HISTORIQUE
Fabrice de Hilden paraît être le premier qui ait cité expressément la rougeole qui survient pendant la grossesse et les suites de couches. Voici le passage auquel nous faisons allusion (voir Gautier de Genève, Annales de Gynécologie , tome XI, et observ. chirurg. Cenlur. IV, Obs. 53) ; « la femme d’un conseiller de la République de Berne, étant arrivée à la moitié du neuvième mois de sa grossesse, fut atteinte d’une fièvre intense et maligne ; peu après la rougeole apparut. Au quatrième jour de la maladie, les douleurs surviennent ; un enfant vient au monde tout le corps couvert de taches de rougeole. La mère et l’enfant gravement malades durant quelques jours, guérirent tous deux, s
D’autre part la compilation de Max Schurig mentionne les trois faits suivants : « Ledel a observé une femme qui accoucha dans les derniers mois de sa grossesse au milieu d’une éruption de rougeole : l’enfant vint au monde couvert de taches rouges. La mère guérit ; le sort de l’enfant n’est pas mentionné. Rœssler rapporte qu’une femme atteinte de rougeole au septième mois de sa grossesse,, avorte et meurt. Egbert a vu une femme atteinte de rougeole, accoucher avant le terme normal ; l’âge du fætus n’est point indiqué (d’après Gautier de Genève, Xl° vol.
des Annales de gynécologie, p. 326), voir Embryologie , p. 187, Dresde et Leipsig, 1732.
Mauriceau ne cite pas expressément la rougeole mais voici ce qu’il dit sur les affections qui s’accompagnent d’un catarrhe bronchique « Si la toux est violente comme elle est quelquefois jusqu’à faire vomir, c’est un des plus dangereux accidents qui contribuent à l’avortement ; d’autant que par son effort les poumons tâchant de rejeter hors de la poitrine, ce qui leur nuit, il se fait une contraction de tous les muscles de la respiration, qui, pressant fortement par celte action l’air enfermé au dedans, dont les poumons sont tous gonflés, poussent aussi par le même moyen avec violence subite le diaphragme en bas, et par conséquent toutes les parties du bas-ventre mais principalement la matrice de la femme grosse, qui en reçoit une telle commotion, quand cet accident continue longtemps fortement, que quelquefois l’arrière-faix de l’enfant vient s’en détacher. Après quoi ne le pouvant plus retenir, elle est contrainte de s’ouvrir pour le mettre dehors, avec le temps, ce qu’elle fait souvent avec grande perte de sang comme je l’ai vu arriver beaucoup de fois, et récemment à la femme d’un secrétaire du roi, et à celle d’un chirurgien. »
Levret auquel plusieurs traités d’accouchements récents ont fait allusion, n’a pas cité la rougeole d’une façon expresse dans son < Art des accouchements démontré par des principes de physique et de mécanique » ; à la section XIV (Démarqués sur les maladies des femmes grosses et des nouvelles accouchées), il se borne à dire : « il est important de remorquer que toutes les femmes enceintes qui
tombent dans les maladies aiguës, sont en très grand danger, soit qu’elles accouchent à terme, soit qu’elles avortent, parce que la marche de la nature, dans ses opérations critiques, pour la guérison de ses maladies ne manque pas d’être troublée par le travail de l'accouchement... La remarque que je viens de faire est applicable, à certains égards, aux maladies aiguës qui surviennent aux femmes dans les premiers jours de leurs couches, principalement dans les premières vingt-quatre heures et qui sont pour ainsi dire entées sur le travail de l’accouchement, s Cependant un passage peut s’appliquer plus étroiLement à la rougeole, qui elle aussi a des catarrhes. <r J’ai aussi observé bien des fois, que si une femme enceinte avorte, ou qu’elle accouche à terme, pendant qu’elle est enrhumée, le rhume s’interrompt aussitôt que l’accouchement est terminé, et qu’il se renouvelle dès que les grandes évacuations de la couche commencent à diminuer sensiblement. En sorte que si la poitrine était attaquée à un certain degré avant l’accouchement, la malade est en très grand danger de périr dans la suffocation. i
Baudelocque ne parle pas non plus de la rougeole dans son Art de V accouchement . Il en est de même de Capuron et de Gardien, qui dans son volumineux ouvrage ne trouve pas une ligne à consacrer aux pyrexies exanthématiques ou à la fièvre typhoïde, même dans le chapitre consacré à l’avortement.
