‹ La rose blancheChapitre 19 sur 40 · Riisi. 1:1. i\, H K · texte numérisé non relu

Riisi. 1:1. i\, H K

mieux qu'on ordre de Marguerite 1

lence et la cir< audi-

toire.

Bientôt l'on \ pana

delà tenture de velom gardes de la duchesse parut le premier, se rangea, el laissa passer par la ■.

porte un jeune homme une broderie simple <l Il tenait à la main son chaperon, «'t portait sans faste et sans humilité pâle. Un rayon de la lumi vint

jouer sur son front poli et communiqua la flamme à deux yeux tranquilles et purs qui parcouraient celte foule splendide avec une calme et sereine curios;

Sa démarche naturellement gracieuse el légère, son assurance pleine de candeur impressionnèrent favorablement l'assemblée; mais, quand onraperçutdeplus; quand éclata aux regards cette met

LA ROSE VLANCIIK

leuse ressemblance avec Edouard IV, le plus beau des hommes, ce fut dans tous les rangs un frémissement d'admiration que Marguerite saisit avec une secrète complaisance, et qu'elle se garda bien de réprimer.

Kildare s'était penché, curieusement d'abord, puis avidement; il regardait avec toute son âme. Marguerite put entendre le soupir profond qui s'exhala du cœur de ce vieillard.

Quant à Perkin, s'avançant peu à peu dans la galerie, pareil à un mort réveillé dans sa tombe, il semblait reprendre avec le sentiment de la vie le souvenir d'un passé interrompu par ce léthargique sommeil.

Ces costumes splendides, ce palais, ces magnificences, l'atmosphère parfumée d'une cour, la beauté des dames et le murmure qui accueillit sa présence n'étonu. 2

aèrent point Perkin. il se dil qu'il amrfl la autrefois. On le vil chercher dans

sa pivmi< . i t;i

bleauqui, maintenant, se dressait en !

défini lui.

Que sY'tait-il ibinel de

la duchesse entre i homme?

D'où venait à Margueril m»»-,

à Perkin cette tranquill

— Monsieur, lui dit-elle tout à coup tandis qu'il saluait le trône, je n'ai pas voulu échanger avec v<

particulier. (Test publiquement qui traitent les affaires de cette Importance. Vous voyez ici ma cour, mon conseil.

Priez Dieu qu'ils vous inspirent de réponses, car vous jouez votre lèle 80 tas de mensonge ou d'erreur.

Perkin ne répondit pas; mais il garda son flegme et sa sérénité.

— Ëcoutez-le bien, hauts seigneurs, et

vous,milords, jugez-le dans votre sagesse. Jeune homme, vous prétendez être né dans un palais?

Perkin répondit d'une voix pure et ferme :

— Je le crois.

— Vous prétendez avoir eu un frère roi?

— Je sais que j'ai eu un frère à qui j'ai vu une couronne sur la tête.

— Votre mère est, dites-vous, la reine douairière d'Angleterre ?

— Je ne sais; ma mère aussi portait une couronne. Si l'on me montrait son portrait, je le désignerais; si ellem'apparaissait elle-même, je n'hésiterais pas à l'embrasser, fût-elle au milieu de mille autres femmes.

— Vous dites, en conséquence, être Richard, duc d'York?

— Ce n'est pas moi qui ai dit cela. On

SI BLA1K m

m'a demandé : « N< roui pu

liichardï i J'ai répondu : I Cfl nom m'a :is mon . — Une

d'York? — Je me soovh i r été

appelé ainsi bii ni »

— Si cela était, vous Biné dans la Tour de L<

— J'ai été Victime d'un assassinat, oui.

— Racontez l'hombli

— Je dormais avec mon frère ? j'ai

entendu soudain du brail ; une eJitfté pale tremblait sous les rideau de nota

J'ai crié parce que des mains froides et rudes se promenaient sur mon vi Deux figures hideuses se penchaient sur nous. Tout à coup, mon frère a ci en se débattant, et m'a couvert de son sang tiède. J'ai voulu l'embrasser; un coup terrible m'a fait penche] puis un autre, et je n'ai pli- nti.

