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CONSERVE DE ROSES “SOLIDE

Les Conserves sont des médicaments officinaux de consistance molle, formées d’une substance médicamenteuse généralement végétale et de sucre qui sert de condiment. Leur but est la conser- ‘ vation à l’état presque naturel des substances générales, et leur administration facile. :

Le célèbre médecin ARNAULD de VILLENEUVE, qui. professait à Paris pendant la seconde moitié du XHIF”"* siècle, fait dans ses écrits, plusieurs fois mention du sucre que lon triturait avec des roses fraîches et que l’on conservait dans un vase de terre bien bouché, pour l’employer contre les maux d'estomac, la colique et la phtisie (9).

Inscrites aux différents Codex, les Conserves ont été supprimées dans l’édition de 1908. Voici la formule inscrite au Codex

Pétales de roses rouges pulvérisées.............. 10 grs Eaudstlléé dé roses CR PE Re 20 grs Sücréien DOUTE LRRS TRE REMTRe RRmee 65 grs Glycériné'offhicinal 3581 RE ARRET 5 grs

Délayez la poudre de roses rouges dans l’eau distillée de rose ; laissez en contact pendant deux heures. Ajoutez alors la glyvcérine et le sucre pour avoir un mélange exact (Codex 1884).

Alors que cette formule, à partir de poudre de roses, peut 5e préparer en tout temps, le Codex 1818 donne une formule avec les pétales frais de roses rouges et le sucre.

Au XVII" siècle, la Conserve de roses solide a une formule un peu différente. Lémery conseille d’arroser la poudre avec quelques gouttes d'esprit de vitriol qui rend la conserve plus belle au point de vue couleur ; d'autre part, il incorpore cette poudre de roses vitriolées à un mélange de sucre fin cuit dans l’eau de roses. On obtient de cette façon une conserve de roses solide, que l’on découpe en forme de pastilles. Même préparation dans la Pharmacopée de Bauderon (10).

Leclerc qui prescrivait encore récemment la conserve de roses à ses malades, revient à la formule employée jadis : « Prenez, dit-il, des pétales de roses rouges, encore en boutons, privés de leurs onglets ; broyez-les soigneusement dans un mortier avec le triple de

es (9) D’après E. de la BEDOLLIERE, Mœurs et Vie privée des Français, III,

(10) BAUDERON, Pharmacopée Lyon 1627, p. 22.

ele

leur poids de sucre (11) et Q.S. d’hydrolat de roses pour obtenir une pâte ayant la consistance du miel (12). » On obtient ainsi une préparation que nous avons eue l’occasion de faire à l’officine, à odeur de rose, à saveur astringente et sucrée, non désagréable, ce qui n'était pas le cas de la préparation du Codex 1884, que H. LE- CLERC traite de « cambouis brunâtre, à la fois écœurant et

acerbe » (13).

Bien que Bauderon dans sa Pharmacopée nous assure que cette conserve « se garde deux ans belle et plaisante au palais des malades » (14), il sera prudent de n’en préparer que au fur et à mesure des besoins.

POMET estime ces conserves de roses sèches propres à fortilier’ le cœur et l'estomac, à guérir les rhumes et à apaiser les cours de ventre ; il les fait venir de Provins, « étant les lieux où ces sortes de compositions se font le mieux » (45).

Lémery lui attribue à peu près les mêmes vertus qu’à la conserve de roses liquide, contre le rhume, la diarrhée et pour fortilier l'estomac, « mais elle n’en a pas tant ; elle est bonne pour les délicats, car le goût en est agréable » (16). |

Dans le cas de diarrhées liquides, SENNERT (1572-1637), médecin de l'électeur de Saxe, prescrivait « conserve de roses 1 once 1/2, conserve d’absinthe 1/2 once, mithridate 1 dragme, à prendre avec du sirop de roses » (17). qe

Thomas Willis qui exerçait la médecine à Londres vers 1659,

(11) DE CHESNEL, 1838, se référant à l'usage d'alors, donne la formule avec poids égal de boutons de roses et de sucre, ce qui, au point de vue saveur, est nettement insuffisant.

Voici ce qu’écrit Culler à ce propos dans son Traité des Matières Médicales, traduit par Boquillon (Paris 1790): « L’on croit que la vertu de la rose se trouve spécialement dans la conserve que l’on fait avec cette fleur; et il est assez probable qu’elle doit produire les plus grands effets, lorsqu'on la donne à grande dose en substance. L'on a rapporté de grands témoignages de ces effets dans la phtisie. Je pense absolument avec le professeur MURRAY, qu'en mettant moins de sucre, on augmenterait la vertu médicale de la rose; qu’au lieu de trois parties de sucre sur une de roses, comme le recommande notre Dispensaire, il vaudrait mieux ne mettre que partie égale, comme dans celui de Suède, ou une et demie comme dans celui de Russie, ou tout au plus deux parties de sucre, comme le recommande la Pharmacopée de Dannemaïrck. »

(12) H. LECLERC, Un vieux remède: la conserve de roses. Courrier Médical 1920. f (13) H. LECLERC, Précis de Phytothérapie, Paris 1935, p. 95. (14) BAUDERON, Pharmacopée Lyon 1627, p. 14.

(15) POMET, Histoire des Drogues, 1694.

(16) LEMERY, Pharmacopée 1763, p. 167.

(17) Cité par FIESSINGER in Thérapeutique des Vieux Maîtres, D: 125 7be Formulaire de Bouchardat, publié en 1920, indique à l'article « Conserve de Roses », 10 grammes contre la diarrhée chronique.

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conseille pour arrêter les hémorrhagies scorbutiques, des électuaires à base de conserve de roses rouges et de cynorrhodon (18), tandis que Jean Astruc, médecin de Louis XV, prescrit chez les gonorrhéiques des astringents, corail rouge, safran de Mars, cachou, sang-dragon, incorporés dans de la conserve de roses. « Dans les laschements de ventre et d'urine qui surviennent involontairement en l'acte vénérien », on prendra selon LIEBAUT, de la conserve de roses sèches (19).

Lémery dans son « Recueil de Secrets », donne différentes formules de ce que nous appelons dentifrice, tel cet « Opiate pour blanchir les dents », à base de conserves de roses, corail blanc et rouge, sang de Dragon, alun et canelle : « on s’en frottera les dents tous les matins, puis on se lavera la bouche avec du vin blanc » (20).

Quitte à nous répéter, nous ne pouvons résister au plaisir de citer les « Propriétés de la Conserve de Roses de Provins » données par Opoix dans son prospectus qui accompagnait alors les pots de conserve de roses :

« Propriétés de la conserve de roses de Provins ; Toutes les roses rouges connues dans le commerce sous le nom de roses de Provins, paraissent originaires de cette Ville : mais le terrain des environs de Provins étant singulièrement propre à la culture de ces roses, elles ont dû dégénérer dans les autres Pays où on les atransportées ; c’est ce dont il est aisé de se convaincre même au premier coup d'œil, par la seule comparaison de ces différentes roses.

On prépare avec ces fleurs une Conserve sèche et une Conserve liquide. La première est plutôt faite pour flatter le goût. La Conserve liquide contenant plus de roses et moins de sucre est vraiment une préparation médicinale. Les pharmacopées prescrivent diverses manipulations pour la confection de ce médicament; mais toutes demandes différentes ébullitions de ces Roses et une jorte cuite de sucre. Ce degré de chaleur doit nécessairement dénaturer ces Îleurs ; aussi cette Conserve s’altère bientôt, perd en peu de temps ses bonnes qualités et en acquiert de nuisibles.

A Provins, cette Conserve est un simple mélange de Roses fraiches, broyées à froid avec la quantité de sucre nécessaire à 5a conservation. La qualité des Roses de Provins, le choix qu’on en fait, et la simplicité des moyens qu’on emploie, donnent donc à la conserve qu’on en prépare dans cette Ville, des vertus bien’ supérieures à celle qu’on fait ailleurs.

(19) LIEBAUT, Maladie des Femmes, Rouen, 1621. (20) LEMERY, Recueil de Secrets, 1737, p. 45. - (18) Cité par Ch. FIESSINGER in Thérapeutique des Vieux Maîtres, p. 179.

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La Conserve de Roses de Provins, est béchique, incisive, amère, astringente et tonique. Elle prévient les indigestions et y remédie, elle divise les glaires, absorbe les acides de l'estomac et les humidités superîlues. Elle apaise les vomissements, les crachements de sang, les dyssenteries, les dévoiements et autres cours de ventre. Flle est singulièrement propre pour les maladies de la poitrine, les rhumes, les maux de gorge, l’'enrouement provenant de relâchement et les fluxions catharrales, en donnant de l’élasticité au canal intestinal: elle s'oppose à l'action de l'air, qui, forçant les libres trop affaiblies, séjourne et devient l’origine et la cause des coliques venteuses. Elle prévient les engorgements, les stases d’humeurs, fait rentrer ceux-ci dans le torrent de la circulation et les fait passer dans les vaisseaux excrétoires. Cette conserve tue les vers et en détruit le principe. Elle fortifie le tempérament des enfants et provoque les règles. Elle réussit parfaitement dans les fleurs blanches, les vieilles gonorrhées et les incontinences d'urine. Elle a été employée avec succès dans les grandes suppurations, et elle les termine heureusement.

On la donne avec avantage dans la petite vérole et autres maladies dépuratoires. Elle aide à la transpiration et soutient les forces du malade, Elle devient d’un usage essentiel dans les convalescences qui succèdent aux longues maladies ; dans tous ces cas, ce Remède aussi simple doit être préféré à tous les autres stomachiques compliqués, dont la qualité incendiaire cause souvent des ravages qu'il n’est plus possible d'arrêter et qui jettent les malades dans un état souvent désespéré.

Cette Conserve forme un médicament agréable. Elle se prend avant les repas, le matin, à midi et le soir, à la dose d’une cuillerée à bouche. On a vu des malades en prendre toutes les heures, s’en nourrir en quelque façon et ne devoir qu'à ce seul remède la guérison des maladies les plus graves. Pour les rhumes et les maux de poitrine, on peut en délayer une cuillerée dans un verre d’infusion de capillaire ou autres infusions appropriées et couper cette boisson avec autant de lait.

Cette Conserve se distribue par pots d’une livre. Il faut s’adresser directement à Provins, au sieur Opoix, Maître Apothicaire.

Elle se trouve aussi sous le cachet du Sieur Opoix à Paris, chez M. LEFEBVRE, médecin épicier au magasin de Provence,

rue de l’Arbre Sec (21). »

DORVAULT dans une édition peu ancienne de son « Officine», nous dit que la conserve de roses est Îort usitée comme

(21) Bibliothèque de l’Académie de Médecine 10731. Cité par Jean REUSSE dans sa thèse: Apothicaires de Seine et Marne, Paris 1945.

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excipient pilulaire (pilules d’opium, pilules de rhubarbe, pilules de sulfate de quinine, pilules de strychnine, etc...). Cet emploi comme excipient se retrouve dans une formule de Nicolas de Blégny, spécilique des états fiévreux : « Prenez 1 once 1/2 de Mercure doux sublimé par 12 fois et 1/2 once de poudre émétique... mêlez et pulvérisez ces choses pour en donner depuis 6 jusqu'à 24 grains dans de la pomme cuite ou dans la Conserve de Rose » (22), ainsi que dans cet autre : « Le Mercure doux donné à la quantité de - 12 à 15 grains au malade dans un peu de conserve de rose ou de pulpe de pomme cuite est un remède très efficace contre l’œdème » (23).

Mais l'emploi le plus intéressant de la conserve de roses, semble celui déjà préconisé par Avicennes, contre la phtisie, et qui fut continué par les grands thérapeutes des XVII"° siècle et XVIIF"* siècle : Lazarre Rivière, Willis, Buchan, Roques, décrit par de Chesnel, dans son Histoire de la Rose au début du XIX"° siècle, et repris récemment par le Docteur H. LECLERC à qui nous devons ces précieuses indications. Il cite le cas d’une jeune femme « porteuse d’une lésion bacillaire du sommet et condamnée par un état dyspeptique intense à une abstention médicamenteuse presque absolue qui fit pendant un an, des orgies de conserve de roses à laquelle elle ajoutait seulement, deux fois par jour, une forte pincée de poudre de prêle », et LECLERC de conclure « elle se porte aujourd’hui le mieux du monde » (24.

Il est intéressant de rapprocher de cette observation le ‘fait mentionné déjà par d’Attigna en 1695, que de la cendre de prêle mêlée à de l’eau de rose, est un bon remède contre les hémopty-

sies (25).

se Ne DE BLEGNY, Secrets concernant la Beauté et La Santé, Paris 1688, I,

HEa Es DE BLEGNY, Secrets concernant la Beauté et la Santé, Paris 1688, I,

(24) H. LECLERC, Précis de Phytothérapie, Paris 1935, p. 95 et U remède : La Conserve de Roses, Courrier Medical 1920. L Re

(25) D'ATTIGNA, Œuvres Médicinales 1695, I, 147.

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