Thèse de M. Durand
Le col csl dans le même état ; à Iravei s les parois je constate une présentation de la tete. La malade étant couchée, je reconnais par la palpation qu’à droite et un peu au-dessus de l’ombilic il existe une tumeur dure, volumineuse, arrondie, et qu’au niveau de la ligne blanche il y a une dépression ; qu’à droite et un peu plus bas il y a une autre tumeur, moins grosse, bien moins dure, moins volumineuse.
Quoique l’auscultation ne me permette pas de constater l’existence des bruits du cœur fœtal, je n’hésite pas à annoncer que la femme est très probablement enceinte de deux enfants, et je recommande de se procurer en hâte une seconde layette. Le décubilus causant à Mme M... de violentes douleurs lombaires ; elle préfère rester assise ou debout, quoiqu’elle reconnaisse ellemême que ces positions la fatiguent. Les contractions ont lieu régulièrement de 10 en 10 minutes, sont peu énergiques et très douloureuses. Parfois entre deux contractions la malade s’endort d’un sommeil calme. Son visage n’est pas altéré : elle n’a ni nausées, ni frissonnements. La respiration est facile. Le pouls à 72 est régulier et normal. La malade vient d’uriner.
A 2 heures, la tête est fortement engagée ; la dilatation du col à la longue d’une pièce de 2 francs. Les contractions ont les mêmes caractères ; il semble à la malade que son ventre va descendre entre ses jambes. A 6 heures les dçmleurs deviennent intolérables, je donne à la malade un bain de siège de 3/4 d'heure (il n’était pas possible de se procurer de baignoire). Elle en éprouve un notable soulagement. A 8 heures l’orifice est dilaté, la poche est volumineuse ; tête en première position du sommet. A 9 heures, les contractions cessent complètement et tout d’un coup la malade est dans de bonnes conditions.
Quoiqu’elle soit primipare, je n’hésite pas à lui administrer 0,50 centigrammes de seigle ; quelques minutes après, le travail commence avec lenteur, mais régulièrement. A 10 heures 1/4 je
romps la poche, et il s’écoule une quantité modérée de liquide ; 12 à 15 minutes après, une quantité à peu près égale s’écoule de nouveau, cl ainsi de suite de quart d’heure en quart d’heure, il s’en écoule par 5 fois. La tète était à la vulve. La femme se trouvait bien. Le travail quoique lent était régulier. J’avais annoncé qu'il allait être terminé en peu de temps lorsqu’à 11 heures environ, 1/4 d’heure après la dernière perte de liquide, la femme cesse de se plaindre ; elle devient tout à coup d’une pâleur mortelle ; elle perd connaissance ; le pouls radial est insensible ; les battements de cœur sont à peine perceptibles ; la respiration est lente, profonde, incomplète. Je m’empresse de faire ouvrir les fenêtres. Je mets la malade dans une position horizontale ; je lui projette de l’eau fraîche au visage ; je lui fais appliquer des sinapismes aux mollets ; je passe du vinaigre sous les narines. Je titille la luette avec les barbes d’une plume. Après quelques minutes, elle ouvre largement les yeux. Le pouls radial redevient perceptible, mais il est lent et très faible. La malade fait de violents efforts de vomissements, et finit par rejeter le café qu’elle avait pris le matin à 8 heures et qui n’était pas digéré :
Cependant la connaissance ne revenait pas. Les idées étaient vagues. Elle ne reconnaissait pas les personnes qui l’entouraient. Un hoquet très pénible était survenu. Je n’avais à ma disposition pour le combattre que de l'eau fraîche. Donnée goutte à goutte, celte eau suspendait le hoquet pour quelques instants. J’avais envoyé demander à Estissac le forceps d’un confrère. A minuit la malade n’avait pas encore entièrement repris connaissance. Une application de forceps nous donne un enfant du sexe masculin, de grosseur moyenne, bien vivant. La main introduite dans l’utérus aussitôt après la section du cordon, constate l’existence d’un deuxième enfant en présentation pelvienne complète. Ce deuxième enfant est amené au dehors. C’est un deuxième
garçon plein de vie, un peu moins gros que le premier (je n’ai pu les peser). A peine esl-il né que la mère revient tout à fait à elle. Craignant une hémorrhagie, car l'utérus était resté volumineux, je donne 0,50 de seigle. Vingt minutes après la matrice seréLracle. Les deux placentas sont extraits simultanément. Ils sont indépendants.
