‹ La rougeole et la scarlatine dans la grossesse et les suites de couchesChapitre 3 sur 42 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Ici encore on manque de documents, à cause du petit nombre d’observations que l’on possède ; or, de ce chiffre exigu il faut défalquer les cas très fréquents de guérison et ceux malheureusement assez nombreux où l’ouverture du cadavre n’a pas été pratiquée. Dans la première observation de Francis Bleynie les résultats de l’autopsie ne sont pas mentionnés ; mais dans la seconde observation il signale l’existence d’une métro-péritonite. Dans le cas de Legendre les lésions pulmonaires étaient très accentuées et très complexes. La plèvre gauche contenait une petite quantité d’un liquide louche. La plèvre droite présentait quelques adhérences fibrineuses. Le poumon droit ne s’affaissait pas normalement, et son sommet était atteint d’une pneumonie lobulaire arrivée à la période de suppuration. Le reste du parenchyme était œdématié. Le poumon droit offrait également les traces évidentes d’une pneumonie lobulaire. On retrouva, en outre, dans les deux artères pulmonaires des embolies volumineuses dont l’origine était inlra-cardiaque. Le péricarde renfermait 60 grammes environ d’un liquide verdâtre, louche ; les deux feuillets poisseux présentaient des arborisations vasculaires très nettes. Le foie était atteint de la lésion appelée foie muscade. RaLe et pancréas sains, mais les reins offraient manifestement les lésions d’une néphrite

parenchymateuse. Contrairement à la deuxième observation de Bleynie on ne constata pas de lésions du côté de la cavité pelvienne. L’utérus et ses annexes étaient revenus à leur étal normal.

Dans le cas de Simpson il y avait dégénérescence granulo-graisseuse des principaux organes.

Il résulte de la lecture des observations recueillies par nous, que l’on n’a guère à redouter les complications inflammatoires du côté des organes génitaux ; celles-ci sont donc des complications rares.

SYMPTOMATOLOGIE

Le cours de la rougeole ne paraît pas avoir présenté dans les cas rapportés par les auteurs, les modifications importantes signalées dans la scarlatine puerpérale. Mais dans un grand nombre de nos observations on verra la convalescence s’établir lentement, péniblement.

La période d'incubation est assez mal déterminée : on a dit qu’elle était prolongée pendant la grossesse, mais cela sans preuves suffisantes. Elle paraît être de 8 à 12 jours.

Invasion. — L’invasion de la rougeole ne se fait point aussi brutalement que dans la variole :

La fièvre, et les symptômes qu’elle entraîne, tels qu’anorexie, insomnie, soif, malaise, et les phénomènes de catarrhe du côté des muqueuses oculaires, nasales, laryngées, bronchiques, constituent les traits les plus saillants de cette période.

Voici, en effet, comment débuta la maladie dans l’observation rapportée par Gautier de Genève. <r Le 27 mars au soir apparaissent chez la malade des frissons, de la courbature, une toux fréquente et intense, du corrhyza, du catarrhe conjonctival. » Les yeux sont rouges et larmoyants, l’inflammation de la muqueuse nasale se traduit par de l’enchifrènement, une sensation de picotement et des éternuements très fréquents. Le catarrhe laryngé etbron-

chique se révèle par de l’enrouement, de la raucité de la voix, une toux qui souvent prend un caractère quinteux caractéristique (toux férine). Comme on le voit le tableau clinique ne diffère pas de celui qu’on voit habituellement en dehors des circonstances que nous étudions. Cependant il y existe quelques dissemblances. Beaucoup d’auteurs ont noté la tendance à la prostration et la nécessité de la médication tonique. De plus, on voit parfois survenir un phénomène qui n’est point habituel dans la rougeole de l’adulte. Nous voulons parler de la diarrhée, qui ne prend pas tout à fait, il est vrai, le caractère septique de celle de la scarlatine puerpérale (Obs. de Lomer ; Obs. de Legendre).

