CHAPITRE XII
PROPHYLAXIE
Prophylaxie- - Des règles concernant le malade et les personnes qui le soignent ou qui'en approchent.
Prophylaxie dans les-hôpitaux, dans les écoles, dans les casernes, dans les villages.
Prophylaxie.
Les règles qu’il convient de suivre pour éviter autant que possible les possibilités de contagion comprennent :
1° Les règles de prophylaxie individuelle et celles qui concernent les personnes saines qu’on est amené à fréquenter;
2° Les règles de prophylaxie applicables aux agglomérations : hôpitaux, écoles et collèges, pensionnats, casernes, villages, etc., surtout quand ces agglomérations, comme les hôpitaux d’enfants ou les asiles, sont composées de sujets qui n’ont point
prophylaxie.
acquis l’immunité par une atteinte antérieure.
Ces mesures de prophylaxie devront être prises avec d’autant plus de soins que les enfants à isoler seront plus jeunes, et que l’épidémie sera plus dangereuse par ses complications ou par elle-même.
1. — La prophylaxie individuelle , pour les personnes que leur profession expose au contact des rougeoleux, consiste à éviter les chances de contagion directe ou indirecte. Elles peuvent se résumer ainsi : éviter de séjourner sans motif dans la zone dangereuse; de toucher aux linges souillés; de s’exposer à recevoir, par les quintes de toux, ou à s’inoculer soi-même involontairement sur les muqueuses les sécrétions provenant du malade; on se lavera les mains après chaque examen dans des solutions antiseptiques. En réalité, ces précautions sont plus théoriques que pratiques, et avec ce que nous savons sur l’extrême contagiosité de la maladie, elles pourraient paraître illusoires, si nous n’avions vu que l’inoculation intensive chez les sujets réfractaires peut rompre l’immunité, et si, d’autre part, ces précautions n’étaient la préface obligée des règles de prophylaxie auxquelles le médecin doit s’astreindre pour éviter de porter avec lui les germes de la maladie et d’en contaminer les personnes saines.
L’isolement absolu du malade est la seconde condition indispensable pour empêcher la diffusion de la maladie. Pendant toute la période d’invasion et d’éruption, cet isolement sera radical. Pénétreront
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seules dans la chambre du malade, les personnes strictement nécessaires pour lui donner des soins. Les enfants et toute autre personne de la maison susceptible de prendre la maladie ne devront avoir aucune communication avec lui, soit directe, soit indirecte ; le mieux, quand la chose est possible, serait de les envoyer hors de l’appartement, chez des parents ou chez des amis, pendant plusieurs jours. Malheureusement cette mesure n’est rigoureusement applicable que dans le cas où la rougeole, en raison de circonstances qui attirent sur sa possibilité l’attention du médecin, est diagnostiquée dès les premiers symptômes de l’invasion. Dans le cas contraire, il vaut mieux, croyonsnous, s’abstenir et laisser les enfants simplement dans une chambre éloignée de celle du malade. Car, pour peu qu'on tarde à faire son diagnostic, tous les enfants susceptibles d’être contagionnés le sont, et, le plus souvent alors, cette mesure, excellente en soi, ne sert qu’à créer au bout de quelque temps — le temps de l’incubation — un nouveau foyer et à disséminer la maladie dans une autre famille, circonstance que celle-ci pardonnera peu au médecin.
Les personnes qui donnent des soins au malade seront-elles ainsi astreintes à un isolement rigoureux? Cette manière 1 d’agir rencontre en pratique des difficultés parfois très grandes.On ne permettra, en tout cas, le contact qu’après un lavage antiseptique complet des mains et de la figure, et qu’après avoir fait changer de vêtements des pieds àla tête.
prophylaxie.
Ces précautions ne sont évidemment pas applicables au médecin, qui ne saurait changer de vêtements chez chacun de ses malades. Cependant il existe un certain nombre de faits publiés (Voyez Contagion indirecte) dans lesquels le médecin semble bien avoir porté avec lui la contagion. Ces exemples, quelque rares qu’ils soient, obligent celui-ci à quelques précautions. C est d abord, en temps d’épidémie, comme le propose M. Lardier (de Rambervillers) de voir tous ses malades rougeoleux les uns après les autres et après les autres malades de sa clientèle; c’est là une prescription àlaquelle on peut , se soumettre dans une petite ville, mais qui est inapplicable dans les grands centres. Le mieux est de n’entrer dans la chambre du malade qu’après avoir emprunte dans la famille et revêtu un vêtement spécial, ou mieux d exiger une blouse, en toile qui restera à demeure dans la maison. Après son examen, le médecin, ayant quitte sa blouse, se lavera les mains et la figure avec une solution antiseptique, et retrouvera dans l’antichambre ses vêtements ordinaires qu’il y aura déposés.
