‹ La rose blancheChapitre 12 sur 40 · IV III · texte numérisé non relu

IV III

ment caché que le regard d'un enfant n'eût su démêler dans m.

profonde. L'entretien continua sur Pi sur Jacques IV, sur l'état to en

Ecosse. On devinait que Marguerit livrait plus à la jeune OUe que la moitié de ses impressions et <! I

une combinaison germait dans l'espril actif de la princesse.

Le lendemain, quand un peu den eut rétabli l'équilibre à la suite d'une exaltation trop violente et d'une i fatigue, Marguerite, rendue à elle-mi lit appeler Fryon, et eut avec lui un entretien sérieux sur l'avenir qu'offraient à l'Ecosse et aux partisans d'York l'attitude hostile d'Henri VII et I reine douairière. 11 fut arrêté que, accorder trop de créance à l'apparition de Brakenbury et à ses paroles dé.

on ne négligerait pourtant pas d<

ver cet homme, de le faire déclarer complètement, et de s'en faire dans tous les cas un auxiliaire, un témoin. Mais Fryon insista bien pour que les recherches qu'on ferait de Brakenbury fussent conduites avec tant de mystère et d'habileté, que le roi d'Angleterre n'en sût rien avant l'explosion.

Marguerite, ayant voulu éprouver mieux encore les talents de son nouveau conseiller, lui demanda un plan d'attaque. Sans hésiter, Fryon indiqua celui-ci :j

Le seul rejeton de la maison d'York était Warwick, renfermé à la Tour, pauvre idiot dont le nom et le fantôme avaient déjà fait une révolution en Angleterre. En s'emparant de ce jeune homme , en le faisant reconnaître par tous les souverains ennemis d'Henri VII; en l'entourant de sa famille, c'est-à-dire de la reine douairière et de Marguerite; en lui trouvant dans

IV IWlsl, Itl.tM lit.

quelque cour eun une belle al-

liance, on créerait à Henri Vil m

civile et des embarras b! I patience, les forces ou la vie lui manqueraient avant le dénoûment. Il ne que de tirer le jeune Clarence de l;t Tour; il ne s'agissait que de favoriser la fuite de la reine douairière, et pour UNIS dnix un asile était ouvert dans de la du-

chesse en Flandre. Cependant armerait de tout son poi Henri Vil à une guerre d d'invasion. Cependant Fryon, liment avec les plus puissants ci de Charles Viil, solliciterait ce prin< entrer dans la ligue ; on aurait 1< avec de l'argent, tout jaloux qu'ils étaient des Bourguignons; Maximiliend'Autri< In-, oscillant entre la France et l'Angle* pourrait être décidé par une prom d'accroissement de ses po<-

Pays-Bas. Or, cette promesse, dût-on la tenir, les États de la duchesse de Bourgogne pourraient être cédés quand cette princesse aurait en échange repris l'Angleterre.

Ce plan rassasiait tout l'orgueil, toute la rancune de Marguerite; mais quelle ne fut pas son admiration, lorsque Fryon, abandonnant le sentier battu de la politique taquine et de l'intrigue vulgaire, fit luire tout à coup à ses yeux la splendide perspective d'une couronne.

— Madame, lui dit-il, je ne vous dissimulerai pas qu'en me présentant a vous, je n'ai pas entendu vous aider à tourmenter misérablement le roi d'Angleterre. Ce rôle de moucheron tournant autour des narines d'un lion n'est pas à ma taille. Il finirait par déconsidérer Votre Altesse. N'oubliez pas, madame, que vous êtes une princesse du sang royal; qu'en An-

