PLAN
Nous étudierons la rose sous ses différents aspects :
BOTANIQUE, CHIMIQUE, PHARMACEUTIQUE et THERAPEUTIQUE.
Après avoir vu ses principaux caractères botaniques, sa culture, les variétés employées, nous étudierons sa composition, puis nous nous étendrons surtout sur les formes pharmaceutiques les plus couramment employées et sur les vertus attribuées à ces préparations. Nous terminerons enfin par une vue d'ensemble des propriétés thérapeutiques de la rose en général.
Les roses sont connues et cultivées depuis les temps les plus reculés, en Perse, en Grèce, puis en Egypte ; on en a retrouvé dans les tombeaux égyptiens (2). Elles ont toujours tenu une grande place dans l’horticulture, la médecine et la parfumerie. Hérodote parle de la rose à cent feuilles déjà réputée pour son parfum (3). Elle est décrite par Pline ainsi que l’églantine. II cite, en outre, les roses grecques, les roses de Barbarie, les roses de Pilastro, etc... (4). La rose milésienne dont il fait longuement état est la rosa gallica ou rose de Provins, originaire d'Orient, et rapportée selon la tradition, par Thibault IV, Comte de Champagne, à son retour de croisade, vers le milieu du XIIL"*° siècle. Les roses de Paestum, célébrées par Virgile dans ses « Géorgiques », seraient les roses de Damas ou rosa damascena (5), originaires elles aussi d'Orient, de Syrie. La rosa canina ou églantier est sans doute depuis fort longtemps répandue chez nous à l’état sauvage, tandis que la série des roses-thé, appartenant au même groupe, semble provenir du Japon.
Matthiole dans ses Commentaires sur Dioscoride, écrit (Eiv. E, p. 84) : « Il y a plusieurs sortes de roses, dont on use en Médecine, mais les ordinaires sont les blanches, rouges et incarnates. Les rouges sont les meilleures et les incarnates après : les moindres de toutes sont les blanches : sauf et réservé les roses de Damas, car elles surpassent toutes les autres en odeur et en vertu ».
C’est dire que les principales espèces employées durant la grande époque de la rose (XVII® siècle), sont déjà connues de l'Antiquité et du Moyen-Age. |
Lémery (6) en 1750, distingue deux groupes de roses ; les unes sauvages, les autres cultivées, et parmi ces dernières, il cite les roses pâles, « d’une couleur incarnate réjouissante et d’une odeur très suave », les roses muscates (rosae muscatae et Damascenae), les roses blanches communes (r. sativae albae), enfin les roses rouges ou de Provins, les plus estimées en Médecine. ph,
(2) La rose n’a pas été figurée sur les obélisques et paraissait avoir été inconnue de l’ancienne civilisation égyptienne, mais on à découvert tout récemment, dans une hypogée de Kartoum, un exemplaire desséché dans lequel on a pu reconnaître la ROSA SANCTA, variété de ROSA GALLICA.
(3) HERODOTE, Liv. VIII, Ch. CXXXVIII.
(4) PLINE, Hist. Nat. II, Liv. XXI, Ch. IV. é ;
« Pour ce qui est des roses, écrit-il encore, notre Campanie en produit une immense quantité et tient à cet égard le premier rang après l'Egypte. » XXIII, 3.
(5) BLONDEL, Produits odorants des R., 39.
(6) LEMERY, Dict. des Drogues, 750.
TN
En 1781, Buchoz écrit : « les Anciens ne distinguent que quatre espèces de roses dont ils se servent dans leurs boutiques » ; à savoir, la rose pâle, la rose muscate, la rose de Provins et l’églantier. Ce sont celles qui sont inscrites au Codex de 1758.
Le Codex de 1818 en cite cinq espèces : la rose à cent feuilles (rosa centifolia), la rose musquée (rosa moschata), la rose blanche (rosa alba), la rose rouge ou rose de Provins (rosa gallica) et la rose sauvage ou églantine (rosa canina). Il est à noter que ces mêmes espèces — à l'exception de la rosa moschata inscrite au seul Codex français — se trouvent citées dans la plupart des pharmacopées de cette époque (PH. d'Amsterdam, d'Anvers, d'Edimbourg, de Dublin, etc.).
Les Codex de 1884 et de 1908 contiennent la description de la rose pâle et de la rose rouge ; le Codex de 1937 comporte une planche en couleurs de ces deux espèces.
La ROSE PALE, rosa centifolia L.., dont on emploie les pétales et qui renferme principalement du tanin, est ainsi décrite : « les pétales de roses pâles ont une forme obovale ou abcordée ; ils sont plus larges que longs et pourvus d’un onglet court. Ils offrent une couleur rose pur, incarnat ».
Les roses pâles ont une odeur très agréable et une saveur très légèrement astringente.
Ce sont également les pétales de la ROSE ROUGE, rosa gallica, rosacée (Rose de Provins) que l’on emploie à cause de leur constituant actif, principalement : le tanin. Font pratiquement partie de ce groupe les espèces voisines suivantes : ROSA DAMAS- CENA MILLER, ROSA ALBA L., et ROSA MOSCHATA HERN.
«On emploie, dit le Codex, les pétales cueillis avant le complet épanouissement du bouton et débarrassés du calice et des étamines. [ls se présentent réunis entre eux, comme dans le bouton floral. Quand ils sont entièrement développés, leur forme est ovale ou obcordée ; ils présentent un onglet jaunâtre ; leur couleur est pourpre foncé et leur aspect velouté.
Les roses rouges ont une odeur forte se développant par la dessication, une saveur un peu amère, astringente (7). »
Alors que les roses pâles ne figurent plus guère que dans les pharmacopées helvétique, mexicaine, portugaise et roumaine, la rose rouge fait partie des pharmacopées des pays suivants : Argentine, Autriche, Belgique, Chili, Espagne, Helvétie, Bolivie, Italie, Portugal, Roumanie, Brésil.