CONCLUSION
Au milieu de l’effondrement imminent de tant de grandes puissances qu’un cataclysme final ne peut tarder de faire disparaître, la Roumanie se présente, au contraire, comme un de ces heureux pays dont l’étude réconforte. Et c’est an jeune royaume tout entier, bien plus qu’à la rivière qui traverse Bucarest, qu’on est tenté d’appliquer en l’étendant le proverbe populaire :
Dimbovita apa cliilce Cine bea nu se mai duce ! (1)
En effet, si l’on se reporte en arrière, on est obligé de convenir qu’on ne pouvait pas, il y a à peine un quart de siècle, espérer que la marche en avant serait aussi rapide et aussi pleine de promesses futures.
Désormais, on doit regarder l’avenir avec confiance, et c’est là l’hommage éclatant qu’il ne faut
(1) « 0 Dimbovitza, quiconque a bu de tes eaux ne peut plus te quitter ! »
pas oublier de rendre à ceux qui ont su si bien mériter de leur patrie. Qu’il nous soit donc permis de rappeler succinctement le rôle du roi et des principaux hommes d’Etat dans la formation de la Roumanie contemporaine.
Au roi Charles Ier, revient l’honneur d’avoir pris une large part à tous les événements importants et glorieux ; aussi est-ce sans aucune restriction que ces récentes paroles ont été unanimement approuvées, comme la faible expression de la vérité : « Pendant toute la durée de mon règne, <( j’ai été animé du désir de défendre le pays des « secousses politiques et j’ai eu le soin vigilant de « consolider ses institutions pour prévenir les « agitations stériles. Il en résulte pour le pays, « ainsi qu’on peut s’en assurer, un développement « continu et un véritable progrès. »
Aux qualités élevées de l’homme d’Etat, le roi Charles joint encore, dans sa A*ie privée, les plus solides vertus domestiques, offrant un exemple de haute moralité dont la nation se montre hère à
juste titre.
Simple par nature, ennemi de l’apparat et du faste, il ne recherche pas dans les démonstrations tapageuses de la rue les marques d’une équivoque popularité, dont d’autres souverains, quoique n’ayant rien fait pour la mériter, sont peut-être par trop friands.
Cependant, lui, ce ne seraient pas les anniversaires des victoires des autres qu’il pourrait célébrer, ce seraient ses propres succès remportés sur les champs de bataille, où il a donné de sa personne, comme à (irivitza, à Plewna, à Smardan, à Yidin. Seulement, il a ainsi compris son « métier de roi », que bien plus précieuse lui semble l’affection discrète mais réelle, née de la reconnaissance et de l’estime, que son labeur constant à la chose publique a inspirée aux cœurs de tous les Roumains. Sa modestie lui fait trouver préférable cette récompense de son dévoùment, que la postérité et rhistoire ne manqueront pas de glorifier en l’appréciant.
Aussi les partis opposés, dans leurs divergences extrêmes, n’ont jamais mis en question la moindre modification à la Constitution. La politique circonscrit ses luttes entre royalistes, tant la personne du roi reste indiscutée. N’est-ce pas le plus bel éloge que l’on puisse faire d’un monarque, dont trente ans de pouvoir, loin d’engendrer la lassitude, n’ont contribué qu’à le rendre plus cher et à affermir les sentiments d’entente et d’harmonie î
Quelle différence avec ces fermiers du tronc, que la Porte envoyait autrefois gouverner à la suite d’une adjudication aux enchères publiques !
Ce qu’était l’entourage des princes, un composé de commanditaires faméliques, forme également un contraste saisissant avec les hommes auxquels
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la Roumanie a, depuis, librement confié sa destinée.
