Partie à l’Ilôtel-Dieu le 13 juin
Observation IV (inédite) (1).
Communiquée par M. le Dr Guéniot.
La nommée R... G..., âgée de 20 ans, domestique, primipare, entre à la Clinique chirurgicale de la Faculté le 24 janvier 1864.
25 janvier, 10 heures et demie du matin. — Accouchement spontané en présentation du sommet, après 12 heures de travail. Enfant mâle 3010. Dernière menstruation du 5 au 12 ou 13 mai. Pas d’accidents pendant la grossesse. Longueur du cordon 1 mètre. Un circulaire autour du cou.
Apparition des premières douleurs le 24 janvier à 10 heures du soir. Dans la journée du 23, vers midi, pendant qu’elle travaillait à ses occupations habituelles, écoulement soudain de liquide, en même temps que douleur légère éprouvée toute la journée comme prélude de l’accouchement. Au toucher le soir du 24, je ne trouvais pas encore le col effacé, et l’orifice interne ouvert. L’écoulement de liquide persistait. La dilatation fut complète le lendemain 25 à 9 heures du matin, et l’accouchement
i. Thèse de M. Durand.
eut lieu une heure et quart plus lard, c’est-à-dire à 10 heures lo minutes.
Délivrance naturelle. — Une poche d’eau se forma cependant pendant le travail, laquelle se rompit dix minutes avant la terminaison de l’accouchement. À eu de fortes tranchées utérines pendant la nuit du 25 au 26 janvier.
30 janvier. — Porte depuis cette nuit une éruption scarlatiniforme sur la poitrine, et quelques plaques disséminées sur les fesses, avec quelques rares vésicules miliaires ou plutôt des élevures miliaires. A eu chaud cette nuit, avec une légère transpiration, et sentiment de chaleur sur le devant de la poitrine. Pas de frisson, ni de sentiment de froid préalable. N’a pas dormi, apyrexie, peau bonne, pas de mal de gorge, un peu de céphalalgie ce matin, lochies encore notables, un peu fétides. Femme sanguine et bien constituée, ayant des seins bien faits et une abondante sécrétion laiteuse. Quelles fièvres éruptives a-t-elle eues? Ni variole, ni rougeole, ni scarlatine, ni affection cutanée.
L’éruption est très marquée et caractéristique dans toute l’étendue du dos (pointillé scarlatiniforme), langue très légèrement blanchâtre, inappétence, soif assez vive, pouls à 64, avec caractères normaux, pas de mal de gorge.
Pas trace d’albumine dans l’urine. Cette femme a été jusqu’ici merveilleusement bien. Pas d’éruption sur l’abdomen, ni sur le visage, ni sur les membres supérieurs, ni sur les mains. Quelques traces sur les cuisses et comme en petites plaques.
Cette éruption est formée par un pointillé rouge, tout à fait scarlatiniforme, s’effaçant momentanément sous le doigt, en partie seulement, c’est-à-dire le fond rosé entièrement et le pointillé incomplètement. Le vrai siège de l’éruption est jusqu’ici la face antérieure de la poitrine jusqu’à la ceinture y comprise, puis la face postérieure du tronc dans toute son
étendue où l'éruption offre le pointillé caractéristique, mais non confluent. Les yeux sont un peu douloureux par suite d’une sensation de picotement depuis celle nuit. Soir 66 pulsations. L’éruption scarlalinoïde est plus intense et plus étendue sur la face antérieure de la poitrine quelle recouvre entièrement, les s .uns y compris (du cou à la ceinture). L’éruption est beaucoup moins sensible à la face dorsale du tronc, beaucoup moins apparente que ce malin. Encore de la céphalalgie. Toux très légère.
Questionnée de nouveau sur l’état de la peau les jours précédents, la malade qui est très intelligente répond nettement quelle n’a pas éprouvé de sueurs, à part cette légère transpiration de la nuit dernière pendant laquelle l’éruption se produisait. Elle n'a pas non plus éprouvé de frissons, ni de refroidissement. Depuis le troisième jour do son accouchemnet elle mange deux portions, et ne prenait rien autre chose, pas de médicament, pas d’opium. Encore du picotement dans les yeux.
Les seins sécrètent très abondamment; la femme peut facilement allaiter deux enfants. Les mamelons volumineux sont gercés, et depuis deux jours très douloureux. L’utérus remonte à quatre travers de doigt au-dessus du pubis.
L’appétit, presque nul ce malin, lui est revenu ce soir. Mais la soif persiste. Pas de mal de gorge.
Celte femme est placée à côté d’une femme (n° 17) enceinte, atteinte d’une varioloïde extrêmement discrète. En ce moment règne dans le service une épidémie de varioloïde (sans gravité).
