‹ La rose dans l'antiquité et au moyen âgeChapitre 351 sur 391 · Gailhabaud, op. laud., vol. II · texte numérisé non relu

Gailhabaud, op. laud., vol. II

LA IÎOSE DANS L ART

décoration qu’on a cherché en sculptant ccs roses; c’est dans le même but aussi qu’ont été ouvrées entre autres les rosettes que l’on voit sur les stalles de Téalisc Saint-Pierre à Pérouse, et sur celles de Saint-Andoche de Saulieu , ainsi que sur un des panneaux d’une salle de Middle Temple à Londres1.

Ce motif de décoration tiré de la rose a été parfois aussi employé dans la ferronnerie ; mais là cette Heur affecte les formes les plus fantaisistes; telles sont, par exemple, les rosettes à quatre feuilles quadrangulaires qui terminent les branches des ferrures d’une porte du château de Lahneck, ainsi que celles du grillage d’une maison à Troyes2. Sur les vantaux d’une porte en fer, qui se trouve à Rouen, on retrouve, au contraire, des roses aux formes naturelles, encore qu’elles aient six grandes feuilles extérieures, alternant avec six plus petites à l’intérieur. Plus tard la ferronnerie, comme les autres arts industriels, s’appliqua à reproduire les roses avec la plus grande exactitude; c’est ainsi qu’une grille non cataloguée, mais probablement d’une date assez récente, qu’on voit au premier étage du Musée de Cluny, est ornée de roses d’une ressemblance parfaite.

Mais dans les arts dont je viens de parler, la rose ne joue comme ornement et même comme symbole qu’un rôle secondaire; il en est tout autrement dans

1. .1. Gailhabaud, op. laud., vol. III et IV. — Viollet-le-Duc, art. Stalles.

2. J. Gailhabaud, op. laud., vol. Il et III. Les rosettes du grillage à Troyes ont deux fois quatre feuilles.

LA nOSK AU MOYEN ai; H.

l’enluminure et dans la peinture. Dans le premier de ces arts, toutefois, la rose, tant les premiers enlumineurs montrèrent d'indifférence à la reproduire’, n’apparaît que sous une forme conventionnelle. Ainsi dans la plupart des anciens manuscrits du Roman de la Rose, les rosiers que l’amant voit en songe ou qui croissent dans le jardin du dieu d’Araour n’ont pas de feuilles ou n’ont que des feuilles simples, ils n’ont aussi d’ordinaire que des fleurs simples, et presque indifféremment à cinq, six, ou même quatre pétales1 2; c’est exceptionnellement et relativement assez tard que ces roses sont représentées comme doubles. Le rosier du manuscrit 305 de la Bibliothèque nationale, par exemple, manuscrit du xv° siècle, est encore à feuilles simples, mais il a des fleurs doubles et vermeilles; les deux rosiers qu’on voit à la première page du manuscrit 25,52G, qui est pourtant ‘ seulement du xiv° siècle, ont non seulement des fleurs doubles, — celles du premier blanches, les roses du second vermeilles, — mais les feuilles, quoique assez inexactement dessinées, sont la plupart trilobées3; des branches de

1. L’enluminure du man. fr. 22928 de la Bibliothèque nationale qui représente le moine des Miracles de Gautier de Coincy. dans la bouche duquel on trouve après sa mort « cinq roses nouvelles ne reproduit aucune de ces fleurs.

2. Les fleurs du rosier du man. 1567, fol. 26 h, xive siècle, ont l’une six, trois cinq et une quatre pétales. Le man. 1560 na que des fleurs à six pétales, etc.

3. Les feuilles des rosiers du man. 803 sont également composées.

LA IiOSE DANS L ART.

rosier servent de plus d’encadrement au texte de ce premier folio.

La rose devint à cette époque avec quelques autres fleurs, dont le nombre ira bien vite en augmentant, un des motifs de décoration le plus recherchés par les enlumineurs. La passion des princes du temps pour les beaux manuscrits1 les avait encouragés à en perfectionner l’ornementation ; le développement du sentiment de la nature, dans l’art, dû peutêtre à l’influence des « imagiers » flamands2 et des peintres italiens, avec le goût croissant pour les fleurs3, en fit multiplier les représentations et porta à y chercher des motifs de décoration ; c’est ainsi que la rose, les fraises, l’œillet, plus tard bien d’autres plantes, sont entrés dans l’ornementation des manuscrits de la fin du moyen âge.

Lin des plus anciens et des plus beaux où la rose ait été employée à cet usage est le manuscrit 620 de la bibliothèque Méjanes, — les Heures du roi René, — daté de 1458; les enluminures de la majuscule du mot Deusl>, aux pages 418 et 447, sont un chef-

1. Il suffit de citer Charles Y et ses frères, en particulier le duc de Berry, « le plus grand curieux de son temps ». Renan, Discours sur l’état des Beaux-Arts au xive siècle , p. 262. — Louis Gonse, L’art gothique. Paris, 1890, in-8, p. 602.

2. Léon de Laborde, Les ducs de Bourgogne. Études sur les lettres, les arts et l’industrie pendant le xv° siècle. Paris, 1819-52, in-8, vol. I, Introduction, p. 81, note 1.

•L Lecoy de la Marche, Les manuscrits et la miniature. Paris, 1889, in-8, p. 231.

L On a prétendu que ces enluminures étaient l’œuvre du roi

Page 1