Dans son article Rougeole du Dictionnaire en 60 volumes de 1820 , Monfalcon se contente de dire que la rougeole est plus grave durant la grossesse et <r immédiatement après la parturition. »
Guersant et Blache dans le Dictionnaire en 30 volumes, s’expriment ainsi ( Rougeole , p. 677), <r Vogel et Rosen, disent l'avoir observé chez des nouveau-nés, nous avons eu aussi l’occasion de la voir chez un enfant qui l’apporta en naissanL l’ayant gagné de sa mère »... plus loin au chapitre pronostic ils disent <r lorsque la maladie se montre chez les femmes enceintes ou les nouvelles accouchées le pronostic est, toutes choses égales d’ailleurs, plus fâcheux. »
On ne trouve que quelques mots se rapportant à notre sujet dons le Dictionnaire de médecine pratique, et le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales . Les traités des maladies des enfants (Vogel, Ileim, Rosen, Barthez et Rilliet) signalent quelques cas de rougeole congénitale. L’ouvrage de Gerhardt est un peu plus explicite a; durant la grossesse et spécialement dans les suites de couches, la rougeole fait courir de grands périls à la femme qui en est atteinte, bien que ceux-ci soient moindres que lorsqu’il s’agit d’une scarlatine » Schneider relatant une épidémie de rougeole qui avait été très meurtrière rappelle que des femmes enceintes furent atteintes par la maladie et que la majorité d’entre elles avorta non sans avoir couru de grands risques pour leur existence. Beaucoup moururent et leurs nouveau-nés succombèrent également. Comme on le voit, jusqu’ici fort, peu de documents. Le travail de Bourgeois où sont analysés leseffels des maladies générales sur la grossesse comble un peu cette lacune. Voici le passage qui a trait à notre sujet.
« Nous avons observé 15 cas de rougeole sur des femmes grosses ; 8 de ccs femmes ont avorté ou accouché
avant ternie. Chez les autres la grossesse n’a pas été entravée par la maladie. Cinq ont mis au monde des enfants non viables ; trois ont accouché prématurément dans le septième ou huitième mois de leur grossesse. Voici comment les choses se passaient : chez les femmes dont la grossesse n’était que de deux à cinq mois, la maladie a suivi son cours ordinaire, mais elle était d’autant plus grave que l’époque de la gestation était plus avancée. Les prodromes de l’avortemenL se manifestaient vers la fin de la maladie. Ce n’était ordinairement qu’un, deux ou trois jours après que l’avortement avait lieu quelquefois la maladie étant terminée.
Quand les femmes arrivées vers la fin de leur grossesse étaient atteintes de la maladie, l’accouchement prématuré se faisait dès le début au milieu de la fièvre et de symptômes graves.
L’enfant venait mort-né, ou mourait quelques heures ou quelques jours après sa naissance. La maladie continuait son cours et les femmes se rétablissaient peu à peu. Une seule de nos malades atteinte de rougeole maligne a succombé le cinquième jour après son accouchement. Dans des cas rares on a vu les enfants naître avec la maladie rubéoleuse. Rosen, Voge!,en rapportent quelques observations ; M. Guersant en a observé un cas ; moimême j’en ai vu aussi. L’enfant vécut trois jours et mourut. Il était venu quinze jours avant terme ».
