‹ La rose jaune, comédie en un acte, mêlée de coupletsChapitre 16 sur 33 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

RANDEUIL , TEISSIER.

randeuil , à part.

Comme dit M. Simart , ça n'en a pas l'air ! (Haut à Teissier, qui reste immobile, une queue de billard dans chaque main.) Ah ça! voyons, me diras-tu ce qui est arrivé?

TEISSIER

Laisse-moi d'abord déposer ces ustensiles... (Il va pour mettre dans un coin les deux queues de billard.) Non, toute réflexion faite , j'en garderai une ; j'en aurai besoin pour ma pantomime... Tu sais que Mlle Franchie et moi nous sommes allés jouer au billard. Je lui devais une revanche; je l'avais battue hier à plate couture... Aujourd'hui, je n'étais pas moins brillant : trois points encore , et je gagnais la partie... J'étais donc comme ça penché sur le lapis , ajustant la bille rouge placée au bord de la blouse... Tout à coup M1Ic Francine s'approche de la fenêtre, et d'une voix tonnante : « Grospierrc, » s'écric-t-elle , qui vous a dit d'enchaîner Soii- » man? Détachez-le tout de suite , je le veux. » A peine ces mots sont - ils prononcés , qu'en (rois bonds Soliman traverse la cour, franchit la fenêtre, saute sur le tapis de billard, et me voilà face à face avec mon ennemi... Je veux le renvover...— Allez

vous coucher!... — Ouali ! ouah ! ouah! (Il imitel'aboiement d'un chien.) Il gobe ma bille, qu'il tient serrée dans ses dents d'ivoire. Mlie Francine se met à rire aux éclats... Moi , pour faire lâcher prise , je tape l'animal avec ma queue ; il s'élance à terre ; nous luttons corps à corps... Il s'accroche à mon habit... et me mord... quelque part!.. Mlle Francine fait kiss! kiss!.. Soliman cric, moi j'aboie... c'est-à-dire, non, c'est le contraire... Enfin, on nous sépare.. Je viens ici... Mon habit est déchiré, mon genou est tout meurtri , et je crois que mon mariage est rompu.

randeuil , riant aux éclats.

Ah ! ah! ah! .. c'est fort drôle!

teissier , piqué.

Très drôle, en eiï'et... et je te conseille de rire !..

RANDEUIL.

C'est que tu as une figure si consternée !.. (Il rit plus fort.) Tiens, vrai, je n'en puis plus!..

Je ne vois pas ce qu'il y a de plaisant dans tout cela... et si tu ne finis pas, je vais m'en alier. randeuil , riant toujours.

Ce serait dommage... Là... là... j'ai fini...

TEISSIER

Eh bien ! que t'avais-je dit?... Tu vois un échantillon de son aimable caractère... Qu'en penses-tu?

RANDEUIL.

Que tu auras fort à faire quand tu seras son mari.

teissier , avec colère.

Son mari! son mari!., moi!., jamais! Tu as entendu ce qu'elle vient de dire; mais je ne lui laisserai pas la peine de me refuser... Je vais parler à M. Simart, et je pars à l'instant même... C'est que je ne t'ai pas tout conté !

RANDEUIL.

Et quoi donc?

TEISSIER

Elle a levé la main !

RANDEUIL.

Elle a levé la main?

TEISSIER

C'est comme je le le dis... et j'ai craint un instant...

RANDEUIL.

Je vois qu'un peu plus , tu étais traité comme l'a été Dumesnil au bal de l'Opéra... (A part.) Il paraît qu'elle en a l'habitude.

TEISSIER , frappant avec rage contre terre sa queue de billard , qu'il va déposer dans un coin.

Un démon , te dis-je , un vrai démon!...

RANDEUIL, à part.

Allons! légère, colon toute apparence, et méchante, sans aucun doute, c'est trop de moitié.... Je ne souffrirai pas que mon ami fasse un aussi sot mariage!.. Et puisqu'il faut rompre, mieux vaut profiter de cette querelle que d'invoquer les souvenirs du bal de l'Opéra... (Haut.) Voyons, es-tu bien décidé?

TEISSIER , appuyant sur chaque syllabe.

Irrévocablement !

. rjf'..

RANDEUIL.

Vax ce cas, allons trouver .M. Simail.

TEISSIBB , >iv< menl.

Oui, allons trouver II. Simart ... 'Fausse s<>ni<-. Hésitant.) Allons.... quoique celle démarche soit bien embarrassante...

■AHOIUIL.

Là!., tu recules déjà? Mais ce mariage est impossible 1 .. . et, s'il faut te dire (oui , eb bien! j*;ii une autre raison.

En vérité!.. Laquelle donc?

RANDEUIL.

Tu sauras cela plus tard .. L'essentiel c'est de rompre, et aujourd'hui même. ,

TEISSIER

('est que M. Simart est un si brave homme!... Ce mariage lui faisait tant de plaisir!... Aller lui dire , comme cela, à brûle-pourpoint : «Votre fille est très aimable... elle est charmante... c'est une bien jolie personne que mademoiselle votre fille... mais je n'en veux plus... »

RANDEUIL.

N'est-ce que cela qui t'inquiète?.. Il s'agit, n'estce pas , de ménager la sensibilité de M. Simart?

TEISSIER

C'est que tu ne t'imagines pas comme il est sensible? Il veut toujours m'embrasser... il est toujours de là... Teissier! Teissier! mon ami Tei?sier !... (Il ouvre les bras et imite le geste de M. Siniart.)

RANDEUIL.

Voyons... nous disons qu'il s'agit d'atténuer le coup pour cette ame sensible , de quitter le logis d'abord, et de rompre ensuite par correspondance. Eh bien ! je m'en charge... Ton oncle Marjolier est mort d'une attaque d'apoplexie foudroyante. TEISSIER, chancelant tout à coup.

Mon oncle Marjolier est mort !

RANDEUIL , éclatant de rire elle soutenant.

lîh non! nigaud que tu es!., il se porte très bien... Tu ne vois pas que je le tue pour justifier ton départ?

TEISSIER

Tu ne me préviens pas, aussi!.. Oh! que c'est bête!., que c'est bête!.. Tu m'as fait une peur!... tu m'as causé une émotion !...

RANDEUIL.

Une émotion d'héritier, nous connaissons ça... 11 s'agit donc d'écrire... (Voyant venir M. Simart.) Diable! M. Simart!... C'est égal, laisse-moi faire!

wOOUS^OddOOMCddOOUOâOOOOdOOOOOgOOOdOOOOOOOQOOOOeGOOOOOOO

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