‹ La Roumanie et les JuifsChapitre 2 sur 68 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Quiconque possède une connaissance, même succincte de l'histoire de la Roumanie, sait que ce pays a passé par plus d'épreuves qu'aucun autre en Europe.

Pendant mille ans il eut à subir le flot continuel, sans cesse renouvelé des invasions barbares. Huns, Goths, Vandales, Slaves, Avares, Bulgares, Hongrois, Cumans, Petchénègues et Tartares le dévastèrent successivement.

Dès leur fondation, les Principautés de Moldavie et de Valachie eurent à soutenir, pour défendre leur indépendance, des luttes acharnées contre les puissants royaumes de Pologne et de Hongrie qui voulaient les soumettre à tout prix. Dans l'intervalle de ces guerres, souvent en même temps, les Roumains avaient à faire face aux fréquentes invasions de leurs terribles voisins de l'Est: les Tartares. On peut dire que tous les trois ans le pays était mis à feu à sang.

Bientôt survint un nouvel ennemi, plus puissant, plus terrible que les autres : les Turcs. Après une lutte, courte en Valachie, plus longue en Moldavie, après avoir été plusieurs fois dévastées, les deux Principautés se virent forcées de se courber sous le joug ottoman, de reconnaître la suzeraineté du Sultan et de lui payer un tribut, espérant par ce sacrifice sauver leur intégrité territoriale et leur autonomie et pouvoir vivre en paix sous une protection puissante.

Leur autonomie s'en alla lambeau par lambeau, une partie de leur territoire fut aliénée par la Porte.

Elles furent fréquemment le théâtre des guerres qui éclatèrent entre les Turcs, les Polonais, les Russes, les Autrichiens. Chaque fois les Principautés étaient affreusement dévastées, les Tartares enlevaient souvent des milliers de captifs. ,

En temps de paix, le peuple de ces pays n était guère plus heureux qu'en temps de guerre. Dès le dix-septième siècle, ce qu'on persistait à appeler 1 e s trônes de Moldavie et de Valacliie, étaient à celui qui en olïrait le prix le plus élevé aux vizirs et à leurs favoris: c'était une véritable mise aux enchères. L'acquéreur était presque toujours un étranger, pour la plupart du temps un Grec du Plianar, ignorant jusqu a la langue du pays. Sachant par l'exemple de ses prédécesseurs combien son règne devait être éphémère, il n'épargnait aucun moven d'exaction pour rentrer dans ses frais, mettre de cot!é afin de vivre largement^ après sa déposition et conserver, par de nombreux présents, la bienveillance de ses protecteurs à Constantmople.^

Le peuple était littéralement mis en coupe réglée. De plus, pour se conciher les grands et ne pas leur donner le prétexte d'intriguer à Constantinople en vue de leur déposition, ces princes éphémères toléraient tous leurs abus. .

Cette succession de calamités, loin de diminuer 1 attachement de la nation au sol du pays sur lequel elle se trouvait, ne fit que le stimuler. La nationahte roumaine est sortie intacte de toutes ces épreuves.

Quand il lui fut donné de connaître des temps plus calmes, le peuple roumain affirma sa vitalité et son droit de figurer parmi les nations européennes par les progrès rapides qu'il réafisa dans toutes les branches, par la sagesse de sa conduite poUtique et la volonté persévérante avec laquelle il sut triompher de tous les obstacles qui s'opposaient à l'union des deux Principautés sœurs et obtenir ce Prince étranger qui devait, enfin, lui donner la stabihté.

De même, quand le moment fut venu de secouer les chaînes du vasselage et de cimenter l'indépendance du pays avec leur sang, les Roumains, qui depuis des siècles n'avaient plus porté les armes surent, par la vaillance qu'ils déployèrent et par les qualités mihtaires dont ils firent preuve, mériter le respect de l'Europe. Depuis sa fondation, le jeune Royanme de Roumanie a été, en Orient, un élément d'ordre et de pro-

grès, sa politique un modèle de sagesse pour les nationalités voisines.

On ne saurait donc, sous aucun prétexte, contester à la nation roumaine le droit de considérer comme sa propriété exclusive le sol sur lequel, pendant plus de quinze cents ans, elle a supporté tant d'épreuves, sur lequel elle a, depuis un temps si court, réalisé tant de progrès.

Elle a le droit de veiller avec un soin jaloux au maintien de sa nationalité conservée au prix de tant de souffrances. S'il a toujours été dans ses traditions de praticjuer envers les étrangers venus sur son sol l'hospitalité la plus large, elle a le devoir impérieux de ne laisser aucun élément hétérogène usurper dans son sein une place trop considérable, de nature à nuire au bien-être de ses enfants et à mettre en danger leur avenir économique et national. Des étrangers absents aux heures d'épreuves, dont jamais ni le sang ni la sueur n'ont abreuvé le sol roumain, doivent se contenter, en Roumanie, de l'hospitalité généreuse qu'ils y trouvent: c'est aux Roumains, seuls, qu'il appartient de décider jusqu'où cette hospitalité doit aller.

Une partie considérable des étrangers jouissant des bienfaits de l'hospitalité roumaine ont élevé la prétention d'être, non des étrangers mais des indigènes établis depuis des générations en Roumanie et y ayant, par conséquent, le droit de cité qui leur serait injustement contesté. L'objet du présent livre est de montrer ce qu'il faut penser de cette prétention.

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