Le Dr Cliausil a communiqué un cas de rougeole intéressant parce qu’il semble remonter aussi à la vie intra-utérine (voir Union Médicale, 1868, Compte-rendu des séances de la Sociélé Médicale du IXe arrondissement), n J’ai observé,
dit-il, dans ces derniers temps, de nombreux cas de récidives de rougeole et de scarlatine. Actuellement je donne des soins à un enfant affecté de rougeole très nettement caractérisée; il y a 3 ans, je l’ai soigné pour la même maladie, eL je n’eus à cette époque aucun doute sur la nature de l’affecLion; deux autres enfants de la même famille furent également atteints en môme temps. J’ai vu aussi un enfant qui communiqua la rougeole à sa mère. Celle-ci l’avait déjà eue dans son enfance; la maladie survint au douzième jour et fut Lrès intense. Le neveu de cette malade contracta la rougeole en jouant avec son cousin ; puis au seizième jour de sa maladie il la communiqua aussi à sa mère, qui l’avait eue dans son enfance. L’éruption parut la veille du jour où cette dame accoucha et son accoucheur m’a dit que le nouveau né était aussi atteint de rougeole. »
M. Hervieux à la suite de cette communication a élevé quelques doutes, il est vrai, sur l’authenticité de cette rougeole ; il déclara que cette affection était très rare chez les nouveaux-nés, et il rapporta l’observation d’un enfant très lymphatique, qui à chaque bronchite t présentait une éruption tout à fait semblable à la rougeole. i
Cazeaux est extrêmement bref sur notre sujet : « La rougeole, au dire de Levret, serait tout aussi fâcheuse, cependant sur quatre rougeoles observées chez les femmes enceintes par M. Grisolle, aucune n’a troublé la marche régulière de la gestation : j’ai vu deux cas semblables. ï II ajoute que malheureusement les faits ne sont pas toujours aussi heureux ; et il analyse rapidement
à ce sujet le travail de Bourgeois cilé plus haut. Quant à la rougeole apportée en naissant : « Dans des cas rares on a vu des enfants naîlre avec la maladie rubéoleuse. Rosen, Vogcl, en rapportent quelques observations. M. Guersant en a observé un cas. M. Bourgeois en cite un autre: l’enfant vécut trois jours et mourut. >
Voici le passage que Thomas consacre à la rougeole dans le cours de la grossesse (Thomas, Ilandbuch der Speciellen pathologie und Tlierapie von Ziemssen, handbuch der acuten Infections Kranhheiten zweiter Theil article Maseru , p. 42) : « La grossesse ne préserve point de la rougeole, cette maladie, comme beaucoup d’autres de même nature, semble abréger le temps de gestation. Seidl assure que les jeunes femmes qui sont enceintes y sont tout particulièrement prédisposées. L’avortement se terminant par la mort peut être aussi le résultat d’une rougeole survenant dans le cours d’une grossesse (Rosch). » Parlant ensuite des cas de rougeole que le nouveau-né semble présenter au moment même de sa naissance, Thomas s’exprime ainsi: « La plupart des auteurs ont cité la possibilité d’un pareil fait, mais sans en rapporter d’exemples. » C’est le cas pour Willan, Rosenstein, Burserius, Gitanner, Reil, etc. : Vogel,au contraire, en a donné une observation; il croit que la mère de l’enfant avait accouché avant terme : on peut dire la même chose de Guersant : Ledelius et Fabrice de Ililden en ont mentionné deux autres exemples ; Clarus, déclara à la Société Médicale de Leipsig qu’il avait vu sur le fœtus d’une femme morte pendant la période de desquamation de la rougeole, un exanthème rubéolique très net. Michaelsen a rapporté deux cas de rougeole congénitale,
dont l’un avait été observé par lui. Seidl paraît avoir été plusieurs fois témoin de faits de ce genre, car il écrit que la maladie se transmet immédiatement de la mère au fœtus, quand la grossesse touche à sa fin, de telle sorte que l’enfant naît avec la rougeole. Malheureusement il ne fait aucune allusion au nombre de faits de ce genre observés par lui. Hédric a rapporté l’observation d’une femme enceinte qui au quatrième jour de sa rougeole accoucha d’un enfant du sexe féminin, qui en outre d’un exanthème rubéolique caractéristique, présentait du catarrhe oculaire nasal et bronchique. Néanmoins la terminaison fut heureuse comme dans les cas de Fabrice de Ililden et Ledelius. Eisenmann assure que J. Franck et Gitanner ont plusieurs fois observé des cas semblables.
Il serait important de savoir si la rougeole de la mère donne l’immunité au fœtus : dans un cas observé par moi l’enfant n’en contracta pas moins la rougeole vers l’âge de 9 ans. i
Dans son Traité d'accouchement , Spiegelberg insiste sur les complications pulmonaires et les hémorrhagies de la délivrance. Schroeder est très bref sur le sujet qui nous occupe.
Dans la fameuse discussion qui eut lieu à la Société Obstétricale de Londres en 1S75, le Dv Squires en parlant des accidents fébriles que peuvent déterminer la rougeole et la scarlatine lorsqu’elles surviennent pendant les suites de couches, fait remarquer qu’il y a tout comme dans les cas d’infection septique, suppression des lochies, de la lactation, etc., sans qu’il faille pour cela englober des choses si différentes sous la dénomination commune de fié-
vre puerpérale : à propos de la rougeole il rappelle le fait suivant tiré des mémoires de Sydney: Lady Sydney, atteinte de rougeole met au monde le troisième jour de la maladie un garçon vigoureux qui avait lui aussi un exanthème rubéolique sur tout le corps. Néanmoins sa santé resta excellente, et il prit avec beaucoup d’avidité le sein de sa nourrice.
