Klag’ Ailes, das Der Himmel heschlos
Klag Rôslein fein ! Gœrres, Volkslieder, p. 73.
6. Nun sag’, nun sag’, gut Rôslein roth, lebet mein Buhl’ oder ist er todt?
Er lebet noch, er ist nit todt, er liegt vor Münster in grosser Noth.
Uhland, Scliriften, vol. III. p. 428.
7. J. G. von Hahn, Griecliische und albanesische Mârehen. Leipzig, 1864, in-8, vol. I, p. 231.
lité conjugale; c’est ce que montre l’histoire du chevalier Margon dans le Roman de Percef’orest.
D’une condition humble, mais vaillant, Margon avait épousé la belle Lisane, fdle d’un des seigneurs les plus puissants de la Grande-Bretagne. Mais se voyant, à cause de sa pauvreté, dans l’impossibilité de tenir un rang convenable, il résolut, sur le conseil de sa femme, de chercher fortune à la cour du roi. Une chose le retenait toutefois, l’amour qu’il avait pour Lisane et la crainte des dangers que sa jeunesse pouvait courir dans l’isolement. Mais Lisane le rassura, en lui donnant, renfermée dans une boîte d’ivoire, une « rose de telle nature que s’il advenait qu’elle méfit de manière à mériter reproche, cette rose deviendrait toute sèche. (Mais) tant qu’elle demeurerait loyale envers lui la rose resterait fraîche, comme si elle fût nouvellement cueillie du rosier et tant tiendrait sa couleur»1. Rassuré par la possession de ce talisman, Margon se rendit auprès du roi Perceforest, dont il gagna bientôt les bonnes grâces. Mais la faveur dont il jouissait ne lui fit pas oublier sa chère Lisane, et plusieurs fois le jour on le voyait se retirer à l’écart, et là il contemplait la rose qu’elle lui avait donnée et s’abandonnait à la joie de la « trouver toujours vermeille et odorante». Son bonheur devait bientôt être troublé.
Deux chevaliers de la cour d’Angleterre, Méléan
1. Anciennes croniques Dangleterre faicts et gestes du très pieux et redoublé en chevalerie le noble roy Perceforest A. Paris, 1582, lib. IV. chap. 16, fol. 45, b 2 et 50, a 1.
et Nabon, jaloux du crédit de Margon, épièrent ses démarches et accusèrent sa conduite auprès du roi; mais quand Perceforest eut appris de la bouche de Margon pour quelle raison celui-ci se retirait chaque jour loin de la foule, il n’en eut que plus d’estime pour ce chevalier et conçut en même temps la plus grande admiration pour Lisane. L’envie que Méléan et Nabon ressentaient pour Margon n’en fit que grandir, et, dans leur haine, ils formèrent le dessein de séduire sa femme et de ruiner par là la faveur dont il était entouré. Méléan partit le premier et se présenta devant Lisane, comme envoyé par son mari. Après plusieurs jours passés au château de Margon, il crut le moment venu d’accomplir son projet; Lisane feignit de l’écouter, mais l’enferma un soir dans une tour dont elle emporta la clef. Le lendemain, à son réveil, Méléan se trouva prisonnier, et sur la muraille il lut une inscription qui le condamnait par « pénitence » à rester dans la tour et à y filer pour « gagner son pain1)). En même temps il aperçut sur une table une quenouille et du lin, avec des fuseaux. Cette vue le remplit d’abord de fureur; mais bientôt, la faim venant, il se calma et finit même par se résigner à son sort.
Cependant Nabon, n’ayant point vu revenir son ami Méléan, se rendit à son tour au château de Margon. Comme Méléan, il fut bien accueilli par Lisane; comme lui, il chercha à la séduire ; mais, comme
1. Anciennes croniques Dangleterre , etc., liv. IV, chap. 16, fol. 47, b 1.
lui encore, il fut enfermé dans la tour et obligé de filer pour obtenir à manger. Un an presque s’écoula ainsi. Margon commença à s’inquiéter et demanda au roi Perceforest la permission de retourner dans son pays. Arrivé chez lui, sa femme n’eut rien de plus pressé que de le conduire à la tour où étaient enfermés Méléan et Nabon; là il apprit de leur propre bouche le récit de leur criminelle tentative et de leur punition. Il revint ensuite à la cour de Bretagne, mais cette fois accompagné de sa femme, qui se vit fêtée et honorée comme la « dame qui avait appris aux chevaliers à filer1 ».
Il faut rapprocher de cette légende celles de la tunique toujours blanche et inusable du soixanteneuvième récit des Gesta Romanonim2, donnée par une mère à son gendre en gage de la fidélité de sa femme, ou du portrait de l’héroïne de la vingt et unième nouvelle de Bandello3, qui doit rester frais et brillant, tant que sa vertu sera immaculée, mais se ternira si elle trahit sa foi, ainsi que du fableau
1. Anciennes cronicjues Dangleterre, etc., liv. IV, chap. 18, fol. 51. a, 2.
2. Camisia ista talem virtutem habet, quod nunquam toto tempore vitae tuae lotione indigel, nec frangi potest, nec consumi, nec colore mutari, quamdiu inter te et filiam meam sit amor fidelis ; si vero (quod absit!) aliquis ex vobis malrimonium violaverit, statim camisia omnes ejus virtutes amiserit P. 108, éd. Keller.
3. Si la moglie tua non ti romperà la fede maritale, vedrai sempre la imagine si bella e si colorila... ma se per sorte clla pensasse sottoporre a chi si sia il corpo suo, la imagine diverrà pallida. Fol. 141 v°, éd. de Lucques, 1550.
LA II O SM AL’ MOYEN AGE
du Mantel mautaillé', qui s’adapte de lui-même à la taille des épouses qui ont gardé la foi conjugale et s’allonge ou se raccourcit pour ne pas aller aux femmes infidèles*; mais elle rappelle surtout les talismans qui figurent, nous l’avons vu3, dans le Livre du perroquet du persan Nachshcbi et dans le recueil turc intitulé La Joie après la tristesse, et elle est sans doute, comme ces contes eux-mêmes et le récit des Gesta Romanorum, d’origine orientale4; mais elle dut passer de bonne heure en Occident et elle y devint populaire, en particulier en Angleterre. L’auteur anonyme du roman de Perceforest dit qu’elle fut chantée par les Bretons dans un lai « qu’on appela le lai de la rose0 ». Ce lai est perdu ; mais on possède encore l’imitation qu’Adam de Cobsam a faite de l’histoire merveilleuse de la rose de Lisane dans un de ses plus jolis contes : La chaste
1. La fée fist el drap une oevre Qui les fausses dames des- [cuevre :
Ja famé qui l’ait afublé,
Se ele a de rien messerré Vers son seigneur, se ele l’a, Ja puis a droit ne li seira.
Ferd. Wolf, Ueber die Lais, p. 346.
2. Il y a bien d’autres légendes de ce genre. Cf. Edélestand du Méril, Floire et Elance flor, Introd. p clxviii.