POUDRE DE ROSES
La poudre de roses se prépare en pilant au mortier de bronze les pétales de roses, préalablement séchées au soleil ou au feu.
Le Codex 1937 recommande pour les pétales de roses rouges, la dessication à l’étuve, à une température voisine de 25° pour ne pas altérer les principes volatils, et le passage au tamis n° 22 réservé aux poudres très fines. Elle se présente comme une poudre rouge violacée à odeur agréable caractéristique, et saveur astringente (1).
Employée seule, en nature, elle sert « aux escorchures des entre deux des cuysses, si on les en pulvérise » (Dioscoride). Mais c’est surtout mélangée à d’autres poudres que nous la retrouverons dans d'innombrables formules.
Dans les « intempéries froides », c’est-à-dire quand le malade en sueur a avalé des boissons froides, SENNERT (1572-1637), médecin de l'électeur de Saxe, prescrit des poudres à base de roses rouges (2). À la même époque, son confrère Grégoire HORST associe la poudre de roses à l’alun pour soigner les gingivites (3).
-CHARRAS, dans sa Pharmacopée Royale, nous donne la formule de « poudre de roses aromatiques » à base de roses sèches et mondées de leur onglet, additionnées de cannelle, aloès, santal citrin, giroîle, macis, nard, etc. On l'estime « pour fortilier le cerveau, le cœur et l'estomac ». Il nous explique aussi l'origine de l'appellation « poudre de roses réformée » qui se trouve dans d’autres Dispensaires sous le nom de « poudre de l'Abbé », mais les doses ont été changées (réformées) et l’on a changé quelques produits « qui donnaient plus d’embarras à l'artiste que de vertu à cette composition ». « Elle est propre pour fortilier l'estomac, pour donner de l’appétit, et pour dissiper les vents. Elle est aussi particulièrement destinée aux malades du foie et de la rate aux pâles couleurs, aux phtisies, aux vomissements, aux faiblesses et défaillances du cœur. (4) »
BUC'HOZ conseille contre les hémorrhagies du nez, un mélange de poudre de roses avec de la fiente de porc desséchée ; on ajoute du suc de plantain ; on y trempe un coton que l’on introduira dans le nez (5).
(1) JACOB, Manuel de Stage, 1932.
(2) FIESSINGER, Thérapeutique des Vieux Maîtres.
(3) FIESSINGER, Thérapeutique des Vieux Maîtres.
(4) CHARRAS, Pharmacopée Royale, 1717, 181 et suite.
(5) BUC’HOZ, Choix des Meilleurs Médicaments, 1784, p. 258.
Le
On ne saurait donc s'étonner après les mille vertus attribuées à la poudre de roses, de la retrouver quelques années plus tard en bonne place dans la Pharmacopée de Lémery. En effet, sur 200 formules environ de poudres composées inscrites par Lémery dans sa Pharmacopée Universelle, près de 50 renferment de la poudre de roses rouges, d’autres de la poudre de roses blanches, des semences de roses ou du sucre rosat pulvérisé. Ce sont entre autres la Poudre cholagogue de Quercétan, la Poudre contre l’épilepsie, la Poudre de l'Empereur Ferdinand contre la peste, la Poudre Diarrhodon réformée (diarrhodon signifie composition de roses), la Poudre Diamargariti frigidi, la Poudre des trois santaux, la Poudre analeptique ou restaurante de Fernel, la Poudre contre l’incontinence d’urine, etc...
Voici par exemple, la formule de cette dernière : POUDRE CONTRE L’'INCONTINENCE D’URINE
Prenez des estomacs de cops lavés et desséchés,
Prenez des souris éventrées, lavées et séchées au four
Prenez des roses rouges et des sommités d’aigremoine
Prenez des yeux d’écrevisses préparés et du corail rouge préparé
Prenez des balaustes et des fleurs de nénuphars
Prenez du sel de Saturne.
Faites-en une poudre.
Lémery ajoute : « Ceux qui auront de la répugnance pour cette poudre à cause des souris qui y entrent, pourront la réduire en opiate ou en pilules avec un peu de sirop de roses sèches, et lenvelopper dans du pain à chanter » (6). ;
Dans le Traité des Odeurs de DEJEAN, publié en 1777, nous trouvons la recette d’une « Poudre pour conserver les cheveux » renfermant des roses rouges, et qui possède entre autres vertus, celle d’égayer l'imagination » (7).
Le Formulaire de la Maison Dausse, de 1908, note encore la poudre de pétales de roses avec sa posologie : 2 à 8 grammes par jour.
(6) LEMERY, Pharmacopée Universelle, I, 410.
(7) DEJEAN, Traité des Odeurs, 1777, 406.