SCÈNE XXI
RANDEUIL, M™ SIMART , FRANCINE ,
TESSIER , derrière le store à gauche.
RANDEUIL , à part , regardant le store.
Ah! il nous écoute !... Eh bien, tant mieux!...
j'aime les positions franches... il saura plus vite
à quoi s'en tenir!... Oui... mais l'embarras , c'est
de commencer.
Mme SIMART.
Vous dites donc , monsieur , que vous avez déjà reçu des nouvelles de M. Teissier ?
teissier , passant la tête.
Il est question de moi !
RANDEUIL, à part.
Charmante femme!... elle vient toujours à mon . aide ! ( Haut. ) Oui , madame.
Mme SIMART.
Cela me paraît bizarre... (Riant. ) Il vous aura donc écrit du premier relai?
Précisément... Il m'annonce son prochain retour , et me charge de vous en faire part.
Mme SIMART.
Son oncle est donc guéri?
RANDEUIL.
M. Marjolier n'a jamais été malade : son apoplexie n'était qu'un prétexte délicat pour motiver un départ que mon ami avait jugé nécessaire...
Mme SIMART.
11 se pourrait?
FRANCINE, qui jusqu'ici avait tenu les yeux baissés sur son ouvrage , les levant sur Randeuil. Si votre ami (Elle appuie sur cç mot.)a trouvé
IOD départ nécessaire , je ne juge pas de même son retour... vous pouvez le lui écrire. (Teissier rMlre sa tête.)
M"1'-' sivi vin , avec une douceur affectée. Allons, ne vas-tu pas montrer de la rancune Puisqu'il revient, c'est qu'il reconnaît ses toits... S'il est repentant, s'il l'avoue coupable d'avoir été mordu , s'il se jette à les genoux pour implorer sa grâce , auras-tu la cruauté de ne pas lui pardonner?...
TEissiEH , se remontrant.
Allons, décidément... c'est une excellente femme que MmeSimart...
frangine, à Randeuil, sans lever les yeux. Monsieur est sans doute de l'avis d'Hortcnse? randeuil, se penchant vers elle , bas etavec chaleur. Oh! ce n'est pas à lui qu'il faut pardonner, c'est à moi... à moi qui, depuis long-temps , sans que vous vous en doutiez , porte votre image dans mon cœur... à moi... qui vous aime , et que désespère la seule pensée de ce mariage!
FRANCTNE, toute confuse.
Monsieur!...
randeuil, bas.
Oh! je vous en supplie... dites, dites-moi que vous ne l'épouserez jamais !...
TEISSIER, penchant la tête pour écouter. C'est étonnant... je n'entends pas... Il parle pour moi... Que va-t-elle répondre?
Mme SIMART.
C'est bien de plaider la cause d'un ami, mais vous pourriez y mettre moins de chaleur... D'ailleurs il est peu poli de parler bas... (Elle pose son ouvrage et se lève. Francine l'imite.)
randeuil , élevant la voix , à Francine.
Permettez - moi donc d'accomplir la mission dont je suis chargé... Que dois-je répondre à Teissier?...
Mme SIMART.
Monsieur a raison, Francine; il est temps de prendre un parti : si tu aimes M. Teissicr, toutes ces disputes sont puériles... si tu ne l'aimes pas , il faut le dire à ton père qui certainement ne contraindra pas ta volonté...
FRANCINE , d'un ton ferme.
Je ne l'aime pas. ( Tessier rentre sa tête précipitamment.)
RANDEUIL, insistant d'un ton hypocrite.
Cependant , vous aviez accepté sa main !...
FRANCINE
J'étais si jeune et si sotte !... Ce mariage convenait à mot» père ; j'étais contente d'habiter Paris ; j'acceptai donc la main de M. Teissier, sans comprendre la gravité d'un pareil engagement... Luimême, j'en suis sûre, n'y attacha pas plus d'importance... Heureusement l'expérience nous a prouvé à tous deux que nous n'étions pas nés l'un pour l'autre... Je ne l'accuse pas... j'avouerai , si l'on veut, que tous les torts sont de mon côté. Il parait que j'ai beaucoup de défauts , que je suis