104 L4 ROSS Bl

gleterre les princesses

d'héritiers mùlrs. Songez q

ducdeClarenee, même

est inhabile à régner; sans compter qu'il

ne peut vivre longtemi qu'il

est par les rigueurs, par la m

d'une captivité de qui]

lesquels il n'a vu le soleil qu'ui

fois, le jour où, pour proui Ople

rim posture de Si m nel, Henri vil proo

dans Londres Clarence,

saut et pâle. Songez, Altesse, que la i

douairière n'est intéressante qo

qualité de mère des deux enfanti

Ses faiblesses envers I

Henri VII lui-même, l'ont dépopuiai

parmi ses meilleurs amis. Que reste-t-il

donc? Elisabeth, femme du tyran; i

elle plie sous son époux . elle est dev<

Lancastre!... Jetez les yeux maintenant

autour du trône, qu'y voyez-vous, sinon

une grande princesse veuve d'un illustre monarque, le plus grand guerrier de son temps; une femme à la fois célèbre par son génie, sa vertu, ses malheurs; une souveraine qui a su demeurer puissante par sa conduite et ses richesses? Je ne parle pas des alliances. Cette princesse , madame, c'est vous, Marguerite d'York.

Soit régente du malheureux Clarence, soit reine continuant le règne d'Edouard IV, vous avez le trône devant vous. 11 est là ! brillant à mes yeux comme un phare dans la nuit orageuse. Je ne vois que ce feu sur lequel je me guide; et, pour tout dire, enfin, madame, cette ambition dont j'osais hier vous entretenir, c'est d'être le ministre d'une grande reine.

Marguerite, éblouie, enthousiasmée, regarda Fryon. Ce regard fut un éclair d'ivresse.

—A l'œuvre donc ! dit-elle ; voilà la pre-

LA ROSK DLAX III

mière lois que ma pen

et marche vivante devant moi!

Il lut convenu que la coi ithe-

rine retournerait annoncer au roi ' un subside considérable d'argent, que la duchesse allait né I -h»-/

ses argentiers. Pryon reconduirait la Jeune fille à Ostende,oùrattendail à sa disposition pal IV.

On passerait donc par Tournai, ce qui était le chemin le plus COUrt. La veu\ Warbeek habitait dans Tournai. Mai

rite résolut de faire diligence pour arriver chez elle avant le jeune homme mala et porter ainsi la bonne nouvelle qu vait disposer favorablement cette m-i service de la ligue contre Henri VII.

Tournai, vieille ville bâtie sur l'Escaut, est formée de deux quartiers que divise le fleuve. Charles VII avait annexé le Tournaisis à sa couronne, puis il avait dû le céder au duc de Bourgogne. Enfin le comte de Meulan, ce bandit plus connu sous le nom d'Olivier le Daim, avait réussi, par un tour d'escamotage, à voler Tournai au Bourguignon pour le rendre à son ancien roi Louis XI. Ce dernier prince gardant

108 LA i m NK

bien ce qu'il avait pris, lit restée

française jusque sous soi \ m.

H y avait donc an de Bourguignons et de bonne ville. Les juifs > abondaient D rhnmense fortune de Warbeck, si huinbh d'origine, avait prl ' 'liant ess<

couru le monde oomme une

Rien de plus pittoresque que l'anti muraille de pierre Rtnqnée de ses cinquante-cinq tours. On eût dit Tolèd toute autre fondation sa iqtlft,

après avoir franchi le vieux pont,bttl i cents ans auparavant, on pénétrai! dans l'ancien quartier aux rues sinuen bres, barricadées plutôt que bo maisons, l'oeil rencontrait d'abord l'une des plus curieuses construction.nai, un édifice quasi contemporain de Ifl ville, une immense ruche de bois, de brique et de pierre, aux flancs de laquelle

le goût ou le besoin des propriétaires, s'accommodant au génie de chaque siècle, avait accroché un ornement ou une annexe, pareils à ces végétations bizarres qui s'épanouissent sur les arbres séculaires. En sorte que chaque époque d'architecture s'y trouvait représentée par un détail ou par un extrait complet en son genre. On y sentait, rien qu'à l'extérieur, le passage de dominations différentes qui s'étaient succédé depuis Constance, fils de Constantin, jusqu'à Charles VIII, en passant par Clodion, Childéric, Hugues Capet et Philippe-Auguste. L'un s'y révélait par l'ogive d'une fenêtre, l'autre par l'escalier ouvert qui serpentait sur le profil des briques comme les bras noueux d'un lierre.