Peindre le silence et l'immobiliti

l'auditoire n'est pas l'ouvrage de la plume; le pinceau y réussirait mieux.

—Cependant vous n'étiez pas mort; vous vous réveillâtes plus tard? demanda la princesse.

— Longtemps après... Quand je fus frappé, quand je perdis mon frère, j'étais un enfant ; je me réveillai grand et fort.

— Et vous n'avez fait part à personne de ce souvenir terrible ?

— Celui à qui je l'ai conté, le seul être humain qu'il me fût permis de voir, affectait de ne pas comprendre la langue dont je me servais alors ; il m'en apprit une autre.

— Mais, quand vous sûtes cette langue nouvelle, vous parlâtes du passé?

— Oui, car j'y pensais toujours !

— Eh bien, que répondit votre gardien?

— Que j'étais fou... que j'avais, en

LA ROSE BLAX ||

jouant, fait an

par cette chut* ; que

la fièvre avait

que des s'y jouaient en rêi

— On niait V0tT( du roi Edouard?

— Oui.

— Votre famill.', voti votre catastrophe?

— Délire.

— Cette langue angla vitt, que vous savez encore?

— Quand j*< ipper un mot, mon gardien haussait

Je finis par croire qu'elle i que

dans mon imagination

—Mais, maintenant, vous vous rtpp et il me semble que vous prenes votre revanche avec usure.

— On m'a parlé anglais et je me suis

souvenu; on m'a dit que je n'étais pas un enfant sans famille, je me suis souvenu ; on m'a cité comme des faits mille choses que je croyais des chimères, des visions, des folies engendrées dans la blessure de ma tête malade ; je me suis souvenu de ces choses, et je maintiens que j'ai assisté à ces faits. Dans quel but a-t-on réveillé ainsi ma mémoire ? dans quel but veut-on que je parle après que d'autres m'ont si longtemps commandé de me taire,? Je n'en sais rien. Mais, comme je ne dis que la vérité, comme je n'affirme que ce que j'ai vu, entendu, souffert; comme on m'a fait espérer la réparation de mes longs malheurs, les caresses d'une mère, l'amour d'une famille que j'ai tant pleurée, et qui, dit -on, me pleure, je renais, je parle, je parlerais sous la hache des assassins; je verserais mon sang jusqu'à la dernière goutte.

\M IIK

H parler

rer, car j'ai un espoir « tja'il m

réfl ! i

ivrkin avail fini. Tous k t : u « • 1 1 1 . Non qu'on !•• crû! déjà, jamais nnposture c'avait paru plus . smenl

ourdie, mais jamais imposteur n apparu sous des dehors plus séduit Chacun dans Pi I» ut <l<

menteur et faussaire, nul n*i 0OH-

damner pour ces mens

La duce oeura un (nomeul re-

cueillie. Elle épiait les impn tutour

d'elle; elle admirait l'art avec lequel ce jeune homme venait de débiter DU monstrueuse histoire sans plus de trouble ni d'embarras qu'un apôtre confessant la vérité.

— Fryon avait raison. Ile; il est

fort, et c'est dommage de renverser cet édifice industrieux; mais, si je n'in

LA ROSK KLASCIIti

pas, un autre insistera. Ne nous laissons prévenir par personne.

» Tout ce récit, dit- elle solennellement, le premier venu l'eût pu faire. Les malheurs d'York sont connus. Pas un enfant qui, dans ses jeux, n'ait reproduit quelques-unes de ces scènes que ce jeune homme a racontées. Mais nous ne nous contentons point de banalités pareilles.

Les questions vont grandir en difficultés.

— Tant qu'elles solliciteront en moi un souvenir, j'y répondrai non moins facilement, dit Perkin. Ne les épargnez point, madame. Je tiens peu à prouver aux autres que je suis Richard d'York; mais je veux me le prouver à moi-même. Quand j'en serai sûr, le monde et la vie représenteront quelque chose pour moi; si je suis le jouet d'une erreur, qu'on me punisse ! Le châtiment sera la fin de mes tortures, et c'est

moi qui BOUÎCÎIfl la mort COmiQJB DDi

vrur!

