‹ La rose bleue: comédie-vaudeville en un acteChapitre 18 sur 24 · JULIETTE, GONTRAN · texte numérisé non relu

JULIETTE, GONTRAN

JULIETTK, seul, elle se met à danser.

"Mince de distinction I Yon... c'quej'me tords! (Elle

court dans la pièce, déra ug cha'iue meuble en passant.) G qu'elle a coupé, 1 dame, com e dit parrain... Seulement, il était temps qu'ça finisse... J'en pouvais plus.

Entre Contran. Il pleure très fort.

CONTRAN.

Hou ! Hou ! Hou !

JULIETTE

Que qu't'as, encore ?

CONTRAN.

Laissez-moi !

JULIETTE

C'est-y encore la fille à Bezout ? C'est mon parrain qui t'a grondé ?

CONTRAN.

Non. Il est d'vant la rose bleue, vot' parrain... Vous savez, la rose bleue... Elle s'est fanée avant de s'ouvrir... Mais ça n'est pas ça qui me fait pleurer... Non... Hou I Hou ! IIou !

JULIETTE

Dis moi que qu't'as ?

CONTRAN.

Non. J'veux plus vous parler.

T'es fâché après moi ?

CONTRAN.

Oui... m t m ! m !

JULIETTE

Qu'est-ce que je t'ai fait ?

GONTUAN.

Vous êtes une ingrate.

JULIETTE

Y'oi ?

CONTRAN.

Voui I m • Hi I m I

JULIETTE

Pourquoi ?

GONTRAN

Vous le savez bien.

JULIETTE

Je ne sais rien du tout.

GONTRAN

G'est-y qu'vous n'êtes pas bien ici ?

Parle...

GONTRAN, en sanglots.

Est-ce que je vous ai refusé d'sauter à la corde, dites?

JULIETTE

Mais...

GONTRAN, allant sur elle.

Dites ? J'vous ai-t-il r'fusé d' sauter à la corde ?

JULIETTE

Non. .

GONTRAN

Ou à saute-mouton... ou d'jouer à la toupie... ou à la dame ?... ou aux billes, à la diligence ou au tonneau ?

oO LA ROSE BLEUE

JULIETTK.

Non.

GONTRAN

Ou à la mère, même que vous m'hattiez paro'que j'étais pas assez comme il faut... Non! S'pas? Alors, pourquoi ?

JULIETTE

Pourquoi quoi ?

GO>fTRAN.

G'est-y M. le comte qu'était pas assez gentil ?... qu'il passait toutes ses journées à faire Henri IV...

Tu vas m'dire ce qu'il y a, ou je ne t'aime plus.

GONTRAN

Ben... Pourquoi qu'vous voulez vous en aller d'ici ?

JULIETTE

Moi?

GONTKAN.

Oui.

JULIETTE

Moi, i'veux m'en aller d'ici ?

GONTRAN

Avec la dame...

JULIETTE, le bousculant.

Moi! j'veux m'en aller avec la dame?... Répète un peu ça! j'veux m'en aller avec la dame? Non mais, répète-le donc ! Tiens I

Elle le pince.

LA ROSE BLEUE 5l

GONTRA.N.

Aïe f

JULIETTE

Assis-toi là.

Elle le pousse. Il tombe sur un fauteuil.

GONTRAN

Ohllalal

JULIETTE

Qui qui t'a dit ça ?

GONTRAN

jêTai entendu.

JULIETTE

Où?

GONTRAN

Pendant que m'sieu rcomte était seul avec la dame...

JULIETTE

Tu écoutais donc aux portes?

GONTRAN

Parbleu! Gomment voulez-vous que j'entende, sans ça?

JULIETTE

C'est juste. Alors?

GONTRAN

La dame disait qu'elle venait vous voir, pour vous emmener à Paris, dans une pension... Qu'elle voulait savoir si vous étiez distinguée...

Ah ' c'est donc ça que parrain I... Qu'est-ce qu'il disait parrain?

CONTRAN.

Il disait qu'ça lui ferait bien d'ia peine, mais qu'c'était dans votre intérêt.

JULIETTE

Ah ! c'est comme çal Eh bien, on va voir....

GONTRAN, montrant la comtesse qui passe devant la

fenêtre.

T'nez, la v'ià, la dame, elle vient ici, toute seule, (pleurant.) A vient vous sarcher !

JULIETTE

Fiche-moi le camp... Nous allons voir quelque chose... Allons... va-t'en par là...

Elle le pousse vers la droite

GONTRAN, sortant.

Vous en allez pas ! Vous en allez pas I

JULIETTE

Sois tranquille.

Elle saute par la fenêtre du fond. La comtesse entre par la gauche.

LA COMTESSE, seule.

Tiens! je croyais que la petite Juliette était ici... EUeest délicieuse... Gomme nous serons heureuses, toutes les deux I Mais où est-elle... (Elle appelle.) Juliette ! Juliette I

Juliette paraît à la fenêtre.

Page 1