zebée ?
— L'entrepositaire de Constantinople, madame.
Et, tout bas, il se demandait si tout le monde était fou dans la famille.
— Qu'est-ce que c'est que ce jeune homme?
Et les yeux de Zebée s'ouvrirent presque hagards de stupeur.
— Elle aussi !... pensa-t-il.
— Où l'as-tu pris? continua la Saxonne, entassant questions sur questions.
— A Constantinople, où son père m'avait appelé; je vous l'ai écrit.
— Je sais bien que tu m'as écrit; mais tu m'as écrit que maître Warbeck t'avait remis mon fils ; tu m'as écrit que tu me ramenais mon tils. Eh bien, misérable, celui-là n'est pas mon fils !
— Misérable! s'écria Zebée enjoignant les mains; vous vous jouez dun pauvre vieillard, maîtresse.
— Je tiens un scélérat qui mourra sous ma main, s'il ne m'avoue pas sa trahison et s'il ne me rend pas l'enfant de mes entrailles. '
i i i w ii:
— Je jure, niaitn-
—Misérable! ne blasphèmi i |eane homme avoue qu'il ne me connaît point
— C'est sa folie.
munie à son père.
— 11 disait cela aussi
— Comment le s |e, si d Warbeck ne me l'avait ap]
vient des suites de la blessuiv qu'il m lit à la tète étant enfant.
— Jamais mon fils ne fut bltète.
— Eh! maîtresse, vo o !
— Jamais mon fils n'a eu de cic;r
à la tète, s'écria la mère en repoussa fit à son tour Perkin avec une soi rent.
Allons, allons, c'est un complot, cVst un crime !... on m'a volé mon fils, on veut lui substituer un imposteur... Mata j'ai amis, des protecteurs; on me défei on me vengera. D'ailleurs, méprisable
vieillard, prouve, prouve que mon mari t'a remis ce jeune homme. Oh! si tu ne le prouves pas, qu'on appelle le magistrat!
Zebée, éperdu, écrasé sous cette grêle d'injures et d'accusations dont il ne comprenait pas la dangereuse portée, ne s'était pas souvenu du testament de Warbeck et des valeurs si péniblement mises à l'abri durant le voyage. Il se frappa le front avec joie, tira de son sein un sachet passablement sale, même pour un juif du xve siècle, et tendit à l'impatiente maîtresse le message à elle destiné par Warbeck mourant.
La Saxonne brisa le cachet de la lourde enveloppe; une liasse de papiers de banque et de lettres de change se dispersa ; les millions jonchèrent la dalle ou volèrent dans le bassin.
Dame Warbeck avait enfin trouvé la lettre écrite par son mari. Elle la dévora
d'an seul coup d'œil; puis, loul a coup, épouvantée, hors d'elle-même, rœil
glant, les traits li\i
— Madame, madame!... cria-1 tendant Les mains vers la dm cours
Marguerite était descendu* miers symptômes de démence qui avaient signalé le début de cette s< rible.
Elle saisit dans ses bras la Saxonne, qui pouvait à peine proférer une tordait, la lèvre écumai rées.
— Du courage, me voici, lui dit-elle.
Qu'esl-il arri\
— Il est arrivé, murmura l'inl que Warbeck s'est vengé, et qu'il a ai sine mon fils!
En disant ces mots, elle é comme pour maudire au ciel celui qui n'était plus sur la terre; ell-
tour d'elle dans un égarement déchirant le fils chéri que son œil morne semblait apercevoir parmi les ombres, et, soudain, son cœur éclata, le sang inonda ses lèvres ; elle ne put achever. Le cri commencé fut son dernier soupir.
Un frisson d'horreur parcourut l'assemblée. Catherine s'enfuit jusqu'à l'oratoire, où elle s'agenouilla.
Cependant Marguerite prit la lettre du mari dans les doigts crispés delà Saxonne.
« Vous avez introduit un enfant dans ma maison, disait Warbeck, j'en envoie un dans la vôtre. C'est toujours un fils. »
— Pauvre femme ! murmura la duchesse , tandis que les serviteurs éplorés relevaient le corps de leur maîtresse. *
A deux pas de là, le jeune Perkin, tremblant et pâle, regardait, sans la comprendre, l'épouvantable catastrophe dont il venait d'être la cause et le témoin.
Marguerite levai. ■ blanche, ce front noble. L'œil de IVrkin, dilaté par un douloureux effroi, laissa échapper une larme qui rou!
—Ce Jeune homme est-i] vraiment dit la princesse. Ce □ blable. Regardez donc, Fryon, il i compris, il pleure. A qui esl ; D il?...
Fryon ne répondit rien ; son regard seul parlait, vaguement abso:
sée profonde.