Eruption. — L’éruption n’offre guère non plus de particularités dignes d’être rapportées, ou du moins les auteurs n’ont pas signale les anomalies qui peuvent se produire. Dans l’observation deSchrammon note que l’exanthème morbilleux était tout particulièrement intense.

Desquamation. — La desquamation paraît se faire comme d’habitude.

Complication . — Mais ce qui est tout particulièrement intéressant à signaler ce sont les complications. La tendance à la dépression peut faire craindre des lypolhymies (voir les observations d’Angus Mac Donald), cependant les troubles nerveux paraissent rares. Dans le cas rapporté par Simmons d’Ithaca (Amérique) il y eut un peu de délire, mais qui en somme n’entraîna pas de conséquence grave.

Les complications pulmonaires sont au contraire tout particulièrement à redouter. Nous les trouvons indiquées dans beaucoup de nos observations : Spiegelberg

a insisté sur leur fréquence et les grands dangers qu’elles font courir aux malades. Dans le cas de Legendre il y avait pleurésie, bronchopneumonie, embolie pulmonaire. Dans la première observation de Francis Bleynie on lit que <r dès le début des phénomènes de catarrhe bronchique prennent une très grande intensité... la malade succomba à l’asphyxie résultat de la bronchite généralisée, » Dans l’observation inédite d’Underhill due à Robert Bruce il y eut peu de jours après le début de la rougeole bronchopneumonie. La malade du D1' Lomen de Hambourg fut atteinte le cinquième jour de ses couches d’une pneumonie lobulaire, etc.

Abordons maintenant un autre genre de complications qui tiennent surtout à ce que la femme est enceinte ou vient d'accoucher.

Lorsque la rougeole survient durant une grossesse elle entraîne très souvent l’avortement. Il suffit de parcourir l’historique de la question pour se rendre compte de celte fréquence; cependant dans les quatre cas signalés par Grisolle la grossesse continua son cours ; il en fut demême dans le fait observé personnellement par Underhill, etc.

Nous re nvoyons pour les chiffres relevés par nous au chapitre a Statistique » qui termine cette étude.

Quel est le mécanism e de l’avortement c’est ce qu’il est assez difficile d’établir. Peut-on incriminer l’hyperthermie ? Nous ne le pensons pas. D’abord la rougeole même dans les suites de couche s’accompagne rarement cl’une fièvre violente. Presque toujours on trouve 38°5, 37° quelquefois 40° mais pas au dessus. Mais même si la température atteignait

un chiffre d’une élévation inusitée, la question ne serait pas résolue pour cela.

• On en a beaucoup rabattu dans ces derniers temps des idées émises pour la première fois par Ivaminsky en 1866 (voir Archives fur Heilhande) et soutenu ensuite par Winlcel en 1869. Mox Runge, dans des expériences entreprises en 1876 dans le laboratoire du professeur Lcyden à Strasbourg avait paru confirmer l’influence de l’hvperthermie. En opérant sur des chiennes et sur des lapines pleines il vit qu’en échauffant ces animaux dans des étuves le travail se déclarait dès qu’on dépassait le chiffre de 40°; à 41° les petits étaient encore vivants; à 42° ils venaient toujours en état de mort apparente ; dans des recherches plus récentes il reconnut que l’excitabilité de l’utérus était augmentée. Récemment les expériences de Doléris et Dore etc., ont renversé les résultats fournis par celles de Runge et ont démontré que le travail était dû à un échauflfement rapide et brutal, c’est-à-dire à une modification de l’organisme maternel que l’on n’observe pas en clinique.

Les perturbations nerveuses excessives ne sont pas davantage à invoquer, puisque nous ne les avons pas vues mentionnées dans les cas dont nous avons recueilli l’observation.