— il va bien loin, se dil la duché pnii-ii être lûr à ce poinl de son instruc*

Cette audace avaii M nits.

(emblée oe dissimulait plus, Bino sympathie, du moins la crainte que L'erreur ne tùt trop tôt démonta

Alors ta duel Uni parole ;» elle-

même et poursuivi! ai consciencieuaemenl rinterrogatoire, qu'elle frémissait àenaque question de voir avorter ou s'égarer la réponse.

Mais, comme si un génie intérieur eût promené devant le front de Perkio su mystérieuse flamme et lui eût fait déchiffrer les hiéroglyphes de ce passé sanglant et sombre, comme si l'ange de la famille d'York, descendu près du jeune homme, l'eût assisté invisiblement et lui eût souf-

LA ROSE BliAIfCHR

fié à l'oreille chaque réponse, jamais le prétendu Richard ne se trompa. Les pièges les plus subtils, il les éventa ou les signala sans colère, sans crainte. Parfois il hésitait, mais c'était pour atteindre à une expression plus juste, à un détail plus précis. Ces lenteurs étaient pour lui un temps nécessaire pour fouiller dans les profondeurs de sa mémoire. Ainsi le plongeur disparaît et, pendant quelques secondes, travaille mystérieusement sous l'eau ; quand il revient, c'est avec le sourire sur les lèvres, avec la perle dans la main.

Perkin fournit ainsi a la duchesse les plus exactes notions sur son enfance, sur ses frères et sœurs, sur sa mère et son père Edouard IV. 11 dépeignit les plus secrets détours du palais et des maisons de plaisance que sa famille avait habités ; rappela ses jouets favoris, nomma ses chiens, ses oiseaux ; fit le portrait de tous

Il BLANCHI

ceux, amis, s.t\ it.uis ou officiers, qui avaient fait partie de la maison d'York, Une fois lancé sur la p ouveoirs,

il les aborda; il les saisit avec une de ftireur enthousiaste, t'aiiiniaiil à m qu'il sentait l'admiration et l'intérêt grandir autour do lui. Il m B détail à Marguerite un : qu'elle avait fait à Londres pour implorer le secours d'Edouard IV; décrivit ime, rappela une promenade en bannie pendant laquelle cette princesse avait eu ses deux neveux assis à ses genoux, tandis qu'elle causait familièrement sous le dais de tapisserie avec le roi son frère et sa liellesœur. Ce dernier souvenir fit tressaillir Marguerite, qui, cette fois, stupéfaite réellement, regarda Perkin avec une exj sion presque craintive et se dit :

— Comment sait-il cette particularité que je n'avais pas dite à Fryon?

,A ROSK BLANCHE

L'auditoire, habile à comprendre la pensée de la souveraine, et fortement ébranlé, d'ailleurs, par une pareille accumulation de preuves fournies sans orgueil, et qui semblaient loin d'être épuisées, commença dès lors à murmurer hautement l'opinion favorable qui résultait pour chacun de cet interrogatoire.

Quant à Perkin, ce succès ne soulevait en lui ni joie ni triomphe. Ainsi qu'il l'avait dit naguère, c'était bien pour sa propre satisfaction qu'il établissait son origine, et, si l'on eût pu surprendre sur ses traits quelque indice de sa pensée, c'était tout au plus l'étonnement naïf de s'être persuadé lui-même.

— En vérité, dit alors Marguerite, qui, toute convaincue qu'elle était de la fourberie, ne pouvait refuser son admiration à une telle supériorité de courage et de présence d'esprit ; en vérité , ce jeune

il m. si. || !>, m.

homme m'a i que Renie

Je en 4r.

