HUILE ROSAT
L'huile rosat est déjà mentionnée dans Homère où nous voyons les héros guerriers l’'employer pour panser leurs blessures au siège de Troie.
De même Aphrodite, fille de Zeus « avait oint Hector d’une huile de roses, essence divine, afin qu’'Achille en le traînant ne le déchirât point » (Iliade, chant XXII).
Erasistrate, né en 330 avant Jésus-Christ dans l'Ile de Céos, conseille à ceux qui souffrent d’une dent du côté gauche, de mettre dans l'oreille droite un mélange de baies de lierre et d'huile de roses préalablement versé goutte à goutte sur de l'écorce de grenades (64).
L'empirique Sérapion d'Alexandrie prescrit aux épileptiques de se badigeonner le cou avec du vinaigre et le corps d'huile de roses.
Cléophante, un autre empirique de l’école d'Alexandrie, vantait contre les maux d’oreilles une préparation composée de graines d’arum pilées dans de lhuile rosat (65).
Celse recommande un pessaire contre la stérilité composé de graisse de lion et d'huile rosat (66). Pline vante ses qualités pénétrantes (67).
Dioscoride s'étend longuement sur l'huile rosat et ses propriétés qu'il classe en usage. interne et usage externe.
En breuvage, l'huile rosat lâche le ventre,-éteint les ardeurs de l’estomac, comble et remplit les ulcères profonds.
A l'extérieur, on l’emploie :
— en applications contre les douleurs de teste ;
— en bains de bouche contre mal de dent ;
— en onction contre dureté des paupières ;
— en clystère, elle est bonne aux ulcères des parties inférieures ;
— pour liniment des yeux (Dioscoride, p. 35).
.(67) Pour guérie les maux de dents, il faut « prendre de la main gauche une araignée, la piler dans l'huile rosat, et l’introduire dans l'oreille, du côté de la dent souffrante ». PLINE, Liv. XXX, 18, p. 55, Edition Ajasson de Grandsagne.
Dans son « HORTULUS », Walahfrid Strabus, moine vivant au IX" siècle, écrit à propos de la rose : « Inficit hie oleum proprio de nomine dictum, quod quam saepe fiat mortalibus utile curis nec meminisse potest hominum, nec discere quisquam » (68), et plus loin, parlant de la Cataire ou herbe au chat (nepeta cataria) il écrit : « son suc mêlé d’huile rosat, forme un onguent qu’on dit capable de faire disparaître les blessures de la chair et les traces difformes des cicatrices nouvelles, de rendre leur ancien éclat et leur vitalité aux poils qu’a fait tomber la fente d’une plaie récente et qu'ont rongé la sanie et le pus » (69).
Maimonide (1139-1204) emploie contre les piqûres ou contre les morsures des bêtes venimeuses, un mélange de miel et d'huile rosat (70).
Stulpart Van der Viel qui exerçait à La Haye au milieu du XVII® siècle, emploie pour une procidence de l'œil, chez une jeune fille, des cataplasmes de mie de pain, cuits avec du lait et arrosés d'huile rosat, de poudre de safran et de camphre (71).
CHARRAS la donne comme « fort propre pour adoucir et dissiper les fluxions, tempérer la chaleur de l'estomac et l’ardeur des reins. Elle apaise les maux de tête et même les délires et provoque le sommeil » (72).
N. de BLEGNY (Tome I, p. 301) indique la recette suivante
contre la douleur des dents :
« Prenez son macéré dans le vinaigre, 3 onces, pulpe de pommes douces cuites, 2 onces, huile rosat, omphacin, 1 once, safran 1/2-scrupule et opium 2 grains, mêlez le tout pour un cataplasme que vous appliquerez sur la partie malade ».
Elle passe alors pour une panacée et figure dans toutes les pharmacopées oilicielles : Pharmacopée de Laurent JOUBERT 1588 ; de BAUDERON 1607 ; de CHARRAS 1717; de LEMERY 1764 ; au formulaire des hôpitaux militaires de 1757 qui la mentionne à plusieurs reprises, et aux différents Codex jusqu’à la fin du XIX’*° siècle où elle est encore très employée.
Préparation : Elle se prépare à froid, comme le conseillait Palladius (De re rustica, Titulus mensis, Man. XV), en faisant infuser dans un litre d'huile, { once de roses mondées et en exposant le
(68) La rose « imprègne une huile qui porte son nom : que de fois cette huile est utile pour soigner les maux des mortels; c’est ce que nul homme ne
pourrait ni se rappeler, ni proclamer ».
(69) Traduction H. LECLERC, Le Petit Jardin, Paris 1933. (70) MAIMONIDE, Traité des Poisons, 35.
(71) FIESSINGER, Thérapeutique des Vieux Maîtres. (72) CHARRAS, Pharmacopée Royale, 1717, 319.
De
tout au soleil et à la lune pendant 7 jours, soit à chaud, selon la formule indiquée par Nicolas dans son Antidotaire (73).
MESUE en a décrit quatre préparations différentes, mais l'usage n’en a approuvé que deux, nous dit Bauderon dans 5a Pharmacopée, « à savoir celui qui se fait des roses espanouyes avec l’huyle d'olives meures qu’on surnomme complet (oleum rosatum completum) ; l’autre de roses rouges, non espanouyes, avec l'huile d'olives verdes, et astringente qu’on surnomme omphacin et onotribes (oleum rosatum omphacinum) » (74).
Lémery donne la préparation suivante :
Huile rosat :
R. des roses rouges nouvelles pilées De l'huile d'olives
Mettez-le dans un vaisseau convenable bien bouché et les laissez infuser au soleil pendant 7 ou 8 jours ; après cela, faites-les bouillir légèrement, et faites ensuite une forte expression. Mettez les roses exprimées et mettez-en de nouvelles dans l’huile pour une seconde infusion et réitérez la même chose jusqu’à 3 fois ; après quoi vous laisserez les dernières roses infusées dans l’huile que vous passerez dans le temps que vous en aurez besoin » (75).
« Cette huile, ajoute Lémery, fortilie et raffermit en adoucissant, elle résout les fluxions, elle tempère la chaleur des reins et de la tête, on en frotte chaudement les parties. » =
D’aucuns préparent l'huile rosat avec des roses pâles, mais cette huile « si elle ramollit et résout plus que l'huile de roses rouges, elle ne fortilie pas tant les parties ».
Le Codex de 1758 donnait pour la rose pâle et pour la rose rouge la préparation d’une huile par infusion et la préparation d’une huile par coction.
Le Codex de 1819 ne donne plus que la préparation par infusion, mais il maintient les deux préparations suivantes :
Huile de roses pâles récentes et pilées.
Huile de roses rouges récentes ou séchées.
Il faut arriver à la fin du XIX”° siècle et même au début de ce siècle pour remplacer l'exposition au soleil par une digestion de deux heures au bain-marie (76).
(73) Cité par H. LECLERC. Le Petit Jardin de Walahfrid Shrabus. (74) BAUDERON, Pharmacopées 1627, 385.
(75) LEMERY, Pharmacopée 1764, II, 980.
(76) BOUCHARDAT et RATHERY, Formulaire 1920.