Enfin, deux tourelles inégales, hétérogènes, lourds appendices naïvement évidés pour soulager la muraille destinée à les porter, s'appliquaient l'une au midi ,

l'autre à l'esl de la mai

garde-manger iped

pour la symétrie des étt

tingent du \m

venir deDamielte, dont saint Louis avait

raconté 1<

quelque Flamand les a\

viées aux parois de l'hôtel de Sens, habité

par Charte

Cette maison bizarre, ou plul pharnaùm hybride, itron,

sous terre encore plus loin plus

d'ingénieuses ramifications qu'au grand jour. Le classique Tartare des an< était bien peu de cIiom mirifique hypogée. Certaine grille de à barreaux rouilles, mais dont la rouille trois fois séculaire avait à peine mordillé l'épiderme, apparaissait sur le quai de l'Escaut, quelquefois au niveau du fie le plus souvent submergée, et, par i

LA ROSE BLAXMIK

grille que nul n'avait vu jamais s'ouvrir, on prétendait que les trésors attribués à la maison de Warbeck, opéraient leur entrée ou leur sortie, l'Escaut apportant sans bruit ce qu'il remportait sans scandale.

Dans cette maison vivait et attendait dame Warbeck, femme saxonne, d'une taille d'héroïne, portant avec éclat, malgré sa tristesse, une splendide beauté de trente-six ans. Si l'intérieur de l'édifice eût ressemblé au dehors, nul doute que cette tristesse ne fût devenue mortelle pour la pauvre abandonnée. Mais, nous l'avons dit, la maison, bâtie dans le style romain, laissait pénétrer l'air et le soleil jusqu'à son centre, c'est-à-dire dans une cour carrée dominée, sur sa quadruple face, par une terrasse sur laquelle ouvraient et s'éclairaient tous les appartements, avec la fontaine au milieu et tout

<t« i i lOêl H \>cii

on p l reoaii

surprise, la nit-io «jui pleurait son fils. Cette cour

.'•tait li MBCtttil IgeM n'y

:it point. 11 y a\ait d.'iix gludM ^ses con-

eetiné irait peu, par suit»' de riialiitinli-qn't'll»' avait du" prendre, sachant que le S] beauté surnaturelle «Hait l'appât <1

e noblesse et le désespoir deson mari.

Ce fut pourtant dans cette cour que, par un beau matin de juin.

femme* de la Saxonne vinrent lui annoncer la visite de la du< Dame Warbeek était vêtue de noir; elle portait la coiffure sévère <i s du

Hainaut. Ses beaux cheveux d'or avaient disparu sous le froid bandeau à lama • l'étain poli.

Elle se leva aux premiers mots, quitta les fleurs qu'elle soignait, et s'avança, dans un respectueux empressement, vers la tenture de Bruges qui séparait la cour du vestibule. Mais déjà Marguerite soulevait cette tapisserie, et, suivie de Catherine, pénétrait dans le gynécée.

Dame Warbeck s'inclina silencieusement, tandis qu'un page approchait des sièges; la duchesse, frappée de la voir ainsi sombre dans sa sombre parure :

— Eh quoi! dit-elle, dame Warbeck, triste je vous quittai, triste je vous retrouve!... Allons, allons, Warbeck ne mérite pas tant de larmes. Nous le pouvons dire maintenant. Il ne vous a pas toujours rendue heureuse. Songez à vous conserver belle pour de jeunes yeux qui bientôt vous verront...

La Saxonne, immuable et froide comme une statue, accueillit, sans paraître les

Il ILAICMI

comprendre, ce complimenl solution, bien étranges an moins, s'il n'eût été d'usage alors qu'une bout!.prince ne laissât échapper que d< d'or.