Nous arrivons maintenant à un travail véritablement important à celui de Gautier (de Genève ), qui parut dans les Annales de gynécologie, 1879, tome XI, p. 321. Cet auteur commence par faire ressortir la rareté des observations de rougeole survenant dans l’état puerpéral, « on sait fort peu de chose, dit-il, sur le pronostic de la rougeole dans l’état puerpéral et la grossesse. î II combat cependant l’opinion du professeur Bohn de Ivœnigsberg, qu’il trouve par trop pessimiste. « Si tous les médecins qui ont été témoins de cas de rougeole chez les femmes grosses ou en couches, s’étaient donné la peine de faire connaître leurs observations nous posséderions probablement de nombreux documents sur ce chapitre de la pathologie puerpérale : je ne puis pour ma part qu’en citer un seul fait, mais il est en désaccord avec l’assertion du professeur Bohn. On verra que les autres exemples sont loin de permettre de tirer des conclusions définitives sur le degré de gravité de la rougeole dans l’état puerpéral. » Gautier fait remarquer, du reste, avec raison que a les épidémies de rougeole, comme de tout autre exanthème, varient d’ailleurs au point de vue de leur pronostic ; de là la nécessité de recueillir encore beaucoup d’observations et de les publier. » L’auteur rapporte
ensuite un cas de rougeole chez une femme enceinte, qui en effet s’est terminé très favorablement. Il ajoute « la période d’incubation n’a pas été plus longue chez l’accouchée que chez les autres membres de sa famille. î Et, en effet les symptômes d’invasion avaient précédé l’accouchement (Gauthier).
Le travail du Dr Underhill ( Measles in relation to pregnancy and the parlurienl slaleby Charles Underhill in lhe obstétrical journal of gréai Britann and Ireland, July 15, 1880) est un des plus intéressants qui aient paru sur ce sujet, bien qu’il ne comprenne cependant que quelques pages. L’auteur fait d’abord remarquer combien la rougeole est conlagieuse, et cependant l’infection n’est pas absolument forcée. Underhill, en effet, raconte à ce propos qu’une femme mère de quatre enfants eut la malchance de voir ceux-ci atteints de fièvre morbilleuse. Elle était alors au septième mois de sa grossesse, et comme elle ne se souvenait point du tout d’avoir eu la rougeole pendant son enfance, on lui conseilla de s’isoler, ce qu'elle ne voulut point faire ; elle ne contracta point la rougeole, accoucha à terme et eut des suites de couche absolument normales. Après avoir rappelé les observations qui existent à l’heure actuelle dans la littérature médicale, -et après avoir rapporté deux observations inédites qui lui avaient été communiquées, la première par Angus Mac Donald, la deuxième par Robert Bruce, il fait remarquer que le très petit nombre de rougeoles puerpérales suffit à démontrer que cette affection vient très rarement compliquer la grossesse et les suites de couches <r cela est dû très probablement à une première attaque de rougeole
pendant l’enfance ; ce qui le prouve c’est que beaucoup de mères n’ont point eu cette maladie, bien qu elles eussent continué à approcher leurs enfants atteints de rougeole. x Greene a cité des faits encore plus probants, il a vu des femmes en couche dormir dans le même lit avec leurs enfants atteints de rougeole et ne pas contracter celle-ci. Cependant l’immunité peut n’être pas absolue, ainsi que le prouve le cas de Chausit.
Tous les exemples de rougeole rassemblés à grand peine par Underhill, ne montent qu’au chiffre de 18. Avec un nombre aussi faible il lui est impossible de s’arrêter à des conclusions fermes. Cependant sur ces 18 cas constatons que 15 fois on a mentionné le sort de la mère et trois fois celui-ci est resté inconnu. Sept fois la rougeole est survenue pendant la grossesse, deux fois à 8 mois, deux fois à 7 mois, une lois à 6 mois une fois à 4 mois; dans un cas le mois de grossesse n’a pas été noté. Sur ces 7 cas survenus pendant la grossesse deux fois on a vu la grossesse continuer son cours. Dans les 5 autres cas 2 guérirent, 2 succombèrent ; quant à la dernière malade son sort n’est pas connu. « De cette statistique il résulte clairement, dit Underhill, que la rougeole qui survient pendant la grossesse est un évènement toujours grave, que doit s’efforcer soigneusement d’éviter toute femme que ne garantit pas une attaque antérieure, s
Ces conclusions concordent, ainsi qu’il le fait remarquer avec les affirmations de Ramsbotham et d’autres auteurs, qui ont signalé la tournure défavorable que prennent les maladies contagieuses chez les femmes enceintes; quant à l’immunité prétendue des femmes gravides, on n’a pas.
présenté de faits suffisants à l’appui. Cependant Underhill ne peut s’empêcher de rappeler l’opinion contraire de Sir James Simpson. D’après cet auteur la rougeole, la variole, la scarlatine, sont rarement graves pendant l’état gravide. Il en est de même après le dixième jour de couches ; mais si la maladie contagieuse survient pendant les 5 ou 6 premiers jours, la terminaison est généralement fatale.
