Chapitre rédigé par M. de Tornéry
Bulletins de l'Académie de Médecine où sont décrites un grand nombre d’épidémies scarlatineuses survenues en France. Nous croyons qu’on peut expliquer plus simplement la rareté de la scarlatine pendant la grossesse et sa fréquence relative pendant les suites de couches.
Tout d’abord bien des cas englobés sous la désignation de scarlatine puerpérale ne sont point de la scarlatine véritable ; nous nous sommes expliqués très franchement sur ce sujet dans le chapitre précédent. Il reste cependant après cette soustraction un nombre de faits assez considérable encore, qui paraissent bien appartenir à cette maladie. Mais nous ferons remarquer qu’une femme enceinte reste chez elle, et se mêle moins au mouvement extérieur à cause de son état ; elle a donc moins de chance d’être contagionnée. Il en est touL autrement de la femme en train d’accoucher. Elle se trouve parfois dans des maternités où il y a eu des cas de scarlatine, et elle court grand risque de contracter cette affection, ou bien c’est le médecin ou la sage-femme qui portent dans le domicile même de la malheureuse le contage qui la frappera.
Si la scarlatine éclate dans les premiers jours qui suivent l’accouchement, ne peut-on pas imaginer, que vu l’état tout particulier où se trouve la femme, la période d’incubations est très raccourcie. Ilervieux fait remarquer aussi qu’un grand nombre de cas ont échappé parce qu’on n’a pas fait attention que le terme de la grossesse avait été avancé par la scarlatine. C’est elle qui aurait amené l’accouchement prématuré, il est donc tout naturel de voir survenir ses symptômes dans les premiers jours de suites de couches I
La scarlatine qui se produit pendant la grossesse paraît beaucoup plus typique que celle des suites de couches, et elle semble s’accompagner le plus souvent de son cortège de symptômes habituels. Boxai l a insisté sur cette particularité. Tantôt la scarlatine détermine un accouchement prématuré comme dans le cas d’Hervieux et de Dance, tantôt au contraire, surtout si la grossesse est peu avancée, la maladie n’interrompt point la gestation. Comme nous aurions les mêmes remarques à faire que pour la rougeole, nous renvoyons à cette maladie ; rappelons cependant que le pronostic est bénin (Boxall).
Mentionnons enfin les cas où l’enfant est apparu avec un érythème scarlatineux. Dans un fait fort curieux dû au D' Cordes de Genève, une femme, sur le point d’accoucher, soigne ses enfants atteints de scarlatine ; elle met au monde une fille qui peu d’heures après sa naissance, présente de l’angine pultacée et un érythème scarlatineux caractéristique ; la mère cependant ne présenta nullement celte affection dans ses suites de couches, qui furent très normales.