La malade avait perdu peu de sang. Elle ne se plaignait que de douleurs vagues dans le ventre, principalement à gauche. Je la mets à sec. Je recommande de ne lui donner que de l’eau sucrée légèremeut rougie, si elle demande à boire. J’ordonne de respecter son sommeil dont elle a grand besoin, tout en surveillant au point de vue de l’hémorrhagie, et je la quitte à 1 heure et demie. Elle s’était endormie demi-heure après sa délivrance, aussitôt qu’elle avait été à sec.
Le 12 août, 9 h. du malin. — La malade a presque toujours dormi d’un sommeil tranquille. Le pouls à 72 est régulier, un peu développé. Pas d’émission d’urine. Douleurs dans le ventre à gauche exaspérée un peu par la pression; les annexes de ce côté sont un peu gonflées. Bouillon dégraissé coupé de moitié d’eau. Cataplasme sur le ventre renouvelé toutes les 2 heures sans découvrir la malade.
Le 13. — La malade va très bien, plus de douleurs de ventre; les lochies vont bien, moins faciles à émettre. Pas de selles. Grand lavement d’eau de guimauve. Potage. Eau rougie. Un peu de poulet sans pain.
Le 14. — La malade se dit très bien. La face csL rouge. Tout le corps est en moiteur. Le pouls esl à 83, large, développé. Les seins sont tendus, fortement développés. Potage seulement. Eau rougie.
Le 15 à 3 heures du soir. — Le père m’appelle en hâte. La femme, dit-il, a cessé d’avoir la flèvre à minuit. Se trouvant très bien ce malin, elle s'est levée à 11 heures malgré ma défense.
Peu d’inslauls après, elio s’esl senlie fatiguée et s’est remise au lit. Elle était rouge sur tout le corps. En effet, je la trouve couverte d’un pointillé rouge très confluent, lequel n’a l’aspect ni de la rougeole, ni de la scarlatine, mais est intermédiaire entre les deux. Le pouls est à 96-100 ; la peau est chaude, la langue est large et blanchâtre ; la malade accuse de la fatigue dans les membres et de la douleur dans les jointures, un peu de mal de gorge et de céphalalgie. Je ne savais que penser de cette éruption que je ne pouvais caractériser. Je mécontentais de prescrire une infusion légère de tilleul tiède. Et je restreignais l’alimentation à des bouillons. Pour la nuit je prescris un julep diacodé que l’on donnera à la malade si elle ne dort pas, ou si le sommeil est agité.
Le 16 au matin. — La malade a dormi d’un sommeil un peu agité. Elle s’est souvent éveillée, se plaignant d’être brisée. Elle est dans le même état que la veille. Même prescription.
Le soir, à partir de 3 heures, l’éruption pâlit. A 9 heures, il n’en reste pas de traces, et la malade se dit très bien, quoiqu’affaiblie. Tout s’est ensuite passé le mieux du monde. Quant aux deux enfants allaités par la mère ils vont très bien.
11 n’y a pas eu de desquamation.
Observation VI (personnelle) (1).
Recueillie dans le service de M. le D' Moutard-Martin.
Mmo J..., femme d’un peintre en bâtiments, âgée de 23 ans, entre le 10 juillet 1887, salle des femmes, lit 22, dans le service de M. le Dr Moutard-Martin pour une hydropisie généralisée, principalement aux membres inférieurs et au niveau du bas-ventre. Il y a manifestement de l’ascite. Teinte blafarde, cachexie pro-