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LA II O U. MANU

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toujours occupé sous le gouvernement libéral de hautes situations, a été secrétaire général du ministère des Finances, directeur général de la régie des monopies de l’État, directeur général des chemins de fer, a remarquablement rempli ses fonctions. 11 était tout désigné pour le portefeuille qui lui est confié.

M. Poni, ministre de l’Instruction publique et des Cultes. — Professeur universitaire de chimie, a déjà été nommé plusieurs fois ministre ; est très compétent dans les questions de l’enseignement. Les exposés des motifs qui précèdent les lois qu’il présente sont faits de main de maître, de l’aveu même de ses adversaires.

M. Stoicescu, ministre des Affaires publiques.

- — Avocat et orateur très apprécié, est un des jeunes du ministère ; ministre pour la première fois ; a été député à plusieurs reprises.

M. Stolojan, ministre de l’Intérieur. — Un des anciens libéraux, membre des plus influents du parti, a été plusieurs fois ministre.

M. le général Budisteanu, ministre de la Guerre. — Pour la première fois ministre, est un des meilleurs tacticiens, a pris part à la guerre de 1877, où il a été blessé.

La politique du présent ministère imprimera certainement au commerce et à i industrie une nouvelle impulsion, qui aura pour effet d’étendre

les relations économiques de, la Roumanie avec les autres puissances. D’ailleurs, l’orientation qui vient d’être inaugurée par la création d’une flotte nationale aura pour répercussion naturelle le développement de la marine marchande. Il arrivera forcément que, dans un temps peu éloigné, line partie des exportations sera faite par des navires roumains. L’ère de l'industrie des transports par mer s’ouvre donc en ce moment. L’agrandissement du port de Constantza, maintenant relié à tous les points du royaume par le pont de Cernavoda, contribuera puissamment à ce résultat.

Pour cette raison Constantza est appelé dans la suite à prendre une expansion considérable.

Les grands vaisseaux étrangers fréquenteront ce port, et les produits agricoles de la Roumanie trouveront plus facilement des débouchés, des conditions avantageuses de fret se présentant par le fait même de la concurrence de compétiteurs plus nombreux.

Or la Roumanie, dont le sol est la principale source de richesse, verra normalement sa situation s’améliorer, si elle écoule aisément scs céréales, et, précisément, cette année, la récolte s’annonce comme devant être particulièrement abondante.

Mais ce serait peu de créer un port uniquement pour faciliter l’écoulement des produits existants ; il faut encore encourager la production. Aussi le ministère actuel a-t-il compris qu’il fallait pousser

agriculture dans la voie du progrès, puisque c’est à elle que la majeure partie des habitants demandent leurs ressources.

Déjà on a fait beaucoup de ce côté, et l’une des meilleures mesures en l’espèce est la loi de 1893. Cette loi a décidé qu’il serait concédé, à titre inaliénable, une certaine portion des domaines de l’Etat à toute famille pauvre et non propriétaire qui remplirait des conditions déterminées.

Par suite de cette espèce de précaire, la misère se trouve écartée, et la terre mieux cultivée. C’est à vrai dire un des moyens les plus ingénieux qu’on ait imaginé pour combattre l’absentéisme, d’une importance primordiale dans les pays où se, pose la question agraire, et si répandu en Roumanie.

L’institution d’une banque agraire ou « Crédit agricole, » fera aussi sentir de bons effets quand elle sera complètement organisée, et que le service des annuités ayant pris fin, il sera possible de consentir des prêts à très petit intérêt.

Toutefois il faut s’attendre à ce que le Cabinet libéral fasse davantage, et s’efforce à propager, chez la masse profonde des paysans les modes de perfectionnement qu’il convient d’apporter de nos jours dans les exploitations agricoles.

Une culture intensive et entendue élèverait en effet dans de notables proportions le rendement de la terre.

11 y a en outre une quantité prodigieuse de richesses naturelles que l’on a jusqu’ici négligées,

niais dont la mise en valeur méthodique suffirait à faire la fortune d’une contrée moins privilégiée.

Ainsi l'aménagement en coupes réglées des forets séculaires, qui couvrent les Garpathes, rendrait florissante toute cette région restée presque improductive. Pour cela, il n’y aurait qu’à établir des voies et des moyens de communication avec les ports du Danube.

Les nappes de pétrole, les gisements de lignite, de fer et d’une quantité d’autres minéraux, encore presque laissés intacts, prouvent que les richesses, que la Roumanie renferme, sont loin d’être épuisées. Un vaste champ est donc offert à l'activité humaine, et tout porte à croire que la sage et intelligente direction des libéraux saura en tirer parti et rendre plus prospère encore la situation du pays.

