Dictionnaire
de propagation le plus habituel de la rougeole, pour un certain nombre d’observateurs. Elle peut s’effectuer et s’effectue sûrement par contact avec le malade. Dans ce cas, il y a transport direct et tangible du germe de l’individu malade à l’individu sain. C’est ainsi qu’elle se développe, dans les familles, entre enfants de familles amies ou entre camarades d’une même classe. La contagion se fait soit par l’inoculation directe des produits de sécrétion, soit par le contact des vêtements, linges, mouchoirs, imprégnés des mucosités du malade.
Dans d’autres circonstances, il suffit, d après M. Sevestre, que le sujet en réceptivité s’expose dans ce qu’il a appelé la zone dangereuse du malade, zone dangereuse dont l’existence a été niée, comme nous le verrons plus loin. Ici, c est 1 atmosphère qui sert d’intermédiaire à la contagion Il suffit de quelques instants pour que celle-ci se fasse. Ces conditions sont réalisées dans les services hospitaliers, où les infirmières, dans les premiers jours qui suivent leur entrée dans les services d’isolement de la rougeole, prennent souvent la maladie, alors même qu’elles l’ont eue dans 1 enfance. C’est qu’en effet, il y a là une influence de masse qui n’est pas à négliger, et qui joue un grand rôle dans le développement de la maladie chez les sujets réfractaires jusque-là, ou qui ont 1 immunité acquise. Cependant il y a des sujets qui semblent réfractaires même à cette contagion intensive.
Il y a à l’hôpital des Enfants-Malades une infir-
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mière qui n’a pas eu la rougeole étant enfant, et qui ne l’a pas prise dans son service. Elle est à la salle des rougeoleux depuis six ans. Une autre, par contre, qui avait eu la rougeole dans son enfance, en a contracté une nouvelle qui a débuté treize jours après son entrée dans le service.
UI. Contagion indirecte. — Le peu de persistance du germe contage, en dehors de l’individu, doit rendre ce mode de contagion beaucoup plus rare que la contagion directe, en dehors des hôpitaux ou des épidémies intenses; mais on ne saurait cependant en nier l’existence, bien qu’il soit beaucoup moins fréquent que dans certaines maladies, la scarlatine par exemple. Diverses conditions^ paraissent bien le rendre plus facile : c’est, d’une part, l’existence d’une épidémie, et da l’autre le séjour prolongé ou journalier de la tierce personne dans une atmosphère très contaminée. C’est ainsi que dans le cours des épidémies, différents observateurs ont cité des cas bien authentiques de rougeoles développées loin du foyer épidémique, a la suite du séjour d’une personne non malade provenant de ce foyer. Panum en a rapporté des exemples cités dans la thèse de Béclère. Kessler en a vu un cas bien remarquable 1 , qui lui est
1. Un homme venant d’un village où règne la rougeole et ayant lui-même ses enfants malades de la rougeoie, vient rendre visite à un ami dans une localité voisine. Celle-ci est absolument indemne. Pendant que les deux hommes causent un enfant de la maison âgé de neuf mois reste dans ia
propre, et un autre qui lui a été rapporté par Muller, médecin sanitaire de la circonscription. Croskary contagionna ainsi son propre enfant.
Le rapport de M. P. Courrent (de Touohan) rapporte des faits très nets de contagion indirecte, et qui prouveraient qu’une épidémie peut avoir pour point de départ une personne saine ayant été en contact avec les rougeoleux.
Le 21 janvier 1887, une jeune fille d’un village appelé Paziols est atteinte de rougeole. Le 9 février, trois enfants d’un village voisin Nouvelle, sont pris en même temps de toux et de catarrhe oculo-nasal,et le même jour, à Touchan, autre village, deux autres enfants sont pris. Or la malade de Paziols a été visitée par sa belle-sœur, mère des enfants de Touchan, et les parents des enfants de Nouvelle sont en relation d’amitié et de parenté avec celle-ci.
M. Giron, loe. cit., a cité aussi un cas des plus nets : Une petite fille présente les prodromes de la rougeole le 15 août; elle est immédiatement isolée de son frère. Or, le 3 septembre, 19 jours après, celui-ci tombe malade à son tour. La mère, qui soignait sa fille, s’est occupée dans la chambre de celle-ci des vêtements de son petit garçon, qui y sont restés en permanence pendant l’invasion et l’éruption du premier cas ; la malade même a pu y toucher, et le petit garçon s’en est servi au fur et à mesure de ses besoins.
