‹ La rose dans l'antiquité et au moyen âgeChapitre 305 sur 391 · Minnesinger, vol. I, p. 21 a, str · texte numérisé non relu

Minnesinger, vol. I, p. 21 a, str

LA II OSE AU MOYEN AGE

triple sens métaphorique et nous montre comment on est passé du premier au troisième.

Fleurs, feuillage, trèfle, montagne et vallée, ainsi que le charme si doux du mois de mai, sont pâles en comparaison des roses que porte ma dame; le brillant soleil s'obscurcit à mes yeux, quand je vois les roses qui s’épanouissent sur sa bouche vermeille, semblables à celles que recouvre la rosée printanière. Qui y cueillit jamais des roses, ajoute-t-il1, peut bien se réjouir du fond du cœur; quelques roses que j'aie vues, jamais je n’en vis d’aussi plaisantes ; quelque belles que soient celles qu'on peut cueillir dans la vallée, sa bouche vermeille en sourit en un instant un millier d'aussi charmantes.

Le roi Wenceslas de Bohème parle d’une manière non moins poétique des baisers, cueillis sur la bouche de son amie :

Comme une rose qui entr’ouvre son calice, quand elle boit la douce rosée, elle m’offrit ses lèvres tendres et vermeilles 2 .

Si sa bouche, vermeille comme la rose, voulait me

1. Swer dà rôsen ie gebrach der mac vol im liôchgemüete lôsen ;

swaz ich rosen ie gesach dà gesach ich nie sô lôsen rôsen.

swaz man der brichet in dem tal, dà sie die schœnen machet. sà zeliant ir rôter munt einen tùsent stunt sô schœnen lachet.

2. Recbt als ein rose diu sicb ùz ir klôsen làt. swenn si des süezen touwes gert,

sus bôt si mir ir zuckersüezen rôten munt.

Karl Bartsch, Deutsche Liederdichter, p. 261, v. 21-23.

LA nOSE DANS LA POESIE.

donner un baiser, j'oublierais sur l’heure mes soucis, chante à son tour Kuonrât von Kilchberc 1 2 3 .

On rencontre les mêmes comparaisons chez les poètes néerlandais :

Mon amie est mon été, mon amie est ma joie, dit l’un d’eux8, et toutes les roses fleurissent, aussi souvent qu’elle me donne un baiser.

Ce ne sont pas là les seules comparaisons que les poètes du moyen âge ont empruntées à la rose, ils s’en sont encore servis comme de symbole et d’emblème pour désigner ce qui était beau et précieux; n’était-elle pas pour eux « la plus noble des fleurs », digne d’être « prisée également de l’empereur et de l’impératrice »*, comme s’exprime un minnesaenger ? Il était naturel dès lors qu’on lui comparât ce qu’on estimait ou ce qu’on regardait comme ayant une valeur particulière.

C’est des plus belles la rose, dit un vieux poète4.

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