Le gouvernement se trouve, d’ailleurs, dans d’excellentes conditions pour réaliser bien des progrès et, notamment, pour doter la Roumanie d’une puissante industrie nationale.

Or, jusqu'à ces dernières années, l’industrie a été pour ainsi dire délaissée ; et ce fait n’a rien <pii doive suprendre, étant donné que la fertilité du sol subvenait, et au delà, à tous les premiers besoins.

En Roumanie, en effet, la terre a rapporté jusqu’à cinquante pour cent — elle rapporte encore facilement six à dix pour cent ; cela tient proba-

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Moment à ce que le citoyen roumain pouvant seul devenir propriétaire, le cercle des acquéreurs est nécessairement restreint et que la propriété foncière n'atteint pas son prix réel.

Que se passait-il alors ?

D’une part, la classe riche achetait ou possédait de grands domaines et, trouvant dans le fermage une rémunération très suffisante de ses capitaux, ne tenait pas à faire dans l’industrie des placements moins lucratifs et plus aléatoires.

D’autre part, la classe pauvre et la classe intermédiaire, à cause meme de la médiocrité de leurs moyens, ne pouvaient songer à s'engager dans des entreprises hasardeuses, mal connues et exigeant des avances de longue durée.

L’agriculture absorbait tous les efforts et salisfaisait tous les appétits, de sorte (pie T industrie, ne tentant aucun intérêt, ne pouvait réussir à s’implanter.

Aujourd’hui, les temps sont changés. La Roumanie a pu reprendre possession d’elle-mème et sortir de l’isolement préjudiciable, où une contrainte politique l’avait si longtemps maintenue. Les chemins de fer, la facilité des transports par eau, ont achevé de modifier l’ancien état de choses.

Les échanges ne se confinèrent plus à l’intérieur, et on chercha à envoyer à l’étranger les céréales superflues à la consommation locale, se mettant même, peu après, à cultiver par surcroît

en vue de l'exportation. Dès cc moment le commerce des produits agricoles prit une véritable extension.

En retour, les autres pays importèrent des objets manufacturés et fabriqués, dont Dusage et la civilisation ont appris à l’habitant à ne plus pouvoir se passer.

Pour répondre à ces nouveaux besoins, des centres industriels se sont formés et déjà les rives de la Prahova sont couvertes d’usines en plein rapport.

L’exemple donné est suivi ; l’industrie nationale a pris naissance, et, dans un avenir très prochain, pour peu qu’elle soit aidée, elle subviendra à toutes les exigences du royaume.

Les importations accusent, il est vrai, depuis 1877, une plus-value constante sur les exportations, mais c’est justement parce que l’on fait venir du dehors le matériel et l’outillage, qui permettront bientôt de ne plus être obligé d'avoir recours à la production étrangère.

Une tendance très accentuée se manifeste en ce sens, et il n’y a nul doute que l’Exposition Universelle de 1900, à laquelle la Roumanie sera représentée, pensons-nous, officiellement, ne soit de sa part l’occasion d’une révélation pour l’Europe (1).

Les circonstances sont donc très propices pour

(1) Ce sera, peut-être, pour nous le moment d’amplifier cette étude en la reprenant.

rendre eflicacc une intervention adroite du gouvernement en faveur de l’industrie roumaine, d’autant mieux que l’argent ne saurait faire défaut.

En effet, sous la poussée de celte production agricole, des capitaux se sont amassés et sont devenus abondants, témoignant de la solidité de la richesse nationale. Mais l’état des finances, qui est comme le reflet de la fortune publique, donne une preuve plus évidente encore de cette solidité, puisqu’il est excellent.

N’ayant pas à liquider les routines d’un passé, dont les anciennes puissances 11e peuvent s’affranchir que difficilement, adoptant d’emblée, sans coûteux tâtonnements, les derniers perfectionnements de la science ou de l’art moderne, la Roumanie se trouve, à bien des égards, dans une situation préférable à celle de beaucoup d'Etats plus grands qu’elle, mais obérés par les frais d’une succession écrasante on d’une vanité qui les ruine.

«Au point de vue financier, disait Elisée Reclus en 1873, la Roumanie est moins désorganisée que la plupart des pays d’Europe. » O11 peut remarquer, abstraction faite de tout pessimisme, que cette bonne réputation, rapportée par la tradition, ne s’est point démentie. On constate même avec plaisir, chose assez rare ailleurs, que les exercices budgétaires se soldent presque toujours par des excédents de recettes.

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