La Roumanie moderne est due surtout aux frères Jean et Démètre Bratiano, à Rosetti, aux frères Golesco, à Kogalniceanu, qui, luttant constamment depuis 1848, ont réussi à transformer les principautés danubiennes soumises à la Turquie en un Etat indépendant, aujourd’hui le plus important et le plus respecté de la péninsule balkanique. Les actes les plus saillants qu’ils aient accomplis, sont : l’union des principautés valaque et moldave, l’élection d’un prince étranger, la guerre de 1877, l’indépendance et la royauté. Leurs noms, très connus en Europe, resteront certainement illustres.
Après eux, il est impossible de citer d’une façon spéciale tous ceux qui ont participé aux affaires, les uns, parce qu’ils ne sont pas encore morts, et qu’il est alors dangereux de se prononcer, les autres, parce qu’ils n’ont pas eu une importance aussi considérable.
Les hommes qui se sont succédé au pouvoir appartiennent tous à l’un des deux grands partis, qui n’ont cessé de se disputer le gouvernement : le parti conservateur et le parti libéral.
Dans le parti conservateur, les hommes qui se distinguent sont :
M. Lascar Gatargi, chef reconnu du vieux parti conservateur; a été deux fois président du Conseil ;
acceptant toujours le portefeuille du département de l’Intérieur, il a surtout déployé son activité politique dans des questions d’organisation administrative.
M. P. -P. Car p, chef du parti des jeunes conservateurs nommés junimistes, et, probablement, futur chef de tout le parti conservateur, esprit très remarquable, très instruit, un des meilleurs orateurs de son parti, a été ministre des domaines dans le dernier cabinet conservateur.
MM. Cantacuzène, Disesco, Cuza, Filipesco, Gher* mani, Gradisteano, Jonesco, Labovari, Maïoresco^ Peucesco, Arion, Manu, Y. Boeresco, Floresco, Blaremberg, viennent ensuite comme étant ou ayant été les ardents soutiens du parti.
Le parti libéral est, depuis les dernières élections, le plus important et le plus nombreux ; il était autrefois dirigé par le grand patriote Démètre Bratiano et son frère Jean Bratiano, auxquels a succédé M. Stourza.
Le parti libéral a toujours exercé une heureuse influence, c’est de son sein que sont sortis les hommes politiques éminents que l’on doit considérer comme les fondateurs de la Roumanie.
Parmi ses membres, signalons entre autres MM. Alexandri, Aurelian, Ceaur Aslan, Cratunesco, Delavrancea, Fie va, Démètre Gbika, Jon Ghika, Nicolas Jonesco, Gianni, P. Gradisteanu, Grigoresco, Marzesco, Oresco, Porumbaru, Urecbia, Verne sco, Campineano, les frères Djuvara.
LA ROHM AMI.
Actuellement, le parti libéral est au pouvoir.
Le cabinet, composé des principales personnalités du parti, est ainsi constitué.
M. Démètre Stourza, président du Conseil, ministre des Affaires étrangères, chef du parti libéral. — Libéral convaincu, entré dans la politique en 1857, comme secrétaire du Divan acl hoc , est mêlé depuis à tous les grands faits du pays comme membre du parti national libéral, a été l’ami de J. Bratiano, dont il est le continuateur. Homme d'Etat distingué, orateur écouté, un des meilleurs financiers du pays.
M. Eugène Statesco, ministre de la Justice. — Orateur de premier ordre, redouté de ses adversaires, jurisconsulte de grande valeur, a été fréquemment ministre depuis 1876, détenant le portefeuille de la Justice et des Affaires étrangères, a été engagé dans tous les événements marquants de ces derniers temps.
M. G. Pallade, ministre des Domaines, de l’Agriculture, du Commerce et de l’Industrie. — Le plus jeune des ministres, entré depuis peu dans la politique sous les auspices de Démètre Bratiano, a été presque continuellement député. Grâce à son mérite personnel, à son talent d’orateur, il est arrivé à se mettre en première ligne, étant appelé à conduire les affaires d’un des plus importants départements. Son prédécesseur a été M. Carp.
M. Cantacuzino, ministre des Finances. — A