Le bruit s'était répandu dans Tournai de l'arrivée de la duchesse. Ancienne souveraine, fort respectée, fort redoutée, malgré la protection du nouveau maître, elle pouvait s'attendre aux hommages de ce peuple qui, dans le passé, redoutait qu'il ne fût resté un germe pour l'avenir. Le bourgmestre et les échevins de la ville se firent bientôt annoncer à Marguerite/ Ils arrivèrent à la maison de dame Warbeck, non sans avoir entendu parler de l'étrange
Il l;l \m tlf:
t (|ui j.t : i dans un
deuil inopiné*
rs compliment*, la dusse remarqua l'air i :
magistrats de la ville. G deux
causes que Marguerite pénétrait, et elle voulut tirer parti , comme tait le bon politique de tout événement it en
apparence.
La princesse protesta d'abord de désir de conserver la paix et mi«* u« utr;ilit<> absolue dans 1 - de l'Europe. Elle
se reposait, dit-elle, en laissant rep ses peuples. La France devenait son alliée. Elle en respectait les conqn même les usurpations. C'était aux habitants de Tournai à mériter l'affection de leur nouveau maître, en s'as&arant toutefois que l'amour et les services de leur ancienne maîtresse ne leur manqueraient jamais.
Quant à l'événement de la matinée, à la mort si brusque et si douloureuse de la dame Warbeck , dont toute la ville s'étonnait et s'inquiétait, Marguerite en raconta les détails et les causes apparentes aux magistrats institués pour connaître de tout ce qui pouvait offenser la conscience humaine...
Elle leur dit la stupeur de madame Warbeck à l'arrivée d'un jeune homme inconnu, alors qu'elle attendait son fils.
Elle leur montra la lettre de Warbeck : sacrifiant ainsi, avec le féroce égoïsme du prince qui a ses raisons d'État, l'honneur et la mémoire d'une pauvre femme jusquelà estimée.
Le bourgmestre secoua la tête, et dit :
— Si ce jeune homme n'est pas son fils, qui est-il donc?
— Quelque aventurier, ajouta un échevin.
LA ROM I I \>< m
— Complice de la substitution Ira par Warbeck, dit un tut
Marguerite ne répondit rii pourtant que ces supp< taienl ab-
surdes, puisque 1': premier,
avait déclaré à [0*11 06 la
reconnaissait pas pour sa m
— Cependant, continua le Bt, il y a un testament de Warbeck par lequel il lègue tous ses biens à ce jeun.' bomme. Ne serait-ce pas pour s'en
biens que le faux Warbeck se présent ici? Qui nous répond que la letton soit authentique. N'y a-t-il pas lieu d'interroger à la fois les serviteurs qui ont ramené le jeune homme, et ce dernier luimême?
— Vous êtes les maîtres ici, répliqua Marguerite; ordonnez -
Aussitôt Zebée, Jean et Periin foreiil mandés par-devant les ma U
deux serviteurs maintinrent leurs allégations. Ils paraissaient sincères, réclamant d'ailleurs avec larmes et imprécations le châtiment de cet inconnu qui portait malheur autour de lui.
— En effet, disait Zebée, nous l'avons vu, pour la première fois, au chevet du lit de Warbecket Warbeck est mort. Il arrive chez notre maîtresse, et elle, meurt rien que de l'avoir aperçu. Qu'on en fasse justice, puisqu'il dit lui-même n'être pas Perkin Warbeck.
— Mais enfin, reprit le bourgmestre, comment maître Warbeck vous à-t-il remis, en qualité de père, ce jeune homme qui n'était pas son fils?
Les deux serviteurs haussèrent les épaules avec un frisson. On croyait au diable, alors ; Zebée et Jean n'étaient point esprits forts. On devinait, à leur coup d'œil oblique, à leur affectation de fuir
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Perkin, qu'ils le soupçonnaient il»' quelque infernale incarnation,
— Puisqu'ils il rien, «lit le bourgi répondez, vous, il es! bien temps que tous rompiez ce silence: il est bi< n temps
tiez d'une îéti. >p profonde en pa-
reille circonstance poui
Perkin se tut.
Marguerite le dévorait des yn\. < pâleur nacrée, ce regard dont une volonté surnaturelle modérait la Hainiiie, i immobilité inexplicable chez une créature intelligente, excitaient en elle un intérêt puissant comme une fascination.
— Votre silence opiniâtre, continua le magistrat, ne sert en rien votre eauvous est, au contraire, singulièrement nuisible. Vous Mes su- prendre un nom qui ne vous appartient soupçons de mes collègues et les mi
vous les devinez, pourquoi ne les combattez-vous pas?
Perkin ne remua pas même les lèvres ; il ne fléchit pas un moment sa noble tête. Ses yeux regardaient, voyaient et ne reflétaient pas une seule des pensées que la duchesse sentait courir et s'entre-heurter sous le marbre vermeil de son front de statue.
— Pour la dernière fois, parlerez-vous ? dit le bourgmestre après avoir consulté du regard ses collègues, offensés d'une pareille audace; songez que vous allez être conduit en prison et jugé. La sentence peut être sévère.
— Voilà une perversité ou une stupidité inouïe, s'écria l'échevin principal.