— Eh bien, reprit II; therine surprise interrogeait d

ne vous animerez-vous point, ma !

Nous vous aimons, nous vous pi mais il nous semble que voua poui sourire quand il s'agit de la laquelle, dit-on, \ uant

attachée en ce monde.

— Perkin! mon Bis!... murmura la Saxonne.

— Sans doute ; hem

la femme qui peut embrasser un fila quand elle a perdu son mari.

— Mais moi, madami lit dame Warbeck, je ne puis embrasser moi.

— Vous l'embrasserez tôt ou tard.

— Je l'ai espéré, je ne l'espère plus, dit la Saxonne d'une voix si brève, si basse, avec un tel accent de renoncement et de désespoir, que la duchesse s'arrêta de peur de faire éclater ce faible cœur en y introduisant trop vite l'atome de joie qui le dilate.

— Et d'où vient que vous n'espérez plus? reprit Marguerite. Il faut bien que ce jeune homme revienne !

— Voilà trois mois qu'on m'annonce son retour, madame. Il ne faut pas trois mois à un fils pour revenir de si près dans les bras de sa mère.

— Il vous aime, cependant, votre fils ?

— Il m'adore, ou, du moins, il m'adorait lorsqu'il m'a quittée.

— Je ne vois pas de raison pour qu'il ait changé, dame Warbeck.

La Saxonne leva les yeux au ciel, un nuage passa sur son front; ce geste, ce

soupir, signifiaient si clairement : i JVn vois, moi, » que la autant

tôt d'un air libre :

— Ce n'est pas le père, je suppose, qui aura efi'acé cet arnour dan votre enfant?

Dame Warbeck se leva so m

si, après celte parole si sim] elle n'eût pas eu la fore tage.

— Qu'avez-vous? demanda la dachi Qu'a-t-elle donc?... dit-elle plu s'adressant à Catherine, pour qui i beauté, cette douleur, cette tion semblable au remord- il un

spectacle à la fois captivant et terrible.

Dame Warbeck s'était retourna fontaine sans pouvoir i tion, comme l'eût exigé le respect dû à une grande princesse.

.Marguerite se leva à son tour, fit un

LA ROSE BLAIVCIIE

signe à Catherine pour que celle-ci ne parût pas remarquer les détails de cette scène, et, prenant le bras de la Saxonne, elle l'emmena plus loin avec l'aimable violence d'une femme tendre qui veut arracher un secret, c'est-à-dire une souffrance, à son amie.

—Voyons, dit-elle doucement, voyons, tout cela est-il bien naturel , ou plutôt ne l'est-il pas? Laissez-moi vous dire que vous avez des faiblesses incompréhensibles chez une personne de votre mérite.

D'ailleurs, vous connaissant aussi pusillanime , pourquoi avez-vous souffert que Warbeck emmenât votre fils loin de vous?

— L'ai- je permis? s'écria la Saxonne avec un oblique regard rapide et fauve. Est-ce qu'on m'a demandé la permission de m'enlever mon fils?

Marguerite, le cœur de bronze, fut pourtant remuée par cet aveu qu'arrachaient la

I \ 1081 I l i>« Ml

colère et la douleur. !>•' son côté, dame Wartock, rouge, puis mblail m

mordre les Ifrvres de dépll I im-

prudemment pai

Les grandi de la sants quand ils veulent ajouter la séi

tion de la sensibilité à huis autres stions. Marguerite pressa la main de la Saxonne, comme ï

du moins, senti toute la rôles

qui venaient de lui échap

—Pauvre femme! dit-elle; pauvre m Mais alors pourquoi vo chagrin?

L'intonation était caressante, le sourire onctueux, le geste fascin;itiiir; juais il «'tait trop tard pour la curiosité de Hargui le cœur profond de la Saxonne venait de se refermer comme s'était masqué visage.