Alors te duc de Kildare, Jusque-là i tatntr immobile et silen< approcha,

déterminé à porter au fantôme m coup suprême i

On le \it, descendant l'estrade, armer jusqu'à Perkio comme un obtmpiofl dans l'arène. Sa résolotlon d'en ii ni r avec l'imposture était écrite but son visage; quelque chose de malicieusement hostile éclatait dans ses yeux. Ce vieillard a\ait été ému comme tous les autres assistants ; plus d'une fois il avait senti battre cœur aux accents si nobles et si sin< de Perkin; aussi ne lui pardonnerait-il pas cette surprise, et, tout honteux, se préparait à l'en faire repentir.

— Me reconnaissez-vous? dit-il. Je sais bien que vous pouvez dire oui, car bien des gens me connaissent. Mais prenez

garde, ma question a plus de portée qu'il ne semble au premier abord.

— Je ne vous connais pas, répliqua Perkin.

— Je suis le duc de Kildare; on m'appelait Patrick quand j'étais à Westminster auprès des enfants d'Edouard. Vous voyez que je vous aide.

— Patrick? dit Perkin rêveur.

Et il chercha dans ses souvenirs.

—Cherchez bien, ajouta Kildare; car, si

vous vous rappelez ce que j'ai dans l'idée, vous verrez disparaître de mes lèvres le sourire d'incrédulité que vos premières paroles y ont laissé. Cherchez, fût-ce un quart d'heure : et, si vous trouvez, ce quart d'heure vous vaudra cher, messire, vous n'aurez pas perdu votre temps !

Perkin fixa sur le vieux lord un regard attentif. Les mains jointes, le genou fléchi, adossé à une colonne de la salle, il obser-

vu î t le masque railleur de ce rude anta-

•>te, et, g rat, mais

sans confiance, il cherchait

Autour d'eux, observanl comptant les secondes, Marguerite serrait rolsivement ses on g nains

fiévreuses. Lord Kildare et Perkin ic gardaient incef Qt, pareil* aux

diateurs qui méditent leur attaqi

Les assistants haletaient, partagés entre l'intérêt que Perkin avait soulevé dans leurs amea el ! que nul ne pou-

vait refuser à la parole du vieui lord aux cheveux blancs.

— Patrick?... répéta encore une fois Perkin. Je me souviens bien de mon bon ami Patrick, mais il n'avait pas la tète chauve; je l'ai connu avec des cheveux noirs qui tombaient épais sur ses épaules.

— C'est vrai , dit Kildare ; mais j'ai vieilli vile, et mes cheveux ont été noirs

LA ROSE BLANCilK

avant d'être blancs, avant de ne plus être.

Et sa voix trembla, comme si ce mot « vieilli » eût évoqué en lui un lugubre souvenir.

— Patrick ! répéta Perkin se parlant à lui-même, je me le rappelle bien, mon bon ami Patrick, mais je ne puis affirmer que ce soit vous. Cette fois, le piège ne me paraît pas loyal, car je ne vois pas au delà de l'horizon de mon enfance ; il y a dix ans que je ne sais plus rien de ce qui se passe dans le monde, et l'on aurait tort d'exiger de moi la science du présent.

Restons dans le passé.

— Ainsi ferai-je, dit le vieux lord touché de ce reproche. C'est bien dans les limites du passé que je prétends qu'on reste. Aussi, vous dis-je que je suis le Patrick que milord Richard, duc d'York, appelait son bon ami ; seulement, si vous

Il Ol Ht.

/ ici une chose se< nue seulement di

chard et de moi. Ahl Bi vous s:

chose is la révélez, vous m'aurea

eu comme ici ûncu déjà

bien du moud.'.

Perkin regardait toujours; son œil n tateur s'illumina soudain d'une Bamme fugitive, el le , e redevint, comme

auparavant, sérieux et impénétrable.

— 11 faut lui laisser le temps de chercher, dit le vieillard à ceux qui l'entouraient; ce n'est pas que la circonstan laquelle je fais allusion soit de nature à être facilement oubliée ; le vrai duc d'York me l'aurait déjà jetée au mais enfin, ce jeune homme l'a demandé ; franc jeu! ne le troublons point dans sa recherche.