31 janvier. — 64 pulsations. Éruption fleurie sur la poitrine comme hier, un peu plus apparente à la face dorsale du tronc et très marquée sur les fesses où l’on remarque des points rouges un peu saillants cL de l’étendue d’une tôle d’épingle. Quelques légères élevures très apparentes disséminées sur tous les points où il y a éruption et mêlées à l'éruption elle-même dont elles forment un élément, Ces élevures rouges, comme papuleuses, et
quelques-unes vésiculo-papuleuses, deviendront sans doute pustuleuses. Langue blanche. Picotement persistant dans les veux, qui cependant ne sont pas rouges ni congestionnés, ni même larmoyants. Pas de coryza. Encore de la céphalalgie ce matin en voie de se dissiper.
1er février. — L’éruption rouge disparaît, a diminué notablement, et l’on observe quelques très petites pustules disséminées. Le bout des seins est très rouge, enflammé et excessivement douloureux. Céphalalgie persistante et upyrexie. CetLe femme s’émeut vivement à la visite do ce qu'on lui déclare, qu’avant les mamelons gercés et d’ailleurs mal conformés, elle ne peut pas ambiLionncr d’être nourrice. Elle en pleure de contrariété.
Soir. — Cette femme a pleuré une partie de la journée, et à ma visite je la trouve en sueurs, le visage congestionné, le pouls à 112, n’ayant pu donner, à cause de l’cxcè> de la douleur, le eein à son enfant. L’éruption scarlatiniforme est en décroissance et tend à s’éteindre.
2 février. — 84 puis. Se plaint de douleurs du côté gauche (hypocondre). Toux de bronchite. L’éruption est très apparente encore, quoique très diminuée. Langue blanc jaunâtre, un peu de céphalalgie. Quelques très petites pustules miliaires existent sur la faceanlérieurede la poitrine. L’éruption a disparu à la face dorsale du tronc. Garde-robes normales. A transpiré pendant toute la nuit comme hier soir. Soif assez vive. Pas d’appétit. Gerçures du mamelon douloureuses jusqu’à la défaillance.
Soir. — Se plaint de bourdonnements d’oreille. Les picotements persistent dans les yeux sans lésion apparente. Eruption encore persistante sur la poitrine. Pas d’angiuc. Pas de coryza. Langue blanche. Soif vive. Inappétence incomplète. Lochies presque taries. Seins encore très douloureux. Urine nuageuse, mais normale et sans albumine.
3 février. — L'éruption est presque complètement éteinte. A la
rougeur pou distincte aujourd’hui a succédé quelques petites pustules miliaires en très petit nombre. Va assez bien.
4 février. — Va très bien. Apyrexie. L’éruption est remplacée par quelques petites pustules miliaires purulentes, à base rouge. Pas de rougeur ni de dépouillement de la langue. Pas de phénomènes de scarlatine.
L’enfant vacciné le 26 janvier ne porte à chaque bras qu’une seule pustule. Celle du bras gauche est notablement plus large et plus avancée que celle du bras droit. Celte dernière est très belle cependant, ombiliquée, mais ne présente encore nulle trace de dessication, tandis que la gauche est brunâtre et se dessèche au centre. Cet enfant légèrement malade, ne tétant plus que difficilement, présente en outre une éruption de petits points ou papules rouges, disséminées sur les diverses parties du corps, même sur le visage.
5 février. — L’enfant esL de plus en plus malade. Ne veut pas téter. L’éruption de la veille est moins apparente ou même disparue, et les membres, ainsi que le front, s’indurent, se sclérémisent. Mère va bien, n’a plus d’éruption, mais souffre du sein gauche engorgé en dehors et très douloureux. Son urine, assez fortement colorée, dépose abondamment une matière blanchâtre, non filante, puriforme, mais non purulente, provenant peut-être des écoulements vaginaux, l'urine n’ayant pas été extraite avec la sonde. Celte urine ne renferme pas d’albumine.
6 février. — L’enfant est mort ce malin. Hier soir il était partout induré, mais surtout à la face, où la pression du doigt trouvait sur le menton une résistance analogue à celle que donne du bois. En même temps, peau rouge. Cris faibles et ne tète plus. Mère bien.
Autopsie de l’enfant. — Rien de morbide, si ce n’est : 1° quelques parties du poumon gauche qui avaient mal respiré et qui crépitaient peu ou point (celte lésion pulmonaire n’était pas
assez profonde, ni assez étendue, ne comprenant guère que 1/4 de la masse pulmonaire, pour déterminer la mort par elle-même). 2° induration du lissu graisseux sous-cutané de la face, joues et menton principalement (sclérème partiel). Les autres parties du corps n’étaient pas affectées de la même induration ; 3° Une injection, ou plutôt une congestion ecchymotique de tout le mésentère, sans épanchement anormal dans tout le péritoine. Le crâne n’a pas été ouvert.
