APERÇU HISTORIQUE
Trajaii. — Invasions barbares. — Dynastie des Bassaraba. Formation de la Moldavie. — Domination des Turcs. — Phanariotes. — Traite d’Andrinople. — Révolution de 1848. — Traité de Paris. — Union de la Moldavie et de la Yalaehie.
Au deuxième siècle de l’ère chrétienne, entre les Carpathes et le Danube, au bord du Pont- Euxin, s’étendait la région habitée par les Daces.
Trajan la conquit, et la Dacie trajanc, célèbre dans l’antiquité par ses mines d’or, eut pour capitale Sarmizegethusa.
Les colonies romaines attirèrent à leur tour des colonies espagnoles; entre ces éléments divers il se fit une fusion complète qui fut l’origine de la race roumaine qui nous occupera. ~ " *
D’emblée, elle eut à lutter pour conserver son foyer, car, pendant neuf siècles, l’ancienne Dacie trajane fut envahie par les Goths, les Huns, les Gépides, les Antes, les Bulgares, les Avares, toutes les bordes sauvages qui envahissaient l’Europe.
Les Roumains embrassèrent la religion du pa-
triarche Photius, et, au xne siècle, ils réussirent à échapper au joug des Barbares.
Au xmc siècle, la dynastie des Bassaraba, qui possédait déjà de grands territoires, affermit son pouvoir et posa les bases de l’Etat de la Valachie.
Radu Negru Bassaraba (1240-1265), fixa sa résidence à Curtea de Argès, car ce n’est qu’au xviie siècle que Bucarest fut choisie pour capitale.
Pendant ce temps, la Moldavie avait été formée par les familles de Dragos et de Bogdan, et, plus tard, Mircea, alors chef puissant de la Yalachie, vint à l’aide des Moldaves en chassant les Slaves qui avaient envahi leur pays, et établit la dynastie des Mouchât. Un de ses descendants, Alexandre le Bon, constitua définitivement la Moldavie au xivc siècle.
C’est au milieu de ces événements troublés que périrent, victimes de leur patriotisme, les deux nobles figures d’Etienne le Grand (Stephan cel Mare) et de Michel le Brave (Micliai viteazul) dont les noms si justement populaires et honorés en Roumanie symbolisent l’héroïsme national.
Les Moldaves ayant capitulé devant les Turcs, ceux-ci s’emparèrent du pouvoir, et de tristes dis*
La itOUMANIÈ
sentions civiles remplirent le seizième siècle, et même une partie du dix* septième, car, en 1633, éclata une guerre entre la Moldavie, avec Basile Lupul, et la Valachie, avec Matei Bassaraba.
La lutte dura longtemps. Enfin, le prince Constantin Bassaraba Brancovan, d’accord avec le prince moldave Demetrius Cantemir, demandèrent à Pierre le Grand de les aider à lutter contre le despotisme de la Porte.
Pendant quelques années, lesBoumains n’osèrent se joindre aux Busses dans leur guerre contre les Turcs, mais en 1711, Cantemir crut que le moment était venu de s’allier à Pierre le Grand. Ils furent battus; Pierre le Grand dut signer le traité du Pruth, et la Porte décida que le gouvernement des deux provinces serait confié à des princes choisis dans la colonie grecque de Phanar.
Ainsi fut instituée l’ère des Phanariotes, qui dura de 1716 à 1822.
Ce fut une période de deuil pour les principautés.
Tous les princes phanariotes ne furent pas des tyrans, mais la plupart d’entre eux étaient cupides et cruels, et provoquèrent de fréquentes insurrections, toujours arrosées de sang. Les Boumains exaspérés demandèrent du secours à l’Autriche, qui leur répondit en se faisant céder la Bucovine. Les ports de mer furent occupés par les Turcs,
et la Bessarabie fut prise par les Russes en 1812.
Les exactions des derniers hospodars, en 1821, soulevèrent la population, et cette révolution, qui coûta la vie au héros Tudor Vladimircsco, mit fin au gouvernement des Phanariotes.
L’intervention de la Russie fit consentir la Porte à nommer des princes d’origine indigène et l’on installa Grégoire Ghika en Valacliie.
Le traité d’Andrinople (1828), amena l’évacuation des ports roumains jusqu’ici envahis par les Turcs, et les deux Etats roumains furent admis à reconnaître le protectorat de la Russie et la suzeraineté de la Turquie.
Le règlement octroyait aux puissances valaque et moldave le droit d’élire leurs princes. En 1842, la Valacliie usa enfin de ce droit, usurpé jusqu’alors par la Russie et la Turquie, et élut à vie Georges Bihesco.
La révolution de 1848 respecta ce prince, mais il abdiqua « après avoir remis légalement les rênes « du gouvernement aux mains des ministres cons- « titutionnels qu’il avait nommés. »
Divers événements ayant supprimé le droit d’élection des princes par leur pays, la Russie et la Porte firent un choix heureux et nommèrent, pour remplacer Georges Bihesco, son frère aîné
Barbo Stirbey, et, en Moldavie, à la place de Michel Stourdza, le prince Grégoire. Gbika.
Le traité de Paris du 30 mars 1850 eut une grande importance sur les principautés dont nous avons parlé jusqu’ici.
Après la guerre de Crimée, les grandes puissances (Autriche-Hongrie, France, Grande-Bretagne, Piémont, Prusse, Bussie et Turquie), voulurent s’occuper de la question d’Orient.
Ces puissances se firent représenter à Paris, et, après avoir traité de la paix, elles établirent les bases du système auquel est encore soumise la navigation du Danube, dont il sera question plus tard (1).
Il fut aussi décidé qu’une partie de la Bessarabie du Sud serait rattachée à la Moldavie, et que cette province, de même que la Valachie, reprendraient possession de leurs droits, auraient une administration nationale, jouiraient de la liberté de culte, de législation, de navigation et de commerce.
Heureux changements qui préparèrent l’union définitive des deux principautés !
Cet événement politique était vivement désiré par la France, qui l’avait proposé au Congrès de Paris ; il était réclamé par la Russie, mais les au-
(1) Voir pag'e 50, Commission danubienne.
très puissances, et surtout la Turquie, faisaient leur possible pour en retarder l’arrivée.
Une commission internationale avait été envoyée en Orient afin de recuillir les votes en faveur de l’union ; des menées politiques dirigées par la Turquie faussèrent le résultat des élections à un point tel que la France, la Russie et la Prusse en demandèrent l'annulation. Ce ne fut qu’au mois d’août 1858 que la Convention de Paris décida que la Valachie et la Moldavie auraient les mêmes lois, mais éliraient librement des princes indigènes.
L’union était presque faite. En janvier 1859 le colonel Alexandre Jean Couza fut élu prince en Moldavie et en Valachie.
La France, toujours désireuse de protéger les provinces danubiennes, fit ratifier cette double élection par le Sultan, et, en 1861, elle obtint de lui la réunion des deux gouvernements de Bucarest et de Jassy, ce qui constitua définitivement la Roumanie.
Le prince Couza rendit de grands services à son pays. Il promulgua une loi qui permettait au paysan d’être propriétaire.
La situation était des plus difficiles. Il lutta courageusement pendant sept ans ; la révolution de 1866 le renversa.