Un autre facteur beaucoup plus important semble être l’asphyxie et la toux. Mais les complications pulmonaires arrivent exceptionnellement à un degré tel que l’on puisse se servir de l’asphyxie pour expliquer la production de l’avortement; quant à la toux elle a été regardée comme un évènement Lrès nuisible par Mauriceau et Levret.

Jacquemier et Cazeaux attribuent dans la grippe l’avortement aux quintes de toux qui influenceraient très défavorablement l’utérus gravide. Maison a fait remarquer qu’un erand nombre d’affections thoraciques, avec toux quinleuse et persistante, pouvaient atteindre la femme enceinte sans déterminer l’expulsion de l’œuf. Dans la dernière épidémie de grippe qui s’est produite à Paris en 1890 nous avons vu un assez grand nombre de cas de cette maladie se produire pendant l’état gravide ; les avortements ont été rares. Il faudrait donc admettre que la toux comme l’éternuement, comme les mouvements intempestifs, les promenades à cheval ou en voiture, n’agissent guère que sur des utérus prédisposés.

Nous croyons pour notre part que la vraie cause dans la majorité des cas serait la transmission du microbe du sang de la mère au sang du fœtus (1). Cette transmission ne serait pas forcée; elle nécessiterait même des conditions toutes spéciales du placenta, telles qu’hémorrhagies, dégénérescences, etc., de telle sorte qu’un assez grand nombre de fœtus peuvent échapper à l’infection, mais nous ferons remarquer que la tendance actuelle est d’expliquer ainsi la plupart des avortements qui se produisent dans le cours des maladies contagieuses. Les expériences de Davaine n’ont plus à l’heure actuelle la signification qu’on leur avait attribué ; d’autres faits sont venus renverser une généralisation trop hâtive, et montrer que le placenta soit pour une raison, soit pour une autre, n’est pas toujours le filtre parfait qu’on avait rêvé.

1. Malheureusement le microbe de la rougeole n’est pas plus connu que celui de la variole ou de la scarlatine; c’est probablement un coccus.

Et d’ailleurs on n’a qu’à parcourir l’historique que nous avons fait de la question, et les observations que nous avons pu recueillir dans la littérature médicale, pour voir combien souvent on trouve signalés chez les nouveaunés, non seulement l’érythème à type rubéoliforme, mais encore des catarrhes oculaires, nasaux, et bronchiques ; et même s’il n’y avait de bien net que l’érythème il s’est produit avec trop de fréquence pour qu’on puisse recourir toujours à ces rougeurs accidentelles qu’on rencontre de temps à autre chez le nouveau-né. L’immunité n’a pas toute la valeur qu’on lui a attribué. Si un sujet, ayant eu une rougeole congénitale, contracte la maladie une seconde fois, c’est qu’il y a pu avoir récidive ; or, l’existence de celles-ci sont aujourd’hui indiscutables ; elles sont même moins rares qu’on l’avait cru jusqu’ici. Chose remarquable, l’avortement est d’autant moins à craindre qu’on esta une période plus éloignée du terme de la gestation. Nous n’avons pas besoin d’insister sur les gravesdangers que peut amener celte cessation prématurée de la grossesse. Lors même que la rougeole ne s’est montrée que dans les derniers temps de la gestation il faut craindre les hémorrhagies de la délivrance. Spiegelberg les a signalées et en a montré la gravité ; dans le cas rapporté par Angus Mac Donald, cette tendance hémorrhagipare est très nette. Et maintenant reste une question fort délicate à résoudre. La rougeole ne pourraitelle pas, en déprimant l’organisme et en troublant l’involution des organes génitaux favoriser le développement d’une infection septique lorsque la femme se trouve dans un milieu suspect, ou lorsqu’il existe des

déchirures contuses au niveau des parties génitales ? Les documents manquent pour donner une réponse satisfaisante, mais nous ferons remarquer que dans la deuxième observation de Francis Bleynie la malade a succombé à une métro-péritonite. D’autre part, l’expérimentation montre qu’un animal affaibli contracte plus facilement qu’un autre la septicémie.

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