‹ La Rougeole CongénitaleChapitre 19 sur 40 · PE 4 LÉ · texte numérisé non relu

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Lorsque, dit-il, lés tout-petits sont infectés par le virus morbilleux, la période d'incubation peut être plus longue, la fièvre et les symptômes généraux moins marqués ét l’éruption, les catarrhes et les manifestations buccales moins. distincts ». Ces symptômes ainsi modifiés sont étroitement liés, il faut le reconnaître, à une infection atténuée.

Ce qui vient d'être dit sur l'immunité des enfants au cours de la première année de la vie, peut être schématisé ainsi: Toutenfant né d'une mère ayant eu la rougeole avant sa grossesse, est strictement immunisé pendant les deux premiers mois ; il est encore pratiquement immunisé pendant le troisième; cette immaunité devient relative pendant le quatrième et le cinquième mois ; Penfant n'est plus pratiquement immunisé à partir du sixième.

En manière de conclusion pratique nous dirons que toat enfant né d'une mère qui a eu la rougeole ne contractera sûrement pas lu maladie de la naissance à deux mois ; qu'il ne la contractera pratiquement pas au cours du troisième mois; qu'il pourra la contracter du troisième au sixième mois ; qu'il la contractera vraisemblablement après le sixième et sûrement à partir du huitième ou neuvième mois. Qu'en outre du troisième au sixième mois sa rougeole aura quelques chances d'être bénigne.

Envisageons maintenant la seconde éventualité, beaucoup plus rare dans nos päâys, celle où la mère est indemne de rougeole.. L'expérience clinique montre qu’un tel enfant est réceptif dès la naissance.

La meilleure démonstration en est fournie par les faits épidémiologiques. Dans les pays où la rougeole est une maladie d'importation et où par coaséquent il peut arriver qu'il s'écoule plusieurs années entre une épidémie et la suivante, il arrive très fréquemment que la jeune mère n’a pas eu l’occasion de contracter la rougeole.

L'enfant qui naît dans ces conditions ne possède aucune immunité, de sorte que, même tout jeune, il contracte la maladie aussi bien que les enfants plus âgés et les adultes.

La seconde épidémie des îles Feroë de 1882 survenant trenle-six ans après celle qui fut décrite par Panum en 1846 en est une excellente démonstration. L'épidémie de 1846, elle-même, survint après soixante-cinq ans qu'il n’y avait pas eu la rougeole dans les îles : un ouvrier danois y ayant pénétré en période contagieuse, contamine d’abord sa famille, puis toute la population, de telle sorte que sur 7.982 habitants, 6.000 environ furent atteints en l’espace de sept mois. Tous les âges payèrent un tribut égal à la maladie. Furent seuls épargnés les individus qui avaient eu la rougeole dans d’autres pays.

Un second argument en faveur de la réceptivité de ces enfanls dès la naissance peut être tiré de l'étude comparative des statistiques américaines qui établissent la fréquence de la mortalité par rougeole dans les districts ruraux et dans les villes au cours

des trimestres successifs de la première année de la vie. RS

Nous reproduisonsla suivante tirée de la thèse de

Joannon :

1“trimestre| 2etrim. |3° trimestre| 4° trim. 1r° année Miles st. 361 568 1.410 2.12/ 4.463 Districts ru- à FAURE 2:31 1-070 759 994 1.389 4.221

Part de mortalité prise par les districts TUTAUX...... 74,90 0/0 | 57,2 0/0 | 44,35 0/0 139,53 o/o| 48,6 o/o

Mortalité absolue de o à r an par rougeole, aux Etats-Unis

(Etats soumis à l'enregistrement), de 1916 à 1920.

(ILest bon de faire remarquer que la jeune mère qui a constamment vécu à la campagne peut ne pas avoir rencontré le virus morbilleux).

Cette stalistique nous montre que durant le premier trimestre de la vieil meurt trois fois plus d'enfants, 54,90 0/0, dans les districts ruraux que dansles villes. Durant le second trimestre, bien que très sensiblement en régression sur celle du premier,

cette mortalité dépasse encore celle des villes de plus de moitié 57,2 0/0. Par contre durant îe troisième et le quatrième trimestres le rapport est inversé et la léthalité n’est plus respectivement que de 41,35 0/0 et 39,93 0/0. Or, l’on n'ignore pas que la rougeole est plus fréquente et en général plus grave dans les villes que dans les campagnes. La baisse de la mortalité dans les villes pendant les deux premiers trimestres ne peut s'expliquer autrement que par le nombre

moins élevé des malades et une bénignité relative de la maladie. | |

Quelle peut être la cause de cette immunité ?