— Ne supposez pas que je cherche, dit froidement Perkin en se redressant sous

l'injurieux doute; non, je sais bien de quoi vous voulez parler, milord. Mais, avant que je le dise tout haut, qui me relèvera du serment que Patrick m'a fait faire autrefois de n'en parler jamais?

Ces mots parurent à la duchesse une défaite habile, mais insuffisante à sauver Perkin des serres de son redoutable antagoniste. Cependant, quand elle se retourna vers Kildare, elle le vit chanceler, trembler, et s'écrier de surprise.

—En effet, murmura le vieux lord dans son saisissement, je demandai le secret au jeune duc.

— Vous le fîtes jurer sur la croix, milord, interrompit Perkin avec la même sereine majesté.

— Oui, oui, dit Kildare, je le confesse. Un long frémissement fit onduler dans

l'auditoire les tètes épanouies par ce premier triomphe de Tacteur favori.

iO II ROSI

— Et, continua 1 i.l a tenu

, je VOUS

rapporte L'événement, et q

Richard, c'est qv trahi ton -niant à q

qu'un.

— Jam,

j'en frissonne encore aujourd'hui.

— Eh bien <1<hic, reprit Perkin, béni soit Dieu ijui a une si fo<

sion de vous convaincre, ra ici le

bit auquel vous pi faire allusion.

Le duc Richard ôtaii à Windsor, dans le petit Jardin à gauche du pair, auprfc grand fossé rempli d'eau... — Ne m'interrompez p. as , j'ai besoin de toute mou attention pour préciser les détails, car un tête est faible et votre m;i nloir

opiniâtre. — Ainsi donc Richard était à Windsor, jouant avec un petit chien qu'on lui avait donné; c'était Patrick, je ci

a rose blanche

qui avait offert ce petit chien d'Ecosse au jeune duc... n'est-ce pas?

— C'est vrai, balbutia Kildare; mais beaucoup de gens savent que je fournissais, de ma précieuse race écossaise, le chenil de mes amis et de mon roi.

— Ce que l'on sait moins , poursuivit Perkin, c'est que le petit duc, cruel comme tous les enfants, attacha le jeune chien par une patte à une longue corde, et s'amusa méchamment à le plonger dans le fossé; la corde rompit, le petit animal se noya; Patrick survint, et, à cette vue, s'irrita justement contre le jeune prince... Je crois que je ne me trompe pas? dit Perkin en regardant fixement le vieillard.

Kildare pâlit et ne répondit rien.

— Je continue, reprit le jeune homme : Richard, honteux des reproches de Patrick, s'emporta bien vite à son tour! 11 était irascible ; il menaça son serviteur de le faire

Il KMM. Bl \ n '

lane Patrick

rapidement les yeui autour de lui; l'occasion était belli runmau-

petitprincequi pouvait devenir tyran.

Patrick saisit Richard par la ceiutur l'enlevant d'un bras roi suspendit

au-dessus du fossé m ulement,

dans la précipitation de ce mouvement, et dans la résistance qu'< i , la

dague de Patrick se retoui rourreau, et pénétra dans la chair du Jeune prince, entre le col et l'é] .itrick

lut aussitôt couvert de sang. Tenez, lord Kildare, ajouta Perkio eu ouvrant son pourpoint, dont il déchira le collet brodé par un geste vraiment royal, ne serait-ce pas là une blessure de votre connaissant ! et, si vous avez encore la dague qui a ouvert ma poitrine , ne pourriez-vous en comparer la pointe à la largeur de cette cicatrice?Avouez, avouez : il n'y a plus de

danger aujourd'hui , comme le jour où vous me fîtes jurer de n'en rien dire au roi, mon père.

Kildare, foudroyé, l'œil hagard, le cœur pantelant, laissa échapper un sanglot , joignit les mains, et fléchit le genou devant le jeune homme en l'appelant seigneur, en l'appelant maître, en l'appelant roi!