Voici maintenant ce qu’a relevé Underhill dans les 11 cas qui survinrent tout à fait vers la fin de la grossesse ou dans les suites découches. Sur ces 11 cas 5 guérirent, 4 se terminèrent par la mort; dans 2 cas le résultat final n’est pas mentionné.
Parmi celles qui guérirent l’accouchement survint 2 fois le second jour de la maladie et 2 fois le quatrième jour.
Parmi celles qui succombèrent une mourut pendant la période d’éruption, une autre atteinte le quatrième jour de ses couches succomba au dix-huitième jour d’une métropéritonite, une dernière atteinte de rougeole le quatrième jour après son accouchement succomba le surlendemain.
La rougeole serait donc tout particulièrement grave pendant les premiers jours des suites de couches ; c’est comme on le voit une opinion identique à celle déjà émise par James Simpson.
En 1885, Angus Mac Donald a communiqué à la Société Obstétricale d’Edimbourg un cas intéressant de rougeole survenu pendant la grossesse, et que nous rapportons plus loin. Comme l’auteur le fait remarquer, la marche de la maladie fut très bénigne, néanmoins on ne peut nier
que la rougeole ait hâté la date de l’accouchement, puisque la fin delà grossesse ne devait venir que le 22 juin et qu’elle a accouché le 8. Notons aussi la tendance à la dépression et aux lipothymies, et l’hémorrhagie qui s’est produite quelques minutes après l’expulsion du fœtus. Angus Mac Donald croit après une étude attentive des quelques faits publiés jusqu’ici pouvoir affirmer que la rougeole pendant la grossesse n’est point aussi redoutable qu’on l’a cru jusqu’ici. Les élèves de Simpson (et presque tous les membres de cette Société en sont, dit-il), se rappellent trop le cas rapporté par cet auteur où survinrent des phénomènes d’apparence septicémique fort grave. Il ne pense pas que la rougeole soit pendant la grossesse, soit pendant le3 suites de couches, puisse devenir l’occasion d’une fièvre puerpérale. Néanmoins la rougeole serait dangereuse pendant cette période parce qu’elle hâte l’accouchement et parce qu’elle a de la tendance à s’accompagner de complications pulmonaires. Elle peut exposer aussi aux lipothymies et aux hémorrhagies posl parlum. Le Dr Simpson croit au contraire que la rougeole est très dangereuse quand elle survient dans le cours d’une grossesse et répondant à une insinuation d’Angus Mac Donald, il assure que le cas auquel on a fait allusion était bien de la rougeole; ce qui le prouve c’est l’autopsie de cette femme faite par le professeur Turner. Du reste, il est prêt à convenir que tous les faits né présentent pas une gravité semblable. Il faut compter, en effet, avec l’idiosyncrasie des sujets, ainsi que le prouvent les cas de variole chez les femmes enceintes.
Le Dr Wilson fit remarquer que si les femmes enceintes ont si rarement la rougeole c’est qu’elles l’ont presque
toujours eue pendant l’entance. Le Dr Craig rapporte que malgré le nombre énorme d’accouchements qu’il a vu durant sa carrière il n’a jamais rencontré de rougeoles puerpérales.
