JULIETTE, GONTRAN
JULIETTK, seul, elle se met à danser.
"Mince de distinction I Yon... c'quej'me tords! (Elle
court dans la pièce, déra ug cha'iue meuble en passant.) G qu'elle a coupé, 1 dame, com e dit parrain... Seulement, il était temps qu'ça finisse... J'en pouvais plus.
Entre Contran. Il pleure très fort.
CONTRAN.
Hou ! Hou ! Hou !
JULIETTE
Que qu't'as, encore ?
CONTRAN.
Laissez-moi !
JULIETTE
C'est-y encore la fille à Bezout ? C'est mon parrain qui t'a grondé ?
CONTRAN.
Non. Il est d'vant la rose bleue, vot' parrain... Vous savez, la rose bleue... Elle s'est fanée avant de s'ouvrir... Mais ça n'est pas ça qui me fait pleurer... Non... Hou I Hou ! IIou !
JULIETTE
Dis moi que qu't'as ?
CONTRAN.
Non. J'veux plus vous parler.
T'es fâché après moi ?
CONTRAN.
Oui... m t m ! m !
JULIETTE
Qu'est-ce que je t'ai fait ?
GONTUAN.
Vous êtes une ingrate.
JULIETTE
Y'oi ?
CONTRAN.
Voui I m • Hi I m I
JULIETTE
Pourquoi ?
GONTRAN
Vous le savez bien.
JULIETTE
Je ne sais rien du tout.
GONTRAN
G'est-y qu'vous n'êtes pas bien ici ?
Parle...
GONTRAN, en sanglots.
Est-ce que je vous ai refusé d'sauter à la corde, dites?
JULIETTE
Mais...
GONTRAN, allant sur elle.
Dites ? J'vous ai-t-il r'fusé d' sauter à la corde ?
JULIETTE
Non. .
GONTRAN
Ou à saute-mouton... ou d'jouer à la toupie... ou à la dame ?... ou aux billes, à la diligence ou au tonneau ?
oO LA ROSE BLEUE
JULIETTK.
Non.
GONTRAN
Ou à la mère, même que vous m'hattiez paro'que j'étais pas assez comme il faut... Non! S'pas? Alors, pourquoi ?
JULIETTE
Pourquoi quoi ?
GO>fTRAN.
G'est-y M. le comte qu'était pas assez gentil ?... qu'il passait toutes ses journées à faire Henri IV...
Tu vas m'dire ce qu'il y a, ou je ne t'aime plus.
GONTRAN
Ben... Pourquoi qu'vous voulez vous en aller d'ici ?
JULIETTE
Moi?
GONTKAN.
Oui.
JULIETTE
Moi, i'veux m'en aller d'ici ?
GONTRAN
Avec la dame...
JULIETTE, le bousculant.
Moi! j'veux m'en aller avec la dame?... Répète un peu ça! j'veux m'en aller avec la dame? Non mais, répète-le donc ! Tiens I
Elle le pince.
LA ROSE BLEUE 5l
GONTRA.N.
Aïe f
JULIETTE
Assis-toi là.
Elle le pousse. Il tombe sur un fauteuil.
GONTRAN
Ohllalal
JULIETTE
Qui qui t'a dit ça ?
GONTRAN
jêTai entendu.
JULIETTE
Où?
GONTRAN
Pendant que m'sieu rcomte était seul avec la dame...
JULIETTE
Tu écoutais donc aux portes?
GONTRAN
Parbleu! Gomment voulez-vous que j'entende, sans ça?
JULIETTE
C'est juste. Alors?
GONTRAN
La dame disait qu'elle venait vous voir, pour vous emmener à Paris, dans une pension... Qu'elle voulait savoir si vous étiez distinguée...
Ah ' c'est donc ça que parrain I... Qu'est-ce qu'il disait parrain?
CONTRAN.
Il disait qu'ça lui ferait bien d'ia peine, mais qu'c'était dans votre intérêt.
JULIETTE
Ah ! c'est comme çal Eh bien, on va voir....
GONTRAN, montrant la comtesse qui passe devant la
fenêtre.
T'nez, la v'ià, la dame, elle vient ici, toute seule, (pleurant.) A vient vous sarcher !
JULIETTE
Fiche-moi le camp... Nous allons voir quelque chose... Allons... va-t'en par là...
Elle le pousse vers la droite
GONTRAN, sortant.
Vous en allez pas ! Vous en allez pas I
JULIETTE
Sois tranquille.
Elle saute par la fenêtre du fond. La comtesse entre par la gauche.
LA COMTESSE, seule.
Tiens! je croyais que la petite Juliette était ici... EUeest délicieuse... Gomme nous serons heureuses, toutes les deux I Mais où est-elle... (Elle appelle.) Juliette ! Juliette I
Juliette paraît à la fenêtre.