La stupéfaction de l'assemblé , sa joie , son ivresse, à ce merveilleux spectacle, éclatèrent comme un tonnerre. Quant à Marguerite, elle se crut le jouet d'un complot tramé par de plus habiles poètes qu'elle n'était habile politique. Kildare, aux genoux de Perkin , acheva de confondre ses idées ; et elle murmura :

— Quoi! jusqu'à Kildare! Fryon l'avait gagné aussi ! Kildare était du complot, lui que je redoutais le plus !

Et, s'approchant du vieillard afin de le

4 4 LA ROSK BLA><

compromettra jusqu'au bout par uii'

terpellation solenne

— Ainsi, dit-elle, vous! vous, Uldai licrs d'Ëcoss»

l'honneur.

ne homme?

— Je le reconnais et le proclame, «lit are aussi ento

il était sceptique. Celui- I i bard,duc d'York, dont j'ai versé le i qui a

l'ait blanchir mes cheveux en une nuit; vous en souvenez-vous, milord !

—Si bien que, le lendemain, dit Perkin, quand j'étais au lit avec la li« vre, prétendant m'être blessé avec un clou au bord du puits, tu vins me voir et me remercier de ne pas t'avoir trahi ; et tu me montras ces cheveux blancs, et je les baisai en l'embrassant comme je t'embrasse encore aujourd'hui.

— Vive le roi Richard IV ! s'écria Kildnre en fondant en larmes.

Et sa voix fut aussitôt couverte par rinimense clameur soulevée dans tous les coins de la galerie, dont les échos répétèrent : « Vive le roi Richard IV ! »

— Mon neveu, fils d'York, rose blanche immaculée! venez m'embrasser, dit Marguerite ; je vous salue, roi d'Angleterre!

Perkin, enivré, ébloui, rayonnant de joie, d'orgueil et de beauté, s'élança vers la duchesse, et appuya un cœur brûlant de loyale tendresse sur ce cœur dont les orgueilleux battements le repoussaient, malgré l'étreinte de deux bras menteurs.

L'Ecosse avait alors pour roi Jacques IV, jeune prince élevé au trône par une révolte populaire, sur le cadavre même de son père, Jacques III. L'Ecosse, toujours en garde contre les tentatives d'envahissement de l'Angleterre, était la protectrice naturelle de tout ennemi d'un monarque anglais ; ce fut dans ce foyer de rancunes belliqueuses que la duchesse de Bourgogne envoya son prétendant avec une

armée, de l'argent < puis Ce fut « rendit

rfait soulever l'Irlande, qui, tout

d'abord en le voyant, !• I l'ac-

clama îils d'Edouard,

si nom r ici non-

seulement les le ce

jeune bomme qu'i rtune

tirait du néant pour le lan< des grandeurs humain un traité de morale quand il I que

conter une histoire et de mélancolie. Pourquoi an; saveur du fruit? pourquoi commenl parfum? Réciter, ici, c'est intéresser; la plume trouve un ouvrage trop facile. Rarement, en effet, drame plus simple et plus poignant se sera déroulé aux d'un lecteur.

Après tout ce que Perkin avait vu.

éprouvé, reconquis avec sa mémoire et rattaché au domaine de sa propre vie, certes il n'était plus Perkin, il ne l'avait jamais été; il ne supposait pas pouvoir l'être : il était Richard d'York, et nous lui donnerons ce nom désormais.

De quel droit l'eût-on fait douter, lui qui rencontrait à point nommé la lumière si longtemps perdue, -lui qui retrouvait toutes choses d'accord avec ses souvenirs subitement renoués, lui dont on légitimait tout à coup les ambitions ? Une illustre princesse l'appelait son neveu ; le plus loyal chevalier de l'Angleterre l'appelait son maître; des bataillons fidèles l'entraînaient à la conquête d'une couronne; des souverains étrangers, Charles VIII etMaximilien, l'appelaient frère, et faisaient des vœux pour son drapeau. Richard obéit à sa destinée ; il marcha résolument.

Ses premiers pas furent, nous l'avons

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