M. Gelly (Rapport académique au ministre, par M. Bucquoy, 1882) signale un cas d’importation de la rougeole dans une agglomération saine, par une jeune fille non malade venant d’un pays voisin contaminé.
chambre, et quelques jours après, il fut atteint d’une rougeole qui fut très grave. ( Berlin . klin. Woch., 1886.)
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Dans l’épidémie qui sévit, à Vienne (Isère), sur le 8 6 régiment de hussards, M. le docteur Tartière rapporte qu’il contagionna son ènfant, qui habitait à deux kilomètres de la caserne, dans une maison isolée. (Rapport au ministre, 1889, par M. Bouchard.)
M. Fiessinger (ibid.) a observé- à Oyonnax (Ain),un cas de contagion double par une plaque de coton, qui avait été placée quatre mois auparavant sur la poitrine d’un morbilleux.
Il semble donc que les personnes saines vivant dans un foyer épidémique intense, comme ceux qu’on peut observer dans un village indemne depuis longtemps, puissent transporter avec elles des germes nocifs. Il y a probablement, du fait de l’épidémie, une exaltation dans la virulence du microbe, qui lui permet de conserver plus longtemps ses propriétés. Peut-être faut-il tenir.compte aussi comme dans tous les cas semblables, de l’époque plus ou moins avancée de la maladie, au moment où la tierce personne s’est imprégnée du germe.
La seconde condition favorable au développement de la contagion indirecte est, avons-nous vu, le séjour prolongé dans une atmosphère très contaminée, comme celle des salles d’isolement dans les hôpitaux, par exemple. Franz Mayr et d’autres ont insisté déjà sur cette circonstance ; mais il semble acquis que, pour que la contagion seréalise,. il faut que la transmission se fasse dans un temps court et à une faible distance. Les conditions de transmission de la rougeole par une personne saine ou par des objets ayant appartenu aux roügeoleux
ont été étudiées par M.. Grancher dans plusieurs communications ou leçons. Il en rapporté de nombreux exemples. Ce sont les étudiants en médecine, les infirmières, les surveillantes, enfin toutes les personnes qui donnent des soins habituels aux malades, ou qui vivent d’une façon permanente dans leur atmosphère, qui sont les agents les plus certains de la transmission indirecte. Elle peut se faire également par les linges, draps, mouchoirs, jouets, etc., servant ou ayant servi aux rougeo-
leux. .
Mais ici encore, pour que la contagion se lasse, il faut qu’il s’écoule un court intervalle de temps entre le contact avec le malade et avec l’infecté.
La contagion indirecte semble être le mode de transmission le plus probable dans les hôpitaux d’enfants. MM. Grancher, Hutinel et Deschamps ont montré qu’à l’hôpital, la rougeole ne frappe pas tous les enfants susceptibles de la prendre, et qu’au contraire, le plus grand nombre ne sont pas contagionnés. Contrairement à ce qu’on avait admis, ces observateurs ont constaté que, le plus souvent les lits voisins des rougeoleux restent indemnes, et que ce sont les malades couchés à l’extrémité de la salle qui sont frappés de préférence, soit dans la même rangée de lits, soit dans la rangée du côté opposé, à dix ou vingt mètres du foyer. M. A.-J. Martin pense cependant que les infirmières ou les tierces personnes ne doivent pas être seules incriminées, et que l’atmosphère peut jouer un rôle dans la dissémination des germes
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issus du malade. Il y aurait à étudier à cet égard, dit-il, les mouvements d’air autour de celui-ci et l’influence exercée par le nettoyage et le balayage de la salle.
Quoiqu’il en soit, les règles de la propagation de la rougeole dans les hôpitaux d’enfants ont été formulées ainsi par M. Grancher :
L’agent contage de la rougeole, s’il se transmet par l’atmosphère, n’est pas très diffusible, car dans une salle d’hôpital d’enfants, où pénètre par erreur un rubioleux, le plus grand nombre des enfants susceptibles de prendre la rougeole échappent à la contagion.
La contagion de la rougeole se fait par petites épidémies qui s’éteignent spontanément et ne renaissent qu’après l’entrée, dans.les salles, .d’une nouvelle rougeole.
Si la contagion de la rougeole se fait par l’atmosphère, cette contagion n’est pas limitée à la région voisine du malade, et il n’existe pas autour des rubioleux une zone dangereuse de quelques mètres.
La contagion de la rougeole peut se faire sûrement par le transport à distance des germes contagieux à l’aide des mains ou des vêtements d’une tierce personne.
Tous les cas de contagion survenus dans nos salles à toutes distances des rubioleux et dans toutes les directions peuvent s’expliquer très bien par ce mode de contagion.