7 février. — La malade va très bien, à part l’engorgement douloureux des seins, surtout du sein droit. L’épiderme de la face antérieure de la poitrine se desquame en petites lamelles. Pas d’albumine dans l’urine. Flux lochial nul depuis deux ou trois jours. Commence à perdre un peu de sang le soir. Elle s’est levée aujourd’hui une demi-heure pour la première fois, et n’a pas marché. L’écoulement de sang a commencé très peu pendant qu’elle était levée. Je prescris : cataplasme féculent sur les seins qui seront soutenus. Huile de ricin, 15 grammes. Au lieu de deux portions une seule.
Soir. — Céphalalgie. Desquamation de l’épiderme à la face antérieure de la poitrine.
8 février. — Va bien, à part la douleur d’engorgement du sein droit. Desquamation abondante aux hypocondres et aux flancs, moindre à la face antérieure de la poitrine ; au visage et à la face posléro-inlerne des cuisses, soupçon de desquamation. Celle de l’hypocondre se fait par lamelles, larges comme des pièces de 0,20 centimes pour quelques-unes. La langue reste pâle et ne sa desquame point. Appétit diminué. Langue blanche, large, humide, 6b pulsations. Souffre toujours du sein qui est enflammé. La desquamation continue. La céphalalgie a disparu. Continue à perdre son sang en quantité notable, qui lorme sur la chemise de larges taches bien rouges, bien qu’elle
ne se soit levée ni le 7 février, ni le 8 février. L’urine limpide ne renferme pas d’albumine.
10 février. — La desquamation continue par larges plaques comme des pièces de 0,50 et de 1 franc sur les flancs et aux hypocondres, un peu au visage dans le dos et les cuisses à leur partie supérieure. Langue blanche non expoliée, va bien. Apyrexie. Le sein droit est encore douloureux, mais en meilleur état. Continue à perdre du sang pur en quantité égale à la moitié d’une menstruation ordinaire. Pas de douleurs lombaires ou utérines concomitantes. Utérus peu perceptible à la palpation hypogastrique, vu sa rétraction et la fermeté des parois de l’hypogaslre, se Lrouvc bien d’ailleurs.
12 février. — Continue de perdre, comme les jours précédents, du sang pur liquide, avec de petits caillots. Douleur lombaire.
L’utérus est bien rétracté et disparaît dans l’excavation. Eprouve depuis une huitaine de jours une légère douleur à la pression de la partie inférieure de la fosse iliaque gauche.
Soir. — 88 puis. Un peu de malaise. Continue de perdre du sang. Pas de frisson ni de céphalalgie. Douleur assez vive à la pression au niveau de l’ovaire gauche.
14 février. — Continue de perdre encore du sang, un peu moins pur peut-être, et, paraît-il aussi, en moindre abondance. P. = 88. La douleur augmente dans la région de l’ovaire gauche où l’on perçoit une sorte de léger empalement. La moindre pression y est douloureuse. Desquame encore. Pas d’albumine dans l’urine.
15 février. — Va bien et demandesa sortie. Cependant l’écoulement sanguin quoique diminué, n’est pas encore complètement fini, et la douleur iliaque gauche, quoique moindre, n’a pas complètement disparu. La malade s’est toutefois levée hier et n'en a point souffert. Apyrexie. Va bien. Enfant mort.
Observation V (inédile) (1).
Cette observation qui nous a été communiquée par M. le D'Guéniot, a été recueillie parM. le DrMichou, ancien interne des hôpitaux.
Lel'l août 1860, me trouvant à Estissac (Aube) chez un confrère, je suis appelé à voir à 9 heures du matin, à Neuville-sur- Vannes, M,no M..., femme enceinte de 9 mois, laquelle depuis 3 heures du matin éprouvait des douleurs lombaires.
M,no M.... est âgée de 20 ans, grande, d’une forte constitution, d’une santé excellente, d’un embonpoint modéré ; teint peu coloré, Sa grossesse a été très bonne, à peine a-t-elle eu quelques vomissements glaireux le malin pendant les premières semaines ; un peu d’œdème des malléoles tous les soirs en rentrant des champs depuis lo jours seulement. Mme M.... n’a pas cessé un seul jour de travailler aux champs, le 10 elle s’occupait encore à 8 heures du soir de la rentrée delà récolte. Dans le dernier mois il s’est écoulé du lait par les seins.
Le ventre est très volumineux, fortement proéminent. Le col très élevé dans le bassin et rejeté en arrière, est mou, flasque et nullement dilaté. La malade a été le malin à la garde-robe , elle urine bien ; elle a déjeuné d’une tasse de café au lait. Les douleurs quelle ressent sont insignifiantes, reviennent irrégulièrement; cependant la malade s’en préoccupe beaucoup, s’en effraye même. J annonce que la terminaison du travail n’arrivera pas avant le soir, et je 'me retire en recommandant de m’appeler si les douleurs deviennent plus intenses.
A midi on m’appelle, les douleurs ayant augmenté à 10 h. 1 jl.