— Mon Dieu, madame, dit-el

LA ROSE BLANCHE Ht

Altesse est mille fois trop généreuse de s'intéresser à une femme de ma condition ; mais c'est qu'en vérité je n'en vaux pas la peine !

—Vous valez pour moi autant qu'une reine, ma mie. C'est pourquoi je vous prie de ne point manquer de confiance et de me dire la raison qui a pu déterminer Warbeck à séparer de son fils unique une mère telle que vous.

L'injonction ne souffrait plus de résistance. Il fallait compléter l'aveu ou mentir.

Dame Warbeck prit un air calme, et le passage de cette tristesse vraie, morne, à la componction de commande n'échappa point à la duchesse. La Saxonne répondit:

— Voici le fait, madame, puisque vous daignez l'exiger. Je me refusais à laisser voyager Perkin, mon fils; toutes les mères sont ainsi. Cependant c'était pour le bien

du jeun.' homme. Mal irrité de mon l • mr,

pour évit- . il a cuiii

notre lils.

— Sansprévenii chesse, comme cela?

— Oui, madame.

— En plein jour, ou par rabtorfta Bd plein jour, vous l'eussiez \ u.

— La nuit, par la porte qui A l'Escaut.

La duchesse réfléchit qi était bien étrange. Elle eût l'in-

terrogatoire plus loin, blesser son hôtesse, trop eml déjà de cacher les tronçons de < Le rôle de Marguerite n'était | d'une maîtresse qui comma:. mil

besoin, au contraire, de da et l'indisposer n'eût pa politique.

LA ROSR BLANCHE 42i

Reprenant aussitôt le ton indifférent, la physionomie rassurante :

— Eh bien , dit-elle, votre blessure est facile à guérir, dame Warbeck, et je serai votre médecin... L'absence du jeune Perkin vous afflige. Riez bien vite, car il revient.

— Il revient ! s'écria la Saxonne avec un élan bientôt comprimé.

Elle ajouta :

—Combien de fois déjà ne m'a-t-on pas dit ces mots? f

— Oui, mais ce n'était pas moi qui vous les disais, répliqua Marguerite avec une nuance imperceptible de hauteur, qui persuada cette mère plus que n'eussent fait mille caresses.

Elle sentait le naturel et la vérité sous cet orgueil.

—Vous savez... ? murmura la Saxonne en joignant les mains.

LA ROSB BLANCHI

— Mieux que cela, di un sourire. J'ai vu.

— Vous avez vu !

— Oui.

— Revenant

— Je l'ai fait placer dans ma Util i

— il était blessé... malad l I oui, on le dit malade, ce qui, pour !

signifie qu'il est mort :

— Puisque j

puisque je pourrais vous fixer à deux heures près le moment de son arrin

— Madame !... Votre A

— Ce sera pour aujourd'hui, pour demain matin au plus tard.

— Oh! s'écria la Saxonne •■tant sur les mains de la duchesse pour Itt baiser, ou plutôt pour la caresses.

Marguerite jouissait de ce délire et s'en promettait les plus heureux succès, quand

un grand bruit de voix et de portes heurtées retentit soudain dans le vestibule.

Un cavalier venait d'annoncer l'entrée en ville d'une caravane dans laquelle dame Warbeck trouverait, disait-on, des voyageurs de sa connaissance.

Ces mots frappèrent la Saxonne au travers de la tapisserie. Elle fixa sur la duchesse, qui souriait, un regard plein d'angoisses et d'espérance à la fois.

— Assurément, répliqua Marguerite à cette interrogation muette.

La mère, presque épouvantée de son bonheur, demanda d'un air égaré à ses femmes une mante, et fit seller une mule pour courir au-devant de ce fils bienaimé.

