AUGUSTE MAQUET
Édition autorisée pour la Belgique et l'étranger interdite pour la France
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LEIPZIG i^V
ALPII. DIRR, LIBRAIRE -ÉDITEUR
Quand Marguerite eut accordé quelques minutes de réflexion, en guise de regrets, à son infortuné serviteur, elle crut avoir largement payé sa dette de reconnaissance. Elle chercha bien à deviner pourquoi la troupe de ravisseurs anglais ne s'était pas emparée du château et de Perkin. Mais l'évidence éclatait. Perkin, grâce à la circonspection de Fryon, était demeuré inconnu aux agents du roi d'Angleterre.
York perdait Fryon, c'est vrai, mais il lui restait Perkin, et Marguerite se félicita
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tranquillement du bonheur qui avait protide à toute cette m enlevé avant d'avoir instruit Perkii té on
a de miraculi ; pré-
judiciable qu'à FryOD lui-iii- -u:- ■. M 11
atit et se trou il ne
lui resta plus qu'à • sntfoi) du
grtnd projet mûri dan» le silence d'une retraite de trente Jours. Marguerite Mira sa contenance, fourbit, pour ainsi dire, ses idées, et passa dans le canin ses huissiers avaient la ivrkin.
C'était l'heure d'une audience, salles du palais et les \ rem-
plissaient de court nom-
bre de voyageurs illustres, la plupart Anglais et Écossa sut II le
moment d'être présentés à la d'Edouard IV, à la très-noble fille de la maison d'York. D'antn soit
Français, soit Italiens, soit Allemands, recherchaient avidement l'honneur d'apercevoir la veuve du fameux duc de Bourgogne. Ce jour-là, soit hasard, soit combinaison delà part de la duchesse, nous ne saurions affirmer pourquoi, la cour était brillante et tumultueuse, comme elle ne l'avait pas été depuis longtemps.
A peine ce flot doré avait-il ondulé quelques minutes de l'escalier aux galeries, à peine Marguerite avait-elle disparu un demi-quart d'heure dans son cabinet, que soudain les portes s'ouvrirent, la duchesse sortit pâle et tremblante d'indignation réelle ou feinte; mais si tremblante et si pâle, que ses gentilshommes favoris et quelques dames coururent à sa rencontre, pour lui offrir respectueusement leurs services et savoir la cause de l'exaltation peinte sur son visage.
— Laissez-moi respirer, dit Marguerite
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fi'um' vota on ewnoi prendre i<i
temps de malséante chea une souveraine
i.;, curiosité, on le pense bien, ne toi
que pltu vivemenl par un pareil
préambule. Chacun voulut i l proposa sa médiation,
— Ils'a^it,n'pritl;i(lu. l'un Crime
énorme, d'un crime qui me frappe droit au cœur. Le coupable en sera coati rudement, que désorma réfléchir les traîtres et les lm| Quoi! parce qu'on E mon
fol amour pour ma race, parce qu'on me sait fière du nom d'York, et qne nul au monde n'ignore ce que j'ai lar-
mes, ce que j'en verse chaque jour sur mes frères, sur mes neveux Edouard V et Richard d'York, on spécul cette
tendresse de mon cœur, qui devrait être sacrée, on se fera un jeu de mes tortures,
on m'abusera par des impostures, et par la résurrection menteuse de mes chers fantômes. Dieu vivant ! j'en tiens un, de ces fourbes, de ces faux princes; il payera pour tous les autres.
Un lourd silence, un échange discret de regards effarés accueillit, dans la foule des courtisans, l'explosion bruyante du courroux de la souveraine.
Lord Kildare, un des grands noms de l'Angleterre, un des plus ardents partisans d'York, tombé dans la disgrâce d'Henri VII pour son opposition décidée aux Lancastre, s'approcha de Marguerite avec l'autorité que lui donnaient chez elle une vieille amitié, son immense richesse et un dévouement à toute épreuve. C'était un grand vieillard au front chauve et luisant, à la barbe blanche, au sourire à la fois bienveillant et railleur.
— De quelle imposture et de quels fan-
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tomes, dit-il, Votre Ail
nous parler?
— Ah: décria la tournant
vers lui, comme si clic
ment, cher duc! vous qui ch mmc mol
et qui connûtes tous 1 tirei-
vous, le pourriez -vous croire, que Je viens de me rencontrer là,dai un homme, an au an sacril
qui raconl . qtfil se-
rait, si on voulait . Richard
d'York, le second 61s d'Edouard I \ , le frère du martyr de la Tour mon propre neveu, le légitime roi d'Angleterre!
Un long murmure courut dans tout l'auditoire. C'était ce bruit multiple, hétérogène des éléments dans la tempête. Tous grondent ou frémissent; notes discordantes que la grande loi physique résume en
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une harmonie immense. L'harmonie a la cour résulte du respect et de la crainte de chaque élément envers le maître. Elle résulte mieux encore de l'intérêt commun.
Toute cette assemblée n'avait pas donné à la déclaration de Marguerite un sens uniforme. Les jeunes crurent leur princesse sincère, et ils s'indignaient avec elle; les simples, pour qui l'espoir est un dogme de religion politique, espéraient et, par conséquent, demandaient à voir l'imposteur; les fins courtisans sentaient vaguement une idée sous tant de paroles, et ils bourdonnaient à l'unisson pour s'épargner la responsabilité d'une réponse.
Kildare, homme droit et exact, ne se réserva pas.