Les linges, les vêtements, la literie du malade seront l’objet d’une désinfection particulière pendant et après la maladie. Tout ce qui aura servi au malade sera mis à part, pour être desinfecte; on en évitera le mélange avec le linge' sale des personnes saines.de la famille. Rien ne sera donné a la blanchisseuse avant désinfection.
Ges mesures,qui peuvent paraître excessives dans la grande majorité des cas, trouvent cependant leur justification dans les cas de contagion indirecte dont nous avons parlé. Disons cependant que leur non-observation n’a pas des conséquences
aussi graves que pour certaines maladies, la diphtérie, le choléra par exemple.
Cependant ils sont commandés par la prudence, dans l’impossibilité où nous sommes encore à l’heure actuelle de juger si les locaux peuvent rester contagieux ou non, et si les cas qui ont été publiés 1 de contamination au bout d’un an par des locaux infectés par un rougeoleux sont l’expression exacte des faits ou peuvent recevoir une autre interprétation.
A quelle époque peut-on permettre la vie en commun d'un rougeoleux avec le reste de la famille? 11 est probable qu’on pourrait diminuer sans danger la plupart du temps la période d’isolement; mais il vaut mieux fixer ce temps à quinze jours pour les rougeoles simples. Au bout de ce temps, le malade sera baigné, savonné, désinfecté avec un savon antiseptique, par exemple, sans oublier les cheveux. Il prendra ce bain dans une chambre voisine de celle où il aura été isolé, et revêtira là des vêtements neufs, sans pouvoir rentrer dans la pièce où il a été malade. Il pourra alors être rendu aux siens ; mais il sera bon, pour plus de précautions, de recommander à ses frères et à Ses sœurs de s’abstenir encore pendant quelque temps des manifestations de tendresse habituelle, lorsque le convalescent reprend sa place au milieu de tous. Ces prescriptions, relatives au temps, ne
1. Cii. Eloÿ, Hernie gen. de clinique et de tlafrap. — Geschwind, Arc h. de mdd. et de pharmacie militaires, 1886.
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doivent être envisagées ici qu’au point de vue de la prophylaxie, abstraction faite de la maladie ellemême et de sa gravité, qui peut nécessiter un se iour au lit plus prolongé. Nous retrouverons^ point et les médications qui en découlent au chapitre du traitement et en parlant des complications.
u . La prophylaxie dans \es agglomérations d'in¬
dividus est des plus importantes, surtout lorsqu 1 S’a°'it d’agglomérations de sujets que leur âge ou leur réceptivité par absence d’immunité expose sûrement à la contagion. Elle concerne les écoles ou collèges, les casernes, les hôpitaux, infirmeries, dispensaires, les villages ou hameaux dans lesquels la rougeole n’est pas endémique comme dans les grandes villes, mais sévit par épidémies separees par un intervalle de temps plus ou moins long, enfin dans les villes. •
Dans les écoles, collèges, asiles, la surveillance du médecin à qui incombe ce soin doit être en temps d’épidémie de tous les instants. Elle doit être d autant plus vigilante que ces établissements reçoivent des élèves externes dont on ne peut connaître sûrement tous les jours la situation sanitaire, soit personnelle, soit familiale. 11 est bon en pareille circonstance d’imiter la pratique de M. Sevestre (Études de clinique infantile ) et de mettre les maîtres ou maitresses.au courant des premiers symp- ’ tomes de la maladie, afin de permettre de prendre en temps voulu des mesures d’isolement efficaces.
L’entrée dans les classes devra être rigoureu-
sement interdite à tout enfant présentant des symptômes suspects, qui sera, ou rendu de suite à sa famille, ou isolé dans une salle spéciale de l’établissement.
Mais la plupart du temps, ce n’est point ainsi que les choses se passent, et le premier cas de rougeole n’est en général signalé que par l’éruption.
Le malade a donc fréquenté pendant la période active du contage ses camarades,qui sont, dès lors, tous des suspects. Il est alors important de soumettre ceux-ci à une surveillance jusqu’au moment où,la période d’incubationétantpassée depuis quelques jours, on peut être sûr que ceux qui n’offrent aucun symptôme anormal ont échappé à la contagion. Le licenciement en bloc des élèves est une mesure non seulement inutile 1 , mais dangereuse, puisque avec chaque enfant contagionné renvoyé dans la famille on va créer un nouveau foyer de contagion et disséminer un peu partout la maladie.
Il vaut donc mieux se borner aux préceptes suivants : A partir du septième ou huitième jour après l’apparition des prodromes du premier cas, les élèves externes seront maintenus en surveillance chez leurs parents et séparés de leurs frères et sœurs. Les élèves internes ne devront avoir aucune communication pendant ce temps avec les élèves des autres salles et dortoirs. Passé le quinzième jour après les prodromes du premier cas, ceux qui
1. Voir le rapport de M. Siredey au ministre on 1884. {Acad, de médecine, 1886.)
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ne sont pas tombés malades, pourront être considérés comme ayant échappé définitivement a la contagion. Cette manière d’agir, qui, il est vrai, expose ceux qui n’avaient pas été contagionnes p ^premier casà la contagion de 1.
aui se fera, a l’avantage cependant d éteindre sur place le foyer et de s’opposer a la diffusion. Les non malades seront encore maintenus en quarantaine pendant une quinzaine de jours, apres quoi, si aucun cas ne s’est produit, ils peuvent être considérés comme indemnes, et l’épidémie comme
éteinte. , ,• '■
Dans le cas où le licenciement est ordonne, on agira vis-à-vis des internes rentrés dans leurs foyers comme nous l’avons vu faire pour les externes- on pourra permettre au bout de quinze jours aux enfants frappés de rentrer en classe. Mais pendant tout le temps de la maladie les frères et les sœurs devront être eux aussi exclus des classes pendant la même période de temps. Il en sera de même des voisins de classe immédiats ou de tous les élèves, si le licenciement en bloc a été ordonne.
Ce sont ces principes qui doivent guider également pour la prophylaxie dans les casernes. G est par chambrée que la maladie procède. L évacuation, par le reste des troupes, des locaux voisins, mais non contaminés doit être la mesure d’urgence. Ajoutons que dans aucun cas l’autonte militaire ne devra diriger des recrues sur un corps de troupes où sévit la rougeole. C’est aux médecins du corps, qui en ont le devoir et le droit, à s’opposer a
.cette mesure par tous les moyens en leur, pouvoir.
La question de la prophylaxie dans les hôpitaux et dans les salles de consultation a fait un grand progrès depuis quelques années. Depuis la thèse de Béclère, qui réclamait l’isolement des rougeoleux jusque-là confondus dans les salles communes, la prophylaxie de la rougeole a été l’objet de travaux dus 'd MM. Grancher, Ollivier, Sevestre, etc. Ces travaux ont eu pour résultat de parfaire les mesures prises pour l’isolement des malades, et d’opposer à la contagion des pratiques d’antisepsie particulières.
La contagion à l’hôpital peut se faire : 1° dans les salles, soit par contact direct d’un rougeoleux, soitpar l’intermédiaire de médecins, élèves, sœurs, surveillantes, infirmiers, passant pour leur service du pavillon d’isolement à une salle commune; 2° elle peut se faire dans les salles d’attente de consultation ou dans les policliniques.
1° La contagion dans les salles communes était fréquente autrefois avant l’isolement des rougeoleux. C’est dire que la première règle de prophylaxie est de ne pas hospitaliser les rougeoleux .dans .les salles où sont soignés d’autres malades. L’incompatibilité de deux infections simultanées n’est plus aujourd’hui qu’une conception erronée ayant contre elle de nombreux faits. Mais la chose n’est pas toujours aussi facile à appliquer qu’à formuler .
Le problème est rendu plus difficile par ce fait, que la rougeole est surtout contagieuse à une époque
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où l’éruption caractéristique fait défaut, et pendant laquelle les erreurs de diagnostic sont plus frequentes et plus préjudiciables aux enfants de la même salle.
Comme nous l'avons vu plus haut, on peut admettre dans les salles communes un enfant atteint de rougeole par erreur de diagnostic, ou avec une bronchite rubéolique prémonitoire, ou bien un enfant en puissance de rougeole avant la période d’invasion, ou bien enfin un convalescent de rougeole avec bronchite 1 .
Si l’on veut bien accorder que cette dernière circonstance offre peu.de chance de contagion, il n’en est pas de même des trois autres.
Or pour éviter de ce chef toute chance de contagion il n’existe que deux moyens : ou l’isolement absolu des suspects, ou des pratiques d’antisepsie qui rendent peu probables les chances de con-
ta i!ïolement individuel des malades dans des chambres spéciales, avec une infirmière spéciale, comme le réclamait M. Richard à la Société medicale des hôpitaux, serait certainement la me ur la plus radicale. Mais on se heurte ici a difficultés matérielles et budgétaires insurmontables Le lazaret ainsi conçu reste donc pour 1 instant une chi-
m L’isolement des entrants dans des locaux spéciaux ne contenant pas plus de cinq à six lits a été