LA ROSE BLEITE JULIETTE
GONTRAN
JULIETTE
GONTRAN
Oui. (se rappelant tout à coup.) Ah I saperlipo pette!... Non, qu'on n'va pas jouer! Moi qui oubliais 1
Quoi?
GONTRAN
BenI m'sieu Tcomte m'avait pas attrapé, non!. Tenez, mam'zelle. (il la conduit près du mur de gau ohe.) Vous voyez ben ce clou-là?
JULIETTE
Oui.
GONTRAN
Y n'y était pas hier.
JULIETTE
Ahl
GONTRAN
C'est moi qui l'ai tapé... sur l'ordre de M. le comte. Et ce matin, il m'a dit: « Gontran, tu trouveras un grand portrait dans ma chambre, — c'est un portrait qu'on a descendu du guernier — tu l'accrocheras au clou que je t'ai dit de taper. »
JULIETTE
Fais vite.
CONTRAN.
Attendez, (il va dans la cliambre de droite et en revient aussitôt avec un portrait encadré. Il a la ligare navrée.) Ah t mam'zelle t
Eh bien?
GONTRAN, avec dégoût.
C'en est une !
« JULIETTE
Voyons.
Elle retourne le portrait, c'est celui d'une femme très
élégante.
GONTRAN
Pouah t
JULIETTE
Il y a quelque chosed'écrit. (Elle se baisse et lit.) Madame la comtesse... (se relevant.) Elle porte le même nom que parrain! (Relisant.) Madame la comtesse Lucienne de Lignerolles (Elle lit le numéro du salon.)
GONTRAN
C'est p't-être son âge !...
JULIETTE
Elle est jolie avec toutes ses roses... Accroche-le. Il monte sur le canapé et accroche le tableau.
GONTRAN, toujours sur le canapé.
Que malheur! (il pleurniche.) Ecoutez, mam'zelle, il se passe ici quelque chose de pas naturel.
Quoi?
GONTRAN
Avant-hier, M. le comte a reçu deux lettres.
JULIETTE
Ah!
GONTRAN
Et un paquet énorme... de Paris.
JULIETTE
Ah!
GONTRAN, descendant du canapé.
C'est la première fois depuis six ans... Et ce matin, avant qu'il parte pour sa promenade, j'y parle de sa rose bleue....
JULIETTE
La celle qu'il cherche depuis longtemps, eh bien ?
GONTRAN
J'y dis : La rose bleue va s'ouvrir aujourd'hui...
11 ne m'a pas répondu... Faudra je sache ce qu'il y a.
JULIETTE
Chut ! Cette fois, c'est lui.
un a vu le comte passer devant la fenêtre du fond. Il entre par la porte de gauche.