‹ La rose dans l'antiquité et au moyen âgeChapitre 2 sur 391 · A MONSIEUR PAUL MEYER · texte numérisé non relu

A MONSIEUR PAUL MEYER

MEMBRE DE L’iNSTITUT

Monsieur,

C’est à voire bienveillante initiative que je dois d’avoir été nommé, en 1887, correspondant de l’Institut; permettez-moi, en témoignage de reconnaissance, de vous dédier cet essai sur la rose; s’il peut mériter votre suffrage, je ne croirai pas, en l’écrivant, avoir fait œuvre inutile.

Chaules JORET.

PRÉFACE

On a beaucoup écrit sur la rose et l’on peut se demander s’il était nécessaire d’ajouter un livre nouveau aux nombreux ouvrages dont elle a été l’objet; il m’a semblé néanmoins qu’il n’était pas impossible d’enrichir beaucoup l’histoire, moins connue qu’on ne le pense, de cette fleur aimée, et l’étude que je lui ai consacrée diffère peut-être assez de celles qui l’ont précédée pour que j’aie cru pouvoir l’entreprendre.

D’ailleurs le dernier et sans contredit le meilleur des ouvrages publiés en France sur la rose — je ne parle pas des essais plus anciens, incomplets ou introuvables, pas plus cpie du livre par trop élémentaire de M. J. Bel, paru il y a à peine quelques semaines, — celui du docteur Loiseleur -Deslongchamps, remonte à près de cinquante ans et est épuisé; on pouvait donc songer à le remplacer. Je n’ai point eu cependant l’intention de le faire; c’est tout autre chose que j’ai essayé.

Loiseleur-Deslongchamps a voulu à la fois faire l’histoire de la rose et exposer les procédés employés pour la cultiver et l’embellir. Horticulteur, non moins que médecin distingué, la seconde partie de son livre est pleine de préceptes utiles, dont les amateurs de jardins peuvent profiter encore aujour-

PRÉFACK

d’hui. Je n’ai ni l’expérience nécessaire pour le suivre dans cette voie,, ni eu le désir de rivaliser avec lui. C’est 1 histoire seule de la rose jusqu’à l’époque de la Renaissance, surtout son histoire poétique et légendaire, que je me suis proposé de raconter.

Loiseleur-Deslongchamps, qui l’a abordée dans la première partie de son livre, est loin de lui avoir lait la place à laquelle elle avait droit; comme ses précurseurs, il ne s’est presque occupé que de la rose dans l’antiquité et il a à peu près ignoré ce qu’elle devint au moyen âge. C’est à peine s’il a parlé des légendes dans lesquelles la rose figure chez les Orientaux; il n’a rien dit des traditions si curieuses dont l'ont entourée les peuples germaniques, et n’a guère mentionné davantage celles non moins curieuses où on la rencontre chez les nations romanes ; enfin s’il a donné un recueil assez étendu des pièces de vers — faibles imitations bien souvent de leurs devanciers grecs ou latins — dans lesquelles les poètes modernes l’ont chantée, il n'a point su ou a passé sous silence ce qu’ont dit de la rose les poètes du moyen âge, aussi bien français qu’étrangers.

Le dernier écrivain non français, qui, avant l'ouvrage estimable, quoique non toujours original, de MlIe Cecilia Schmidt-Branco, ait entrepris une histoire complète de la rose, l’allemand Schleiden, ne s’est point exposé aux mêmes critiques et il a accordé avec raison, dans le livre qu'il a publié en 1873. une place considérable aux légendes auxquelles elle a donné naissance chez les peuples anciens et modernes. J’ai suivi son exemple, sans l imiter en tout et pour tout.

PRÉFACE

rx

Schleiden a retracé les destinées de la rose jusqu'à nos jours; je m’arrête à la fin du moyen âge; il s’est jeté parfois dans des digressions qui l’ont emporté hors de son sujet; je m’y suis scrupuleusement renfermé, comme je me suis gardé des assertions hasardées et des théories aventureuses, auxquelles il se complaît trop souvent. Enfin, s’il a fait une large place aux traditions des peuples germaniques qui concernent la rose, il a passé trop rapidement sur ce qu elle a été pour les nations romanes. J’ai tenu doublement à réparer cet oubli.

J’ai cru aussi que je ne devais pas, comme il l’a fait, me borner à quelques vagues indications sur la culture de la rose avant la Renaissance, ainsi que sur l’emploi si général qu’en a fait l’ancienne pharmacopée ; j’ai de même énuméré longuement les nombreux usages auxquels la rose servait dans la vie publique ou privée; mais ce sont les légendes aussi variées que gracieuses, dont elle a été entourée dans l’antiquité, comme au moyen âge, que je me suis attaché à recueillir et à coordonner avec tout le soin possible. C’est un chapitre du plant/ore, je n’ose dire — le mot serait sans doute ici bien ambitieux — de la mythologie des plantes, que j’ai voulu écrire; j’ajouterai un chapitre détaché de l’histoire du monde végétal, à laquelle je travaille depuis plusieurs années. C’est en même temps un complément à l’article sur la Légende de la rose au moyen âge chez les nations romanes et germaniques , publié dans le recueil que les élèves français de M. Gaston Paris ont, à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de sa réception au doctorat, offert au maître des études romanes en France, article que les bornes qui

PRÉFACE

m’étaient imposées ne m’ont pas permis alors de développer.

Le désir peut-être légitime de mettre en œuvre les nombreux matériaux que j’avais réunis pour ce travail et que je n'avais pu utiliser, celui de répondre au goût grandissant chez nous — encore qu'il soit loin d’approcher de ce qu il est à l’étranger1 — pour les traditions botaniques, m’ont engagé a écrire ce livre. Il m’a coûté de longues recherches; je serai assez récompensé de mes efforts, si l’on trouve que je ne suis pas resté trop au-dessous de ma tâche, et si cet essai peut avoir retenu quelque chose de l’intérêt et du charme qui s’attachent si naturellement à la Heur

plus que nule autre bele, comme le dit un de nos vieux poètes.

Àix, le 25 décembre 1891.

1. Tandis que chaque année presque voit paraître, en Allemagne et surtout en Angleterre, quelque nouvelle publication sur les légendes du monde végétal, nous n avons à leur opposer que la Mythologie des plantes, de M. de Gubernatis, qui, si elle a été publiée en France, n'est pas l’œuvre d'un Français.

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