Les anciens auteurs avec Blache et Guersant ont soutenu que l'isolement relatif dont bénéficie le nourrisson est capable de mettre ce dernier à l'abri de la contagion. Cette façon d'envisager les faits est cer-. lainement fausse. Rilliet et Barthez (1860-1861) rappellent « qu'Ackermann avait déjà fait remarquer il y a plus de cinquante ans que lesenfants au-dessous de l’âge d’un an contractaient rarement la rougeole bien qu'il fussent exposés à la contagion et qu’ils babitassent lamême maison, la même chambre, quelquefois même qu'ils couchassent dans le même lit que leurs proches atteints par l’exanthème ». Sevesire cite des exemples où le nourisson ne contracta pas la rougeole pendant la maladie de sa nourrice. Taillens rapportent quatre observations qui font ressortir clairement que l’absence de maladie est loin d’être liée à l’absence de contamination :

OBsERvATION I. — Dans une famille de plusieurs enfants, 5 enfants ont la rougeole. Un sixième enfant âgé de 2 mois se trouve dans la même pièce en promiscuité avec ses frères etsœurs, couchant parfois dans le même lit: celui-ci échappe

à la rougeole mais la contracte un an après à 13 mois.

OsservarTiON IL. — Un bébé de 2 mois couche avec sa sœur rougeoleuse âgée de 15 mois; la même personne les

soigne tous deux ; le bébé échappe à la contagion, -

OBsERvATI10N III. — Une fillette de 3 ans a la rougeole ;un

bébé de 3 mois bien que soigné par la même personne échappe

à la contagion.

OBsERvATIoN IV. — Trois enfants ont la rougeole ; le quatrième enfant a 4 mois ; on cherche à le contaminer pour que

ce soit « affaire faite » ; l'enfant résiste.

L’épidémie de crèche vue à Lyon par le professeur

Weill est très démonstrative à ce sujel. Nous-

mêmes n'avons pu relever un seul cas de rougeole

chez des nourrissons de moins de six mois ayant

: vécu dans des crèches touchées par la rougeole et ultérieurement fermées pour ce motif. Nous avons

relevé en outre, le fait suivant :

T. Juliette, agé de deux ans, malade depuis la veille, entre à l hôpital le 15 février 1923 avec une éruption morbilleuse typique, catarrhe oculo-nasal intense, gorge rouge, koplk, fièvre élevée. Le 17 février l’éruption est en pleine efllores-

cence, le 18 février elle commence à pâlir.

T. Maurice, son frère, âgé de un an; malade depuis deux jours et amené le 93 février ; l’éruption date du matin; toux, fièvre, coryza, larmoiement,

T. Julien, le troisième frère, âgé de deux mois, est amené le 5 mars par crainte de rougeole. L'enfant n’a pas de fièvre

- et présente sur la figure et le corps une éruption papuleuse

à petits éléments, genre érythème papuleux alimentaire ;

l'érythème fessier est intense ; pas de catarrhe. Le 6 mars

amélioration de l’état général et de l'état de la peau: ceite

ee,

amélioration persiste et l'enfant sort le 26 mars sans jamais

avoir présenté de fièvre.

Nous sommes persuadé, quant à nous, que l’éruption pour laquelle l'enfant a été amené à l'hôpital n'élait pas une éruption de rougeole. L'absence de fièvre, de catarrhe et de toute atteinte de l’état général plaident également en faveur d’une absence de contamination ultérieure. Ainsi donc cet enfant s'est montré réfractaire malgré trois contacts successifs.

C’est donc bien l’immunité qu'ils possèdent en naissant qui protège les jeunes enfants et non l’absence de contagion.

Peut-on invoquer une résistance particulière du jeune enfant à l'infection rougoleuse? Nullement ! car si une pareille résistance existait réellement elle saurait se manifester en tous temps et on tous lieux. Or nous avons vu précédemment qu'ilest loin d’en être ainsi (épidémie d'Islande de 1882 où les jeunes enfants se montrèrent réceptifs au même degré que les adultes).

L’allaitement maternel peut-il procurer el entretenir celte immunité ? Le problème semble avoir été autrefois soulevé par Sydenham La question a été reprise plus récemment par Erlich et Pétényi. Ce dernier auteur s'est attaché à montrer la pré sence d'anticorps dans le colostrum. Les conclusions expérimentales auxquelles cet auteur était arrivé à savoir qu'il existe dans le lait maternel une substance capable, injectée sous la peau, de prévenir le développement de la rougeole chez les enfants

. nourris artificiellement et exposés à la maladie, sont nettement refutées par Herrman. On comprendrait d’ailleurs difficilement pourquoi l’immunité liée à l'allaitement maternel ne durerait que les cinq à six premiers mois alors qu: dans la majorité des

‘cas cet allaitement se poursuit après que l’état réfractaire a cessé d'exister. Nous n’admettrons donc pas cette origine.

En procédant ainsi par exclusion nous arrivons

à admettre comme seule cause efficiente de l’immu-

nité transitoire du nourrisson, le passage à travers le placenta des immunisines élaborées par la mère après sa rougeole,

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