— Bon ! murmura Zebée, il se tait seulement depuis dix minutes ; avec nous, il a quelquefois passé dix jours sans faire un geste : on ne l'entendait pas même res-
LA ROSI BLAllHE
piivr. Ch«l 166 au: il kit au
moins un cœur, un pouls : pal-
pez-le, je suis silr qu'il n'a ni l'un ni l'autre. Ce monde.
Ce> s paroles produisirent m
rassemblée une ira
reur; la vue seule de Perkin donnait le frisson. Calme, dédaigneux coi eût bravé tous les dan semblait les i pourse manifester sons sav.
Plus d'un, parmi ces di^i trembla de voir poindre l'ongle diabolique aux pieds du jeune homn:
chauve-souris sur ses épanl
Marguerite alors, s'adressant au bourgmestre, lui dit à voix basse :
—Ne vous hâtez pas de conclu ce malheureux; on le dit malade : je l«i croirais volontiers idiot. Vo
je le fasse examiner par un savant médecin qui m'accompagne? Il en rendra bon compte à Vos Seigneuries. Cependant mes gardes le surveilleront dans cette salle.
— Nous serons tous sincèrement obligés à Votre Altesse, répliqua le magistrat.
Et il sortit de la salle avec ses collègues, tous respirant plus librement depuis qu'ils n'avaient plus ce fardeau sur la conscience.
Marguerite prit Fryon à part et lui dit :
— Faites parler ce jeune drôle ; qu'il dise ce qu'il voudra, mais qu'il parle. J'ai supporté qu'il mystifiât des échevins, mais je serais moins patiente pour ma propre curiosité. Qu'il parle donc, sinon je le ferai pendre avant que l'horloge ait marqué midi.
Aussitôt elle s'éloigna à son tour, lais-
LA ROSE Bl.O» III
sant Fryon Imm plus »inl mission que PerUn ne Fétail de l'ait-
tiw.
Eà effet, dès les premiers mots qu'il
risqua pour décider le jeune nom ces mots furent éloquents, pressant-, Us eussent tiré un écho de la plus profonde pierre, — Perkin fit signe à son bai de ne pas dépenser en pure péri belles périodes. Le geste fut p Fryon sentit qu'il Interprétait m cable détermination.
— Songez qu'il s'agit de la mort, rôpliqua-t-il laconiquement, d'une mort B prochaine pour que vos réflexions soient courtes.
Perkin leva les yeux vers l'horloge, qui marquait midi moins un quart, et son sourire demanda clairement à Fryon de supprimer ce quart d'heure de souffrances inutiles.
— Ma foi, tant pis! dit Fryon, après avoir lu sur ces traits encore tendres une résolution de fer; c'est un mal sans remède, et madame la duchesse fera ce qu'elle voudra.
Perkin lui tourna le dos sans manifester aucune émotion, aucune surprise de cet abandon qu'on faisait si vite de sa vie. Quant à Fryon, il s'apprêtait à rejoindre sa maîtresse, lorsqu'à l'entrée de la salle il fut arrêté par une apparition soudaine. C'était Catherine, encore pâle de tout ce qu'elle avait vu, encore tremblante de ce qu'elle venait d'apprendre, et qui arrêtait Fryon de ses bras étendus sur le seuil.
— Eh quoi ! murmura-t-elle en anglais, tandis que, jusque-là, Perkin n'avait entendu que la langue flamande, ce serait vrai?... on mettrait à mort ce jeune homme?
- Et pourquoi non, si madame la du-
LA ROSK B!
chesse le veut? dit Fryon dans la m langue. C'est une brute ou un n'en déplaise à vu- isenl
sur sa physionomie perfide. Brute, i
quoi le laisser \i\.
ne le pas punir?
— 11 se taii...
— Parce qu'il risque plus
se taire, croyez-le bnu, ma com-
tesse; ces masques impi ta abritent
toujours de sinistn bres souvenirs.
— Je ne crois pas, répondit do Catherine, dont le regard miséno encore voilé de larmes, i>i<»i malheureux comme un rayon i li me comprend, bien que je m'exprime dans un idiome qui lui est inconnu ; il me sourit : il n'y a ni crime ni remords dan sourire.
En effet, Perkin s'était retourné tout à
coup au bruit des premiers mots prononcés en anglais par la jeune fille. ïl venait de témoigner en une seconde plus de sensibilité que dans tous le cours de l'interrogatoire, sous la menace même de la mort.
Charmé, le visage épanoui, aussi naïf à montrer son ravissement qu'il avait été courageux pour dissimuler sa pensée, Perkin suivait des yeux chaque mouvement de la jeune comtesse; il aspirait la vie qui s'exhalait d'elle ; il absorbait avec délices l'air qui vibrait sous sa parole. On eût dit qu'impassible avec les autres créatures, parce qu'elles n'étaient pas du monde auquel il appartenait, l'étranger retrouvait enfin et saluait dans Catherine Gordon l'habitante d'une sphère familière. Et, de fait, en les voyant tous deux jeunes, souriants, candides et beaux d'une grâce surnaturelle, Fryon put croire un