Tandis qu'elle faisait diligenter tout le monde, Fryon entrait dans la cour, abordait mystérieusement la duchesse, et lui remettait une dépêche avec ce seul mot :

Marguerite, pour fctre plus IIJ .«•turc el dans rentreUen qtd d la suivre, monta l< r qui, de

la cour, conduisait du premier étage. Elle s'a sur la balustrade garnie do Heurs gi pantes itton,

la lettre qui n'arrivait pas ment sans avoir une grando in

En effet, la première un] duchesse fut un sombre el morn ragement. Après avoir lu, elle fronça le sourcil et tendit la lettre à Fryon, sur ]»• visage duquel se peignirent les m sentiments.

Jacques IV ann< que

toute cette intrigue de cour, sur laq les ennemis d'Henri VII avaient fondé leurs plans de guerre, venait nouir

comme une fumée. Henri VII, dans

lettre à son ambassadeur en Ecosse, expliquait lui-même son stratagème avec une sorte de cynisme railleur. C'était lui, disait-il, qui avait aposté Brakenbury, lui qui, fatigué des efforts tentés par sa femme et sa belle-mère pour ressusciter la popularité d'York, avait voulu désintéresser le peuple à l'égard des York vivants, en égarant son amour et sa pitié sur un fantôme; lui qui avait voulu, par la même occasion, juger de la conduite que ses ennemis tiendraient en pareil cas; lui enfin qui, pour prouver combien il se sentait fort, semait spontanément les bruits de l'existence d'un fils d'Edouard, jetant ainsi le défi à ses adversaires.

Jacques IV terminait sa dépêche en annonçant qu'Henri VII, plus audacieux et plus envahisseur que jamais, venait, par acte solennel, d'annexer à son domaine tous les fiefs et biens de la famille d'York,

r v R081 i:r. \\. in

se fondant sur le droit de sa femme i son fils ii la légitime | immenses revenus. L'habile usurpateur enlevait ainsi à la famille rivale Itl sources a l'aide desquelles <>n eût entretenu la guerre contre lui.

Ce dernier coup frappa la duel cœur; il anéantissait tout ce qui lui tait d'espérance. Fryon, coi mais

se roidissant d'instinct contre ce malheur, admirait le génie d'Henri VII, l'infatigable lutteur, pour lequel tonte chute devenait une occasion de rebondir.

— Eh bien, dit la duch< un soupir étouffé, la fortune se refus.' à nous servir; ne nous obstinons ';■•■ la tempête.

— Votre Altesse ne dit pas ce qu'elle pense, murmura Catherine stup.';

car elle aussi avait pris connais

la dépêche, et le coup ne lui avait pas

paru au-dessus des forces d'un génie patient et fort comme celui de Marguerite.

— C'est en s'opiniàtrant contre le sort que le duc de Bourgogne a succombé, répliqua la duchesse.

— Parfois, dit humblement Fryon, la seconde qui va nous engloutir est celle qui nous apporte le salut.

— Vous parlez de miracles, maître Fryon, répliqua aigrement la duchesse.

Je ne nie pas les miracles, mais je ne suis pas de ceux pour qui Dieu daigne les faire. Allons, décidons-nous, Catherine, mon enfant; il devient urgent que vous partiez pour Ostende, où vous attend votre navire. Qui sait si, profitant de la veine, le trop heureux Henri Vil n'aurait pas l'idée de commencer la guerre par la confiscation de ce vaisseau ; ce coup nous manque. Partez, je vais essayer de rap-

lit | v ftOM UI.vm m

peler mes esprits pour vous dire n

ment

Jacques IV.

File s'arrêta soudain; il > avait en : dans la maison, un mouvement, un tumulte qui rappelèrent la ducli réalité.

— J'oubliais, dit-elle; nous sommai dans un endroit ba reux : une mère triomphante, un Bis pitant de joie; on va s'eml pleu-

rer; le bonheur! c'est fort curieux pour des gens comme nous ; il faut l»i der un pareil spei I Une-

rine, accoude-toi comme m bal-

con. Regardez, Fryon, i isly Je

vous le permets ; entre gens foudr l'égalité commence.

Moitié pour complaire à la \ princesse, moitié pour reprendre 00 nance, Fryon obéit; les trois sp<

LA ROSE BLAflCUE

demeurèrent appuyés sur la balustrade, Catherine et Marguerite les mains entrelacées, le secrétaire soucieux et seul à quelques pas.

Ce jeune homme si beau, si étrange, que ramenaient dans la litière les écuyers de la duchesse, fit une partie du voyage sans donner signe d'existence. Il avait d'abord accordé quelque attention aux hommes d'armes, aux beaux chevaux, à l'appareil militaire qui l'entourait comme s'il eût été quelque chose de grand dans ce monde; puis, retrouvant Zebée, Jean, c'est-à-dire les deux serviteurs juifs avec leurs phrases accoutumées, leurs soins

l EU \\. il».

ordii prescriptions d'u

il a'étail rèftcogné dans la litière, dédaimme un lion rèveo? en

ge «lans 1 Une fois ou (1 dit:

— Nous allons bientôt rc\ Perkin im répondit m

ne autre fuis, dit :

— Nous ail. mal-

Alors un rayon p yeux du voyageur, el Z isail avec

«{iii'lciue soulagement que tout n'était pas perdu pour ce jeune homme, puisqu'il aimait encore sa mère au point que I»' DOfl) seul eût la vertu de l'arracher de s thargie.

Quand la caravane traversa la voûte ■ de la première partie du feuboi

— Maître, dit Zebée en s'approchanl de la lit crois qu'un de MM

écuyers a pris les devants pour donner avis de notre arrivée ; mais, néanmoins, la surprise pourrait être encore trop vive au cœur de dame Warbeck. Voulez-vous, pour la ménager, que nous fassions halte à la porte de l'Escaut, ou préférez-vous que nous entrions par la rue tout simplement.

—Je ne vous comprends pas, dit le jeune homme.

— La porte de l'Escaut, maître, ou la rue?

— Qu'est-ce que la porte de l'Escaut?

demanda Perkin.

Zebée se retourna vers son compagnon et il haussa les épaules ; Jean ajouta :

— Il est tout à fait idiot.

— Eh! malheureux, s'il vous entendait!

murmura Zebée.

— S'il m'entendait, il ne me comprendrait pas, répliqua Jean. Mais appuyez un

peu bot son intel -lui que

nous sommée arrii Zebée ol

— Nous voici à Tournai , maître, dH-il mielleusement, comme à an enfant qu*on veut persuader <l médecine

ré.

Perkin ouvir tut tout.

— Tournai ! VOUS Bavez bi uai !

— Eli bien? dit Perkin.

— Eh bien, vous y êtes, maîliv; reconnais>

Perkin se souleva garda

autour de lui, vit la voûte, la ru*,* sombre aux pignons gothiques ; plus loin, un g : espace que le soleil coupait d'uni d'or.

— Je ne me reconnais pas, dit-il tranquillement,

Et il se recoucha.

— Portons-le droit à la maison; il n'v a

LA ROSE BLÀNCnE <38

rien à en tirer, et nous sommes déjà trop heureux de le rapporter vivant. Si nous tardions, il serait capable de nous mourir dans les mains.

Ainsi conclut maître Jacques ; la litière poursuivit sa route, traversa le pont d'un pas rapide, et l'on arriva devant la maison de dame Warbeck, au moment où celle-ci se préparait à monter sur la mule pour courir au-devant de son fils.

Les portes s'ouvrirent, la litière abaissa son marchepied, Zebée offrit la main et l'épaule à Perkin pour descendre; mais celui-ci, repoussant le secours du vieux juif, mit pied a terre avec légèreté, considérant, plus attentif, plus étonné que jamais, la maison paternelle.

Au milieu des cris de joie et de l'empressement général, il avançait; sous le vestibule, une femme perça la foule, et, folle, aveuglée par le sang et les larmes qui

Page 1