‹ La RougeoleChapitre 31 sur 67 · L. Progrès médic · texte numérisé non relu

L. Progrès médic

La terminaison est le plus souvent fatale, la mort survenant au milieu de l’adynamie ou de phénomènes nerveux. A ce propos, la rougeole hémorrhagique d’emblée est la plus grave et ne pardonne pas. Cependant la guérison n’est pas impossible, et les chances de survie seraient d’autant plus grandes que les hémorrhagies apparaîtraient plus tard après l’éruption (d’Espine 1 ).

Au point de vue du diagnostic, il ne faut pas perdre de vue que c’est la coexistence des hémorrhagies et des phénomènes généraux graves qui constitue la rougeole hémorrhagique : l’apparition d'un épistaxis, d’une métrorrhagie dans le décours d’une rougeole normale, n’a aucune valeur défavorable et ne constitue pas évidemment le syndrome que nous venons de décrire.

J'ai déjà parlé plus haut des caractères qui le distinguent de la rougeole confluente avec ecchymoses au niveau des taches.

L’existence du catarrhe spécifique, la constatation faite de l’éruption rubéolique à un certain moment, avec ses caractères classiques, l’étude attentive du temps écoulé depuis le début des accidents permettront de séparer la rougeole hémorrhagique des autres fièvres éruptives de même nature : scarlatine , variole, — et des différentes formes du purpura et de la maladie de Verlhof.

Il suffira, je pense, de mentionner l’érythème noueux, — ou Y urticaire à forme ecchymotique

formes cliniques.

pour qu’on évite une aussi grossière confusion.

Rougeole ataxo-adynamique. — La prédominance des accidents nerveux et la gravité des symptômes — généraux permettent de décrire à part cette forme, qui, il faut le dire, est le cortège habituel de la rougeole hémorrhagique. De même que celle-ci, la rougeole ataxique est peu fréquente. .

Dès le début, la maladie accuse son caractère -y de ""gravité. Une prostration inaccoutumée, une céphalée violente, des vertiges, de l’insomnie, de l’inquiétude, des convulsions répétées et tenaces, séparées par des périodes de coma ou de pesanteur de tête, des vomissements violents et répétés, accompagnés ou non d’une diarrhée profuse, tels sont les signes précurseurs qui peuvent mettre sur la voie du diagnostic un médecin attentif à la valeur des symptômes. ÿ

Dans d’autr es circonstances, au contraire, rien dans cette période ne peut faire prévoir une forme aussi redoutable, et ce n’est qu’après l’éruption cutanée que les accidents nerveux apparaissent. Cependant dans ces cas on note que la première période traîne un peu et on y observe une hyperthermie anormale et des phénomènes nerveux insolites dont il est prudent de toujours s’inquiéter une fois la maladie confirmée.

Le pouls est irrégulier, très fréquent, marquait 140, 150, 160 pulsations; la température se maintient à 40° et plus. La langue et les lèvres sont sèches et se recouvrent de fuliginosités. Les mala-

des sont plongés dans la stupeur ou délirent avec des convulsions. Les accidents peuvent être tels

- que la mort survient dans l’abattement ou les con-

yT J vulsions avant l’apparition de l’exanthème. Sino'n, la période d’invasion est allongée, l’éruption, tardive, se fait mal. Elle débute d’une façon insolite,par le dos ou par le tronc ; elle est pâle ou livide, mal sortie, discrète, fugace.

Les phénomènes nerveux, convulsions, coma, adynamie, qui avaient paru s’amender au moment de son apparition, reprennent une intensité nouvelle.

Le pouls se précipite et devient d’une petitesse extrême. La tension artérielle baissant, on note, à coté del’hyperthermie centrale, du refroidissement périphérique, du collapsus, de l’anurie, avec sécheresse de la peau ; symptômes au milieu desquels le malade succombe de trois à quatre jours après l’éruption. Dans d’autres circonstances, des hémorrhagies cutanées et viscérales confondent cette forme avec la rougeole hémorrhagique : preuve de l’unité d’origine.

Si le malade échappe à ces accidents redoutables, il reste exposé à des complications non moins grandes, au premier rang desquelles il convient de ranger la gangrène. Dans le cours de la maladie, on peut aussi constater des manifestations d une importance insolite sur la muqueuse : principalement sur celles du poumon ou de 1 intestin.

Le pronostic est presque toujours fatal; cependant si la maladie a frappé des enfants ou des adul-

formes cliniques.

tes vigoureux, et surtout si l’on intervient hâtivement en soumettant dès la première heure les malades à la balnéation froide, on peut avoir des succès qui paraissent de véritables résurrections Le diagnostic précoce de cette forme a donc de l’importance. On devra y songer lorsque les prodromes s’accompagneront des phénomènes nerveux insolites que nous avons signalés, lorsque leur durée s’allongera. On devra surtout se préoccuper de l’hyperthermie précoce et persistante, surtout si, en l’absence de toute complication viscérale apparente et surtout pulmonaire, elle existe au moment de l’éruption cutanée; si celle-ci est mal sortie, insolite dans son début, fugace dans son évolution ou anormale dans sa nature (hémorrhagique). ,

Le diagnostic différentiel dans les cas isoles pourra être difficile avec la méningite chez les enfants et avec la grippe à forme nerveuse, qui peut elle aussi s’accompagner d’un léger catarrhe des muqueuses. Mais plus souvent les conditions épidémiques dans lesquelles elle se développe seront d’un grand secours pour le diagnostic. ^ C’est surtout à cette forme qu’on devra appliquer le traitement par les bains froids (Dieulafoy). L’hyperthermie, les accidents nerveux, l’état serré du pouls, l’anurie en seront les principales indications.

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