— Voilà, dit-il, une abominable imposture; les fils du roi Edouard sont bien morts : s'ils eussent survécu l'un ou l'autre, le monde en saurait quelque chose, et
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il n'eût pas été digne d'un >rt de
ter gémir si longtemps rnsorptleor Henri vu, lorsqu'il u (|n'à m présenter pont irst Ions.
>eul condamne à mes yeux si prétention.
— Oh! il allègue d
milord, s'écria la duchesse; il prétend ne s'être pas connu Ini-même. u serait, dilil, devenu fou après ;i D «l.iii» la
Tour deux horribles blessures à II Mais que prouvent des ; je les aie vues et consti infant
ne peut-il avoir <'t< te?
— Je suppose, reprit lord Kildare, qu'il aurait d'autres preuves à fournir.
— S'il en a!... je me suis enfuie avant de l'entendre, ajouta la duchesse; cette voix m'a étourdie, comme son visage m'avait éblouie : voix de mon frère; visage de mon frère vivant!... Mais que prou-
LA ROSE i;lam:iii;
vent une voix et une ressemblance? N'ai-je pas aussi été abusée par ce vil sycophante, par ce honteux pâtissier Simnel, qui se disait Warwick, et que l'usurpateur victorieux n'a pas môme daigné punir, sinon en l'envoyant à ses cuisines? Une fois trompée, c'est assez; j'y ai perdu trop de larmes, trop de sang de mes amis, trop de bons écus d'or. Tant pis pour celui-ci qui veut recommencer Simnel ; il n'ira pas jusqu'à Londres : je veux qu'il soit écarlelé dès demain sur la placedu marchédeGand.
— Mais d'où vient-il? demanda Kildare, soit qu'il fût dupe, soit qu'il tînt à prouver qu'il ne voulait pas l'être.
— Il a été trouvé par un homme assez habile pour inspirer quelque confiance, par Fryon.
— Fryon, le secrétaire du roi Henri VII, celui qui a quitté son maître? demanda Kildare.
— Lui-même, ardent
Le vin; bit quelques
moments; pal if :
—Qn parlait beaucon] je l'ai quitté, dit-il, d'un aveu Hait par le meurtrier Brakenl Jet de 1 1
surrection d'un <\v> tiU d'Edouard; .
un»' coïncidence étrai.
— Dont l'imposteur aura profité, le bien, milord.
— Mais Fryon, où est-il?
— Je lui avais donné asile dans une de mes maisons; j'apprends que le roi d'Angleterre l'en a fait enlever. >
que vous m'avez rapporté, capita
— Oui, Altesse, dit l'officier interpellé, je puis en répondre et en Jurer au besoin*
— Voilà pourquoi, interrompit Marguerite, qui sentait s'échauffer son auditoire, tout à l'heure, en présence de ce jeune imposteur, je n'ai pas voulu l'écouter ni le
trop regarder même. Il peut mentir à son aise, Fryon n'est plus là pour le contredire ou pour l'appuyer. Mais aussi nous sommes libres, et, pour commencer, je me prononce contre son imposture plus énergiquement que si elle m'était prouvée.
L'idée seule d'une usurpation de ce glorieux, de ce cher nom d'York me transformerait en un tyran cruel. Je m'arrêterai aux limites de la* justice. Le coupable mourra. Qu'avez-vous , mon cher duc?
vous baissez la tête, on dirait que vous hésitez, vous, notre meilleur ami ; souffririez-vous un pareil sacrilège?
— C'est à cause même de ce dévouement à votre famille, madame, répliqua Kildare, que je vous supplierai de ne point écouter la colère, et de ne pas précipiter vos résolutions. Quel avantage procurerait à votre cause la mort d'un malheureux? Il ressemble, dites-vous, à votre frère Edouard;
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je m'étonne al opiaol
.i moi, je : ntiraisjamais à répandre
ing d'une i mu me rappellt
lits de mon ancien maître.
— Mus, s ii ment , s'il me trompe, et n*est qu'un sujet de discorde, de raille-
— Rien de plus radie que d<
vaincre et de le chasser avec ignominie, répliqua le vieillard ; je m'en charge lontiers.Jeneluiaurai pas plus loi trois questions, que je ! quoi m'en
tenir sur sa sincérité. Que dis-je, trois queslions! il n*est pas besoin de cela deux princes, vos neveux. Richard d'York, celui-là même qu'il prétend être, ont joué mille fois sur mes genoux. J<- me rappelle plusieurs particularités frappantes «le ces entrevues. Une surtout, qui n'a pu être sue de personne, excepté de lui et moi; s'il ne la sait pas, s'il ne m'en parle pas.
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il n'est point le duc Richard, et deux minutes suffiront à l'en convaincre. Vousmême, madame la duchesse, vous êtes plus que personne capable de lui prouver son imposture. Qui mieux que vous connaît les détails de la vie et de la mort des fils d'Edouard? Qui pourrait aussi bien que Votre Altesse provoquer ces explications sur d'intimes circonstances, rappeler des mots, des faits, tendre les pièges da'ns lesquels il tombera s'il est un fourbe?
— Quoi! ajouta Marguerite avec une joie impénétrable, vous me conseilleriez cette épreuve? En vérité, n'est-ce pas donner à un misérable menteur l'importance d'un héros?
— Non, madame, dit froidement Kildare; un juge n'en agit pas autrement. Il interroge, il observe, et condamne ou absout.
— Mais tout en moi se révolte ; il v a
invraisemblam bilité : oo
rira de nous, Ki!d;
— Nul n'a Jamais ri d'une princesse respn qui recherche la ji rite,