Revenons maintenant aux auteurs français qui ont composé des traités d’accouchement dans ces dernières années. Commençons par le plus ancien celui de Jacquemier. Il est très bref « la scarlatine et la rougeole quand elles sont très intenses, se comportent souvent comme la variole, mais la terminaison n’est pas aussi souvent fatale, ni l'interruption de la grossesse aussi fréquente, d
Dans leur Traité d'accouchement, Tarnieret Budin (2° vol p. 13) font remarquer que <r la rougeole n’est pas fréquente dans la grossesse. » Puis passant en revue les opinions émises par les auteurs ils concluent: c Les auteurs sont donc d’accord pour reconnaître que la rougeole est une affection grave chez la femme enceinte. » Voici comment ils se prononcent sur la difficile question de la rougeole congénitale : quant au fœtus il a souvent présenté des taches morbilleuses au moment de sa naissance ou peu de jours après, aussi s’est-on demandé si l’enfant d’une femme ayant eu la rougeole pendant sa grossesse devait être considéré comme réfractaire de cette maladie pour l’avenir. Deux faits signalés, l’un par Bohn et l’autre par Gautier montrent qu’il n’en est rien, et que l’enfant pourra plus tard contracter ceLte affection. Tarnier a observé le fait suivant : Unejeune femme à la fin de sa grossesse, alla passer une soirée dans une famille dont les enfants venaient d’avoir la rougeole. Quatre jours après son accouchement, elle fut prise d’une fièvre intense qu’on ne savait à quelle
cause rapporter, quand une éruption rubéolique vint l’expliquer. Le nouveau-né fut atteint à son tour, et devint très gravement malade. Heureusement la mère et l’enfant guérirent. »
Charpentier fait ressortir comme les auteurs précédents la rareté extrême des faits qui nous occupent. « La rougeole, dit-il (1er vol. de son Traité d'accouchement, p. 370), est rare pendant la grossesse, car c’est tout au plus si on peut en recueillir 20 ou 23 cas dans les différents auteurs. » Après avoir cité les idées émises par les différents auteurs, il s’exprime ainsi. « La rougeole pendant la grossesse prédispose donc peut-être à la mort du fœtus et à l’avortement. Elle n’est pas sans danger pour la mère ; pendant l’état puerpéral le pronostic serait moins grave ». Cet accoucheur distingué ne paraît pas avoir d’expérience personnelle sur ce sujet, du moins il n’y fait pas allusion ; mais il fournit en revanche des indications bibliographiques, qui nous ont été d’un précieux secours.
Ce qui prouve bien combien est exceptionnelle la rougeole pendant la grossesse et les suites de couches, c’est qu 'Hervieux reste muet sur ce point dans son volumineux ouvrage sur <r les maladies puerpérales ».
Il en est de même, ou peu s’en faut, pour Siredey.
Voici ce qu’il dit sur la rougeole dans son Traité des maladies puerpérales, page 449 : « La rougeole est extrêmement rare ; il n’est cependant pas impossible de la rencontrer si les femmes se trouvent exposées à la contagion. CeLte maladie se présente d’ailleurs avec des symptômes assez nets, pour qu’on ne puisse guère la méconnaître. Si les phénomènes généraux sont masqués par les acci-
dents des suites de couches, les caractères propres de 1 eruption et surtout le catarrhe des muqueuses, ne laissent pas subsister beaucoup de causes d’erreur, aussi ne pensons-nous pas qu'il y ait lieu de s’arrêter à cetle description. Cette complication est d’ailleurs tout à fait exceptionnelle, en raison de l’âge des malades et de l’isolement relatif auquel les condamne leur position r.
ÉTIOLOGIE
L'étiologie est bien simple : c’est la contagion. Elle se trouve mentionnée très nettement dans la plupart des cas publiés. On a soutenu que les femmes enceintes possédaient une sorte d’immunité contre celte maladie comme on l’a dit pour la scarlatine, mais cetle assertion ne semble pas reposer sur une base bien établie. La lecture des observations contenues dans ce travail semble en tout cas lui être peu favorable. Dans la compilation do Max Schurig on voit Rœssler mentionner un cas de rougeole puerpérale au septième mois de la grossesse ; celui dont parle Egberl s’était produit pendant les premiers mois de l’état gravide. Bourgeois a observé lb cas de rougeole chez des femmes enceintes. Nous pourrions encore citer les cas de Guersant, Grisolle, Gazeaux, Gautier de Genève, etc., mais nous croyons inutile d’insister plus longtemps. Il est vrai cependant de dire que la rougeole est très rare dans le cours de la grossesse, mais cela résulte, ainsi que le disent Underhill, Angus Mac Donald, etc., non pas d’une immunité prélendue de la femme gravide, mais bien de l’existence presque constante d’une rougeole pendant l’enfance. Les femmes qui ne sont pas protégées par une première atteinte de cette maladie feront bien de suivre les sages conseils que leur donnent Tarnier et Budin dans leur excellent Traité
d'accouchement (voir Pathologie de la grossesse, II0 vol., p. 17, arlicle Rougeole), on y lira un fait qui lèvera tous les cloutes.
Les jeunes primipares sont-elles plus sujettes que les autres femmes à contracter la rougeole? Celte assertion de Seidl nous paraît dénuée de preuves.