‹ La Rose en ThérapeutiqueChapitre 7 sur 56 · COMPOSITION CHIMIQUE ANALYSE · texte numérisé non relu

COMPOSITION CHIMIQUE ANALYSE

Selon Mesué, médecin arabe du XI" siècle, la rose est un composé de diverses substances, savoir : d’une médiocrement aqueuse, d’une terrestre, astringente, d’une aérée douce et aromatique et d’une substance ignée, de laquelle dépend sa couleur et même sa saveur amère, « C’est ce qui fait, ajoute-t-il, que les roses fraîches sont purgatives, tandis que celles qui sont séchées ont une vertu astringente et opilative ; leur suc n’est chaud que parce qu’il est débarrassé de leur substance terrestre et froide (9). »

Au XVI" siècle, Matthiole, dans ses « Commentaires des livres de Dioscoride », s'exprime à peu près de la même façon. « Les roses sont composées de diverses substances. Elles ont premièrement des parties terrestres et aquées qu’elles possèdent médiocrement, la substance et la stipticité ; des parties aérées, notamment du doux et de l’aromatique ; des parties qui (suivant la nature du feu) sont chaudes et substiles, l'amertume et la couleur rouge à celles qui sont rouges » (10).

Lémery, dans son « Dictionnaire des Drogues simples », datant de 1750, écrit simplement : « elles contiennent beaucoup d'huile exaltée et de sel volatil ou essentiel » (11) : ceci pour les roses pâles et les roses muscates ; quant aux roses blanches, il nous dit « qu’elles contiennent beaucoup de phlegme, d’huile exaltée et un peu de sel essentiel ».

Il faut arriver à Opoix et aux travaux qu'il a suscités, au début du XIX”"° siècle, pour trouver une analyse détaillée de la rose. Voici une lettre de L. CADET que nous avons retrouvée dans les Archives de la Faculté de Pharmacie de Paris. Elle est adressée à Monsieur Opoix, pharmacien de Provins, correspondant de, la Société Libre de Pharmacie à Paris. Ce dernier, persuadé que le territoire de Provins était plus favorable que tout autre à la culture du Rosier Rouge, et désirant relever ce genre de culture comme objet de spéculation, avait prié M. CADET, d'examiner comparativement les Roses de son pays et celles des environs de

Paris. 2

@) Cité par GUILLERMEAU. Hist. Nat. de la rose. (0) MATTIOLE. Com. Diosc. Liv. I 84, 85.

1) LEMERY. Dict. des Drogues, 149.

9e Voici cette réponse datée du 6 Pluviôse, an 14 :

« Monsieur et Cher Collègue,

« J'ai fait comme vous l’avez désiré une analyse comparée des roses de Provins et de celles de Paris, même variété (Rosa Rubra Simplex Tour, Rosa Gallica Linn.).

« Les roses que vous m’avez envoyées n'étaient pas d’une couleur aussi intense que celles de Paris. Cela vient sans doute de ce qu’elles ont été effeuillées avant la dessication, mais elles avaient une odeur plus suave, un arôme plus fin que celles de notre pays.

« Pour épuiser le principe colorant soluble dans l’eau, j'ai fait bouillir une once de roses de Provins et de Paris dans une égale quantité d’eau ; cette eau saturée, je l’ai renouvelée et jai continué l’ébullition, jusqu’à ce que le liquide restât incolore. J’ai employé pour cela cinq pintes d’eau dans chaque décoction. Je n’ai trouvé aucune différence dans leur nuance. Celles de Paris rougissaient un peu plus fortement le papier bleu. Elles ont laissé précipiter toutes deux, par le refroidissement, une matière brune.

« J’ai filtré ces deux décoctions. Celle de Provins est restée transparente, celle de Paris s’est troublée au bout de cinq à six heures.

« J’ai pris une égale quantité des deux liqueurs, j'y ai ajouté un poids égal de sulfate d’alumine et j'ai précipité par la potasse. Les précipités avaient le même poids, mais celui formé dans la liqueur des roses de Paris était d’un vert jaunâtre et terreux, tandis que celui obtenu dans la décoction des roses de Provins, était d’un vert pomme superbe. La beauté de cette couleur qui n’a point changé par la dessication me fait croire qu’on pourrait l’employer avec avantage dans la peinture à la colle, et en former des laques vertes plus belles que le vert de vessie.

« Pour apprécier le principe astringent des roses, j'ai mêlé séparément les deux décoctions avec une solution de gélatine, il ne s’est opéré aucun changement, ce qui prouve que les roses ne contiennent point de tanin.

« J’ai précipité par une égale quantité de sulfate de fer, une égale proportions de roses de Paris et de Provins. J’ai obtenu de part et d’autre un précipité noir assez abondant. Le principe astringent paraît donc être l'acide gallique. J’ai filtré les liqueurs sur deux filtres égaux, jai recueilli et fait sécher les précipités. Celui des roses de Paris pesait une moitié de plus. Jai traité par l'alcool un gros et demi de roses de Paris et de roses de Provins, la couleur de celles-ci a été plus vite altérée que la couleur des roses de Paris.

Re Vs

« La teinture des roses de Provins était d’un rouge vif. Elle s’est troublée et est devenue laiteuse par l'addition de l’eau. La teinture des roses de Paris offrait une nuance moins foncée, l’eau ne l’a troublée que très légèrement.

« La distillation, l’incinération et l'examen des sels fournis par les cendres des roses de Provins et de Paris, ne présentent aucune différence sensible, mais d’après les expériences qui précèdent, et en supposant que les roses de Provins ou celles de Paris soient toujours semblables aux échantillons employés, on peut croire que les roses cultivées à Provins ont un arôme plus agréable, que leur principe colorant est plus résineux et plus abondant que celui des roses de Paris, mais que ces dernières sont plus astringentes et plus acides. ;

« Je vous serai bien obligé de me mander si les expériences que vous devez faire de votre côté vous donnent les mêmes résultats : les médecins pourront prononcer alors sur l’avantage que l’on doit retirer de l’usage des roses rouges cultivées à Provins ou à Paris.

« C.S. CADET, « Archives de la Faculté de Pharmacie de Paris. « Mémoires et rapports. »

En 1829, RATIER écrit, en parlant des différentes espèces de roses : « elles contiennent en proportion plus ou moins considérable, une huile volatile dont l’odeur est suave, de l'acide gallique et du tanin, et quelques autres principes peu importants, tels qu’une matière colorante et des sels à base de potasse et de chaux ». Et il ajoute : « le fruit du rosier-églantier, appelé vulgairement gratte-cul, et scientifiquement cynorrhodon, olîîre une assez grande proportion d’acide gallique et de tanin » (12).

En 1896, BELMONT fait l'analyse de la rose rouge et trouve : 1) du tanin, 2) de l'acide gallique, 3) une matière colorante, 4) une huile essentielle, 5) une matière grasse, 6) de l’albumine, 7) des sels solubles à base de potasse, 8) des sels insolubles à base de chaux, 9) de la silice, 10) de l’oxyde de Îer. (Edwards et Vavasseur :

Manuel de Mat. Med. p. 50.)

(12) RATIER, Traité de Mat. Médic. II 250.

Nous savons aujourd’hui, après les travaux de FLUCKHIGER (13), FILHOL (19, BLONDEL (15), et PERROT (16), que la rose renferme du tanin, de l'acide gallique, du quercitrin, et une matière colorante due à un diglucoside, la cyanine combinée à l’état de sel organique.

L’essence de roses que l’on trouve en petite quantité est un mélange de stéaroptène solide et inodore (paraîfine) et d’oléoptène liquide (géraniol, citronellol, nérol, eugènol, citral, etc.).

La partie charnue des cynorrhodons renferme de 20 à 25 A d’une pectine qui a été étudiée par BOURQUELOT et HERISSAY (« Journal de Pharmacie », 1899).

(13) FLUCKIGER, Pharm. Journ. 1869, 147,

(14) FILHOL, Analyse des pétales de roses. Jou SRE p rnal de Pharmacie, Tome

(5) BLONDEL, Les produits odorants des rosiers, 109. (16) PERROT, Matières